Ana est confrontée au corps et au désir à trois moments clefs de sa vie. Sa quête charnelle voyage entre réalité et fantasmes colorés… qui deviennent de plus en plus oppressants. Une main gantée de dentelle noire l'empêche de crier. Le vent soulève sa robe et caresse ses cuisses. Une lame de rasoir effleure son corps : trouvera-t-elle le plaisir au bout de son parcours chaotique et carnassier ?
Du générique de titre à celui de fin, la question de l'utilité d'une telle œuvre ne va jamais cesser de nous hanter ; esthétisant à l'extrême, hommage évident, ce film plastiquement parfait a-t-il une identité propre ?
Derrière un scenario presque absent - et dans tous les cas très secondaire - Amer se penche avec une véritable réussite sur la peur et le plaisir à travers 3 âges d'une femme. Ici, le traitement graphique et le regard sont primordiaux ; ainsi, de l'enfance traitée à travers le prisme du fantastique italien coloré, où l'imagination alimente tous les fantasmes, à l'adolescence, empruntant l'esthétique des polars italiens, où se mêlent goût du danger et découvertes sensuelles, jusqu'à l'âge adulte, où la sexualité assumée et mature nécessitait donc logiquement l'immersion dans le giallo (mélangé au fantastique lorsque l'héroïne remettant les pieds dans son passé retrouve ses sensations de petite fille).
Tout cela est bien beau - même souvent magnifique tant le soin apporté à l'image (cadrages, couleurs) est hallucinant - et bien pensé, mais force est de constater qu'à trop se regarder faire de jolies images, on perd un peu le sens même du métrage. L'exercice de style évident (tout à fait légitime d'ailleurs), est trop souvent perçu par le spectateur et gâche un peu "l'honnêteté" du film - et donc l'immersion totale - qui, au fond, ne fait que nous faire traverser une décennie cinématographiques italienne en 1h30. C'est d'autant plus dommage que le film se construisant autour des sens (l'ouïe - la bande son est excellente - le regard, le toucher...), il était donc important que le spectateur se sentent pleinement concerné. Et si heureusement, on rentre quand même souvent dans l'œuvre (particulièrement dans les 2 premiers segments), on est régulièrement tiré en arrière devant le travail trop visible des réalisateurs (que ce soit volontaire afin de montrer leur talent ou simplement parce qu'ils veulent tellement bien faire qu'ils en font trop).
J'admets volontiers que c'est faire un peu la fine bouche, car Amer est une film superbe qu'il faut voir et devant lequel on ne peut qu'applaudir (sans parler du fait que pour les fans du cinéma italien dont je fais parti, cette déclaration d'amour visuelle ne peut que nous faire plaisir), mais il est important à un moment de laisser le film se faire sous peine de ne laisser au final qu'un plat délicieux auquel on ne peut pas goûter, et ce film en est un bon exemple.
On aimerait donc dire que c'est génial - d'autant plus que c'est un film franco-belge, ce qui, au vu de la production actuelle fait plaisir à voir - et peut-être qu'on le dira d'ailleurs avec un peu de mauvaise foi, mais si l'on est un chouilla honnête, on doit admettre que c'est quand même un peu vain.
Mais bravo quand même !

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