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mercredi 25 juillet 2012

The Blade

Au Moyen-Age, un jeune forgeron décide de venger la mort de son père après avoir découvert le nom de son assassin. Malheureusement, alors qu'il défend la femme qu'il aime, il perd un bras, rendant sa vengeance impossible.
Mais dans le cinéma d'exploitation, rien n'est impossible...




On va me dire que je le fais exprès. Que ma mauvaise foi légendaire et/ou mon goût d'aller systématiquement à contre-courant ont encore trouvé le moyen d'être exprimé.
Promis, je suis innocent. Sur la tête de Bob Dylan !
Mais ce film, culte et encensé par les aficionados ("le wu xia pian ultime" ai-je pu lire régulièrement à son propos), je le trouve très moyen, pour ne pas dire souvent mauvais. Pourtant, j'étais plein de bonne volonté lors du visionnage, c'est dire !
Déjà, ça part mal avec cette voix off confondante de ridicule qui va malheureusement durer pendant tout le film : où comment rendre l'héroïne tout à fait détestable en 2 minutes. Ajouter deux héros bien peu charismatiques et vous perdez déjà pas mal de points.
Si l'esthétique et le côté "bas-fonds" des quartiers sont plutôt bien vus et originaux, l'hystérie assumée (jusque dans la façon de filmer) et la violence omniprésente rendent l'action souvent illisible malgré, et c'est plutôt un bon point, le parti pris extrême.
Certains évoqueront les multiples références au chambara dans ce neo wu-xia-pian, son traitement nouveau de la trilogie du Sabreur Manchot de Chan Cheh, le parallèle entre la lame brisée et l'homme handicapé, etc. C'est loin de suffire à mon goût.
Ni passionnant, ni jubilatoire, on appréciera quelques scènes éparses. Mais pour le reste, on repassera...

mardi 24 juillet 2012

Little Big Soldier

Après un funeste combat, un soldat un peu pleutre réussit à faire d'un général, son prisonnier. En le ramenant chez lui, il espère pouvoir obtenir des terres et redevenir le paysan qu'il a toujours été. Une longue route les attend, d'autant que le général, en réalité un prince héritier, est poursuivi par son frère qui veut le tuer pour prendre sa place...




Passé inaperçu dans nos contrées pour cause de "direct-to-dvd", ce Little Big Soldier est pourtant une excellente surprise qui aurait nettement méritée un traitement plus officiel. Mieux encore, c'est un très chouette film d'aventure picaresque mêlé à un buddy-movie où, parfois, l'action vient pointer son nez. De l'humour aussi, très sobre et plutôt tendre, ajoute au charme de l'ensemble.
Une fois n'est pas coutume, le manichéisme est mis de côté pour un discours plus large sur l'unité des peuples - certes un peu gentillet mais qu'importe. Très dans l'air du temps suite aux multiples fresques historiques chinoises qui pullulent actuellement, ce métrage, qui partage avec elles une esthétique léchée, choisit pourtant l'option intimiste, la petite histoire dans la grande, ce qui le démarque grandement des autres d'autant plus qu'il est tout à fait réussit.

Pas un chef d'oeuvre non plus c'est sûr, mais on passe un très bon moment aux côtés de ce duo d'acteurs fort sympathiques. Et même les allergiques de Jackie Chan - ici employé presque à contre emploi, dans le sens où il ne se bagarre quasiment jamais - devrait s'y retrouver, c'est dire !


vendredi 20 juillet 2012

Baby Cart #3 : Dans la terre de l'ombre

BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs lancés à ses trousses. 

1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer




DANS LA TERRE DE L'OMBRE


Itto et son fils rencontrent une femme qui vient d'être vendue de force à un bordel. Itto la défend, mais en guise de châtiment, il subit la torture de l'eau et du bâton. Enfin, pour rembourser totalement la dette de la jeune femme, Ogami Itto doit tuer un gouverneur...



Des fois, je suis plus chanceux que d'autres. Là, coup de bol, je choppé le troisième opus, ce qui, mine de rien, tombait plutôt bien.
Plus violent que le précédent, particulièrement dans les rapports humains présentés (viols, maisons closes etc.), il est aussi plus complexe scénaristiquement.
Beaucoup de sous-intrigues viennent alambiquer la trame, depuis l'intro où l'on rencontre un rônin que l'on ne retrouvera que dans le final, jusqu'aux flash-back d'Ogami, en passant par les deux contrats qui s'entrecroisent...

Pour autant, Misumi construit brillamment son métrage : après une première demi heure forte en événements et en action (érotisme et tranchages de membres réguliers), il installe le gros de l'intrigue dans un rythme plus contemplatif, typiquement nippon, où l'on suivra notre mutique héros et son p'tit gaillard dans leur quotidien. Ces instants-là, qui font le sel de la série, nous montrent des instants d'intimité précieux où le silence se mêle au respect et à l'affection dans de petits gestes aussi naturels qu'inattendus dans ce type de film - on retiendra entre autres, les rêveries de Daigoro face à la nature qui s'éveille ou encore, au tout début, lorsque le père et le fils se jettent de l'eau dans une rivière.
Mais c'est sans doute dans sa dernière demie heure que ce troisième volet révèle tout son intérêt et sa folie destructrice dans un mélange fort réussi de western spaghetti (le landau qui remplace la mitrailleuse et décime les samouraïs comme une armée mexicaine, en est un bon exemple) et de chambara, où revolvers et lames aiguisées se partagent équitablement les nombre de morts dans un paysage désertique. Voir l'impassible Ogami, pousser son landau, seul contre une centaine de sabreurs, est une image qui restera dans les anales de cinéma.
Si le grand méchant mourra donc sous les balles, symbolisant d'une certaine manière le fait qu'il ne mérite pas de mort plus digne, c'est le dernier et superbe duel au sabre qui prouvera, encore une fois, la valeur des personnages.

Enfin, sous un soleil de plomb et un nuage de poussière, nos deux damnés pourront ainsi continuer leur route sanglante. Seuls contre tous.

mardi 10 juillet 2012

La Rage du tigre

Lei Li est un jeune et talentueux sabreur qui a tendance à horripiler le légendaire mais secrètement vil Maître Long. Celui-ci va donc le piéger, obligeant Lei Li à se couper le bras. Désormais serveur anonyme ne voulant plus entendre parler de sabre et/ou d'art martial, les circonstances vont toutefois l'amener à rempiler.




Voilà le 3e et mythique volet de la toute aussi mythique trilogie du Sabreur manchot.
"Exploitation" j'écris ton nom, "cinéma Bis", j'admire ton vice !
Après le pistolero aveugle, le bibliothécaire super-héros, le marathonien unijambiste (nan j'déconne), here comes... le sabreur manchot ! J'attends avec impatience une trilogie de Kung-Fu avec un moine shaolin chevelu, eunuque et père de quintuplés super-sayens, ou mieux encore, le Dalaï Lama dans Expendables 3.
Mais face à ces désirs cinéphiliques fous, assez bien symbolisés par l'image ci-dessous emprunté à l'ami Steeve, il convient d'être un peu sérieux...

Avouez que ça fait rêver...

Si aujourd'hui, ce volet est aussi culte, c'est un peu grâce à Tarantino qui, avec son Kill Bill vol.1, a réutilisé, entre autres, le concept du sabreur solitaire face à plusieurs dizaines d'autres...
Pour autant cette Rage du tigre a une histoire assez singulière : dernier volet d'une trilogie, il relève peu ou prou de l'auto-remake du 1er, une sorte de reboot, pour utiliser une image parlante d'aujourd'hui. Pour la peine, on change un peu l'intrigue, histoire de n'pas endormir tout l'monde, on change d'acteur aussi et puis roule ma poule. Évidemment, on garde le concept - déjà énorme - du sabreur manchot.

Pour le reste, trois parties comme d'habitude: une première où le sabreur possédant ses deux bras se la pète en sauvant le monde jusqu'à ce que, piégé, il se coupe lui-même le bras, une deuxième, la plus longue et la plus sympathique, où l'on découvre la vie - presque - banale du héros devenu un serveur qui étonne tout le monde par sa dextérité malgré son handicape, et enfin, la vengeance où il prouvera qu'avec un seul bras, on peut être efficace (les branleurs savent de quoi je parle).
Fan d'imagerie rétro un peu cheap avec zooms en cascade, rires démoniaques, maquillages outranciers et logo Shaw Brothers, ce métrage est fait pour vous. Pour les autres, les combats sont assez chouettes pour capter votre intérêt donc au final, que demande le peuple ?

samedi 7 juillet 2012

Le Magnifique

Huit nouveaux secrets du Kung-fu ont été mis au point par huit grands Maîtres mystérieusement disparus. Hsu Yin en détient la description, mais de nombreux clans rivaux la convoitent.







Non non, je n'évoque pas ici le film de Bebel - vous m'prenez pour qui franchement ? - mais l'un des premiers films de Jackie Chan en tant que tête d'affiche en 78.
Pour lui, c'est l'année qui va le lancer car il tournera pas moins de 7 films la même année dont les indispensables Hyène intrépide et surtout le Maître chinois qui connurent une succès fou et permirent à ce bon vieux Jackie de devenir celui que nous connaissons tous aujourd'hui.
Je ne sais pas dans quel ordre ces 7 films ont été réalisés, reste que celui-ci est assez bas-de-gamme et très oldschool (on retrouve d'ailleurs un générique à la Shaw Brothers avec une démonstration des capacités du héros ainsi qu'une sorte de résumé du film que nous allons voir). Pour le reste, on a droit à des combats très chorégraphiés et "lents" histoire que le spectateur puisse jouir des performances, peu d'utilisation du décors propre aux films de Jackie Chan, humour principalement verbal, misogynie d'époque, etc. Je passe sur la qualité de l'image qui sent bon la non-restauration, voire le transfert direct de la vhs au dvd.

L'histoire tient sur un post-it même si l'on suppute énormément de coupes lors de l'exportation du film, quoi que je n'en trouve pas de trace écrite (si vous avez plus d'info, je suis preneur). En effet, à plusieurs reprises, les allers et venues de Jackie Chan ne sont pas justifiées et quelques événements débarquent de façon assez inattendus. On comprend vite que tout a été mis en œuvre - avec des ciseaux - pour proposer quasi exclusivement des combats sur 1h30. De fait, ça n'arrête pas une seconde et heureusement, si j'ose dire, car le reste ne casse pas trois pattes à un canard unijambiste. La plus grosse déception vient peut-être aussi de l'absence d'entraînement qui est quand même l'une des pierres angulaires du Kung-Fu-Pian et qui fera d'ailleurs tout l'intérêt du film Le Maître chinois.
 Bref, on s'amusera surtout de la gueule de poupon (et la coupe de cheveux) de ce bon vieux Jackie.
Du cinéma patrimonial en quelque sorte !

vendredi 6 juillet 2012

Le Règne des assassins

Bruine est une des plus talentueuse tueuse du gang de la Pierre Noire. Alors qu'elle met la main sur les restes magiques d'un moine, elle trahit son chef et part refaire sa vie (et son visage par la même occasion). Elle devient Zheng Jin, une modeste vendeuse de tissus et tombe amoureuse d'un simple commis. Mais les assassins de la Pierre Noire comptent bien remettre la main sur elle et sur les reliques...



Je voudrais être réincarné en un vieux pont de pierre pendant 500 ans pour sentir tes pieds me fouler.
Cette phrase-là, bien mieux dites par ailleurs, est l'une des plus belles trouvailles de ce film qui, malheureusement, s'avère trop inégal pour savourer pleinement le retour de "Miss Tatane 93" (oui, je prends Tai-Chi Master comme référence, d'autres choisiront Tigre et Dragon ou encore Police Story 3 et auront bien raison aussi).
Ahhhh Michelle Yeoh, l'incarnation parfaite de l'élégance, de la beauté classieuse et du coup de pied latéral renversé. Une femme qui, du haut de ses 50 ans cette année, nous donne toujours envie de l'admirer, voltigeant dans les airs, distribuant des pains tel un Jésus malaisien vachement souple et transperçant d'une lame acérée quelques vils bandits à la mine patibulaire... Rien que pour ça, vos yeux vous remercient.
Reste que, si ce Règne des assassins n'est pas avare en combat, la Michelle Yeoh en évite la moitié, et l'autre est quelque peu gâchée par un montage en mode ultra-cut.
Déjà, les effets de ralentis, c'est gonflant, mais quand un beau combat est coupé deux fois par mandale, toute la performance s'en retrouve diminuée et notre plaisir visuel avec. En réalité, il n'y a qu'un seul combat digne de ce nom, c'est celui avec le moine en début de film, mais c'est une autre - talentueuse - actrice qui nous offre le spectacle. Triste.

Pour le reste, on se satisfait grandement du côté kung fu comedy et de la sympathique romance. Idem pour l'esthétique, toujours hyper soignée, et quelques seconds rôles pas piqués des hannetons. Quelques situations, bien que réalisées sans talent, valent aussi le détour (la scène de la banque entre autres), de même que l'idée d'un casting multiethnique brassant autant chez les chinois, que chez les coréens ou encore les japonais n'est pas inintéressant.
On passera en revanche sur les CGI dispensables, sur Jung Woo-Sung (Le bon du Bon, de la Brute et du Cinglé) le fade bellâtre qui ne l'est pas - bellâtre - et sur l'intrigue, joyeusement escamotée lors du final (ben oui, où qu'il est passé finalement ce Bodhidharma autour duquel toute l'histoire tourne ?)

Bref, si John Woo nous avait enchanté par son récent 3 Royaumes, pour sa dernière co-réalisation (bien qu'il soit surtout producteur) avec Chao-Bin Su, il nous déçoit pas mal en nous livrant un sous-Tigre et Dragon lui arrivant tout juste à la cheville.
Ça reste un divertissant fort agréable à qui n'est pas trop exigeant - mais qui l'est un soir de semaine, vous m'direz - et, rien que pour la présence de Michelle Yeoh, il se doit d'être vu, aimé, voire adulé avec toute l'objectivité dont les fans de cette grande dame sont capables. Ajoutons à cela qu'il y a bien peu de wu-xia-pian récent de cette qualité, le bouder serait donc un crime impardonnable.

jeudi 28 juin 2012

Fulltime Killer

Deux tueurs à gages au style résolument opposés se tirent la bourre à qui sera le n°1 dans le milieu et, accessoirement à qui finira avec le jolie nana.








Johnny To est une légende du cinéma d'action de Hong Kong. Quand on a cité John Woo et Tsui Hark, c'est le troisième nom qui arrive tout naturellement.
Pourtant, si l'on regarde bien sa filmo, en dehors du récent diptyque Election (et, dans une moindre mesure, deux / trois autres films tels que The Mission ou Mad Detective), le gus n'a fait aucun grand film digne de ce nom, et ce, malgré une déjà longue carrière. A se demander ce qu'il fiche dans le panthéon pré-cité.
Ainsi, malgré d'excellentes et surprenantes critiques, Fulltime Killer fait parti de sa médiocre production.

Certes, la réalisation est enlevée et de qualité, les références assumées sont parfois savoureuses et les deux tempéraments opposés des tueurs plutôt bien vus, d'autant plus qu'ils renvoient chacun à un type de cinéma policier différent. Le reste en revanche est fort passable : les voix off et autres dialogues sont souvent affligeants, l'histoire peu prenante et sans véritable enjeu et surtout, au bout d'une heure, il se passe quelque chose d'étrange. En effet, alors que la première heure tient debout et s'avère sympathique à défaut d'être vraiment bonne, on a l'impression d'être les témoins d'un sabordage filmique comme le cinéma nous en a rarement offert. Si j'étais vulgaire, je dirais que ça part méchamment en couille avec soudainement le flic qui devient risible et des situations niaiseuses à souhait...
Reste les quelques scènes d'action et de gunfight en particulier. C'est peu, d'autant qu'elles sont loin de valoir celles de n'importe quel film de John Woo au hasard.

mercredi 27 juin 2012

Baby Cart #2 : L'Enfant massacre


Petit intro contextuelle et volontairement digressive.


Au milieu de nulle part, un sabre fend l'air.
Le silence et l'immobilité s'installent.
Enfin, le rouge carmin vient traverser l'écran.

Esthète et morbide, tel est le cinéma de genre japonais, depuis le chambara jusqu'au kwaidan en passant même par le drame. De ces trois courtes phrases assez représentatives, naissent deux autres éléments directement reliés ; l'esthétique et la poésie.
Ces critères feront de ce cinéma le seul cinéma de genre vraiment respecté par la critique mondiale. Il y a une noblesse intrinsèque dans ces films qui marque le respect de façon évidente et indiscutable.
Du cinéma de genre auteurisant en quelque sorte.

Comme c'est souvent dans les séries que l'on retrouve forcément de façon plus notable l'aspect "cinéma d'exploitation" - chose que j'affectionne plus que tout - j'ai voulu m'attaquer à plusieurs d'entre elles et en particulier La Légende de Zatoïchi (26 films ! Bon courage, mon con) et Baby Cart (6 films).

BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs lancés à ses trousses. 

1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer




L'ENFANT MASSACRE

Ogami Itto est engagé pour tuer un traître à son clan qui veut vendre les secrets d'une teinture et qui est protégé par les redoutables frères Hidari. Parallèlement, il doit faire face à Sayaka, une ninja qui dirige un groupe de femmes assassins travaillant pour le clan Yagyu.


Comme je fais avec ce que j'ai sous la main, je commence bien malgré moi par le deuxième volet (d'ailleurs, si l'un(e) d'entre vous veut m'offrir le coffret...)
Difficile donc pour l'instant de comparer cet opus, par rapport aux autres, et surtout au précédent, reste que, pour information, il n'est pas nécessaire de l'avoir vu pour comprendre celui-ci.
Déjà, il faut admettre une chose évidente, l'intrigue du film - comme de la série en général - tient largement sur un post-it. Ensuite, pour les néophytes et les gens atteints d’Alzheimer, certains personnages et/ou événements viennent nous rappeler régulièrement qui est ce bon vieux Ogami Itto.
Bref, de l'action, y en aura donc beaucoup. Des membres qui se coupent et des geysers de sang aussi. Mais ça, vous l'saviez.
Tout ça toutefois à la 70's : pas d'effet de vitesse ou de montage ultra-cut ni de combats épiques. Non, Ogami, c'est un bretteur de légende, un type qui te tranche une tête d'un petit pas chassé. qui esquive un gourdin d'un mouvement de bassin tout en protégeant le landau du p'tit. Avec lui, ça s’éternise pas. Même les boss de fin de niveau sont éradiqués en deux coups de sabre.
En fait, à l'instar d'un bon vieux western spaghetti, tout se joue sur le regard des duellistes. Là, Misumi n'hésite pas à jouer les prolongations avec zooms progressifs pour faire monter la tension. Finalement, à ce niveau, c'est plutôt réaliste en dehors des litres de sang qui sont déversés régulièrement.
Un autre aspect propre à l'action de Baby Cart, c'est son côté "divertissement" derrière un sérieux à toute épreuve. En effet, la poussette du gosse est un véritable petit arsenal déguisé, une sorte de fantasme pour James Bond féodal. Du coup, Ogami n'hésite pas à balancer son gamin en direction des ennemis, celui-ci étant chargé de déclencher les pièges intégrés au véhicule d'aspect rudimentaire. L'occasion d'initier le fiston qui reste, à tout moment, d'une neutralité exemplaire à l'image de son père. Comme le dit Ogami dans un superbe passage, ils ne sont pas de ce monde et, effectivement, ils relèvent plus du duo de spectres en perdition.

Le film serait déjà bien s'il se contentait de ça. Mais dans ce monde de merde qui pue la mort et où l'espoir semble être vain, l'émotion n'est jamais loin, quand bien même les protagonistes serrent les dents avec une constance que seuls les constipés sont capables de reproduire. Ainsi, alors qu'Ogami est méchamment blessé, son fiston haut comme trois pommes s'en va lui chercher de l'eau mais, en l'absence de récipient, se retrouve à prendre l'eau dans sa bouche afin de la déverser directement dans celle de son père. Instant magique et éminemment touchant. Des moments comme ça, le métrage en est plein - on pense notamment à la scène de "réchauffage" post-baignade ou encore la superbe sentence du méchant aux griffes d'acier - et c'est grâce à cela qu'il tire clairement son épingle du jeu, donnant à ce film (à cette série ?) la plus-value nécessaire qui lui vaudra son statut d'indispensable.
Si on ajoute que la réalisation est superbe malgré le minimalisme des décors qui nous rappelle l'aspect fauché du métrage, on nage en plein bonheur cinéphilique.

samedi 23 juin 2012

La Légende de Fong Sai-Yuk 1 & 2

D'abord, un peu d'histoire :
Fong Sai-Yuk est l'un des plus mythiques pratiquants d'arts-martiaux chinois du 17e siècle. Du fait de la période, la légende et l'histoire se mêlent continuellement et il est bien difficile de trier le vrai du faux, voire même de savoir si de vrai, il y a. Est-ce que Fong Sai-Yuk a seulement existé ? Le mystère reste entier...
Comme il n'y rien de plus beau que la légende, la voilà : Fong Sai-Yuk est né à Guangdong, au sud de la Chine. Sa mère, fille d'un des cinq moines survivants du légendaire Massacre de Shaolin et combattante émérite, lui aurait brisé tous les membres à la naissance puis l'aurait baigné dans un ersatz d'alcool à 70° (de l'époque) afin de le rendre quasi invincible, et cela avec réussite. Dans le doute, je préconise toutefois aux jeunes parents d'éviter ce genre de pratique, on ne sait jamais.
Jeune et turbulent, il devient pourtant maître en Tai-Chi, l'un des 10 tigres de Shaolin et peut-être l'un des fondateurs des Arts Martiaux de Shaolin. Il serait Dieu que l'on ne s'étonnerait pas plus.
C'est beau comme la Bible donc - en plus exotique toutefois.
Bref, c'est le bordel. Toujours est-il que ce légendaire personnage sera évidemment le héros de nombreux films, entre autres Le Temple de Shaolin de Chang Cheh, Les Disciples de la 36e Chambre de Liu Chia-Liang et ceux dont je vais parler aujourd'hui :

LA LÉGENDE DE FONG SAI-YUK 1 & 2
réalisés par Corey Yuen

1. Lors d'un tournoi, Fong Sai-Yuk préfère perdre un combat pour ne pas risquer d'être marié de force à la fille de l'organisateur, qu'il croit laide à tort. Pour laver l'affront fait Fong Sai-Yuk qui ne perd jamais de combat, sa mère, qui ne connaît pas les teneurs de celui-ci, décide de prendre sa place. Une série de quiproquos va compliquer sévèrement la situation...
2. Alors qu'il est désormais membre de la société de la Fleur Rouge, Fong Sai-Yuk doit séduire une jeune femme afin de lui dérober une boîte secrète. Sa fiancée, n'étant pas mise au parfum, ne le voit pas d'un bon œil...

Lorsque Jet Li abandonne Tsui Hark et son adaptation de l'histoire de Wong Fai-Hung, c'est avec une certaine ironie qu'il reprend le rôle avec un autre réalisateur dans le passable Claws of Steel. Alors qu'il lâche enfin ce personnage légendaire, c'est pour s'en approprier un autre dans une histoire quasi similaire et dans un ton proche de son précédent film. De la Kung Fu Comedy pure et dure, donc.
J'avais signalé le pendant très humoristique de Claws of Steel qui semblait faire le lien entre les Il était une fois en Chine de Tsui Hark et le diptyque Drunken Master avec Jackie Chan. Ici, on retrouve beaucoup d'éléments proche de Drunken Master et particulièrement dans la relation entre le fils et sa mère - hystérique et hilarante - alors que cette fois, ce n'est pourtant pas du même personnage que l'on parle.
Pour faire court, il devient assez difficile de voir les différences encre ces deux figures mythiques que sont Wong Fei-Hung et Fong Sai-Yuk, d'autant plus qu'ils sont interprétés par le même acteur. Quand j'vous disais que c'était le bordel...
Reste que, comme on peut l'imaginer, nous restons en terrain connu et, ma foi, on ne s'en plaint pas !

De l'humour et de la castagne, c'est presque la définition du film de Kung Fu de la première moitié des années 90. Rajoutez-y des câbles - y en a pas mal ici - et vous obtenez le plat complet, sauce nuoc-mâm comprise.
Ainsi, quand ça ne fight pas, ça vaudeville à plein régime (voire les deux en même temps, preuve qu'ils n'ont peur de rien). Le quiproquo est peu ou prou le cœur de ce diptyque et pour le coup, on doit admettre que ça fonctionne pas mal du tout : le duo quasi lesbien des deux mères du premier opus laisse place au duo de fiancées dans le deuxième avec presque autant de réussite. Au milieu, encore et toujours, on retrouve un Jet Li en grande forme dans un rôle d'ahuri qui, s'il ne correspond pas typiquement au registre dans lequel il excelle, il s'en sort beaucoup mieux que dans Claws of Steel - sans doute car les blagounettes sont plus souvent offertes aux seconds rôles féminins.

Les intrigues, plutôt faibles, sont donc surtout là pour permettre à Corey Yuen de créer des scénettes humoristiques et/ou actionnesques. L'objectif est pleinement atteint et, si la réalisation pêche un peu, le rythme hyper soutenu rend les métrages fort distrayants, ce qui est le but évident de l'entreprise.
De plus, on ne peut pas vraiment reprocher au deuxième opus d'être moins bon que le premier : les deux, réalisés à la suite et concoctés dans le même plat en porcelaine, se valent largement au niveau de l'action et se partagent équitablement les scènes spectaculaires (du combat aérien du premier avec ses sauts sur la tête du public médusé, au combat final du second où la mère est prise en otage sur une montagne de bancs rappelant beaucoup une scène similaire présente de Tai-Chi Master). Seul le scénario paraît encore plus secondaire dans la suite, mais pas de quoi s'coincer les couilles dans un boulier chinois pour autant.
L'achat du coffret regroupant les deux films est donc tout à fait recommandable si vous appréciez le mélange humour / action. Les amateurs qui snobent la gaudriole chinoise passeront par contre leur chemin au risque, sinon, d'injurier bruyamment leur téléviseur au grand damne de leurs voisins.

mercredi 20 juin 2012

Black Mask



Tsui, ancien super-militaire ayant servi d'expérience scientifique afin d'être le plus redoutable possible, est aujourd'hui un brave bibliothécaire souvent moqué.
Lorsque ses anciens compagnons d'arme se rappellent à son bon souvenir, il n'a d'autre choix que d'intervenir et devenir le Black Mask.




Après les chefs d’œuvre télévisuels mythiques que furent la formidable trilogie des Flynn Carson avec Noah Wyle - mon dieu, j'en frissonne encore de plaisir - le monde très prisé des bibliothécaires en mal de reconnaissance (et ils sont nombreux) n'en finissait plus de farfouiller les rayonnages des dvdthèques du monde entier à la recherche d'un nouveau Graal.
En effet, le bibliothécaire n'en peut plus. Il est colère. Il en a gros.
Marre d'être imaginé comme une femme frigide avec un chignon et des ch'tites lunettes sur le bout du nez (les hommes aussi en ont assez d'ailleurs).
Marre que l'on nous voit comme des statues de cire bonnes qu'à chuchoter "taisez-vous" avec le regard sévère propre aux mal-baisés et à tamponner de vieux ouvrages poussiéreux avec la fierté que seule l'élite et les abrutis notoires sont capables d'assumer.

Ainsi, je dis : "halte-là !" Il faut que ça cesse. Il est temps que l'on reconnaisse en nous les super-héros de demain, quand bien même on rechignerait à lever notre séant- superbe par ailleurs - de notre chaise.
C'était trop injuste : Le binoclard a son Harry Potter, le handicapé moteur son Perry Mason, le scientifique son Spider-Man, le crétin son American Pie, etc... Et nous alors ?
Aujourd'hui, je le dis haut et fort, grâce à Hong Kong et son notoire cinéma d'auteur, nous avons notre Black Mask.
Batman n'a qu'à bien se tenir, moi j'vous l'dis !
C'est donc avec émotion que je vous vois, foule immense, toi et puis toi aussi, cher(e)s collègues, le point gauche levé, la larme à l’œil devant ce témoignage filmique de notre vraie vie, de notre quotidien enfin révélé aux yeux du monde.
Et oui, comme Jet Li - notre humble ambassadeur de par le monde - le montre si bien dans ce Black Mask, objectivement la plus grande œuvre jamais réalisée par un être humain, si le bibliothécaire pousse quotidiennement des chariots débordant d'ouvrages plus ou moins passionnants avec la satisfaction du fonctionnaire face au travail bien fait, c'est pour mieux cacher sa vraie nature : la nuit, totalement incognito, nous devenons des Black Mask, des super-héros insensibles à la douleur, prêts à sauver les âmes perdus, les orphelins et les lépreux grâce notre parfaite connaissance des arts martiaux et notre maniement des armes sans pareil. Non, nous n'hésitons pas à risquer notre vie jusque dans les airs dès que le soleil se couche, et cela pour un salaire de misère et une absence complète de reconnaissance.

Bon, mon oreillette m'oblige - va-t'en saleté ! - à admettre que le film est assez passable, les scènes d'action trop rares et l'humour un peu con-con. Que le tout relève souvent du grand n'importe quoi et blablabla.
Mon cul oui ! Pour une fois qu'on parle de nous et qu'on en parle en bien, seule la mauvaise foi sera ici tolérée, bordel de merde !
Que Kim Jong-Il soit loué.
Amen

Petite aparté : Vous noterez que lorsque le bibliothécaire n'est pas un figurant à la mine renfrognée, ou un illuminé un peu réac, il ne peut qu'être un "faux" bibliothécaire, personnage décidément peu disposé à figurer dans le dictionnaire des héros cinématographiques. Le comptable non plus d'ailleurs...
Bah, faut s'faire une raison : je sers la culture et c'est ma joie...

Los Angeles 2013

En 2000, un énorme tremblement de terre détache Los Angeles du reste des États-Unis. Transformée en île, Los Angeles devient le lieu idéal pour le gouvernement américain - puritain à l’extrême - pour y envoyer ses dissidents, et cela, à vie. La fille du président, Utopia, s'enfuit sur l'île avec la fameuse boîte noire présidentielle pour y rejoindre un révolutionnaire de pacotille, le très gevariste Cuervo Jones. Snake Plissken est envoyé de force sur les lieux pour récupérer le contenu de la fameuse boîte et tuer, au passage, Utopia.

Ami de la subtilité : "Bonjour" !
On retrouve donc notre John Carpenter préféré avec son discours anar et ses caricatures politiques habituelles dans ce qui ressemble beaucoup à un auto-remake, de New York 1997 donc. Ultra référentiel, ce Escape from L.A. reprend la trame originale quasi à l'identique autant dans sa structure scénaristique que dans certaines scènes. Le tout est simplement remis au goût de jour (enfin, celui de 1996 pour être précis) avec un peu plus d'acidité en matière de message. Et ça passe très bien ! Après tout, le divertissement se déguste avec le même plaisir et ma foi, le final est encore plus jubilatoire que le 1er. Sur le fond, Carpenter fait sans doute mieux encore avec ce volet tardif et cela, jusque dans les sentences cultes de ce cher Plissken.
Reste un problème, de taille, c'est l’esthétique et les effets spéciaux en particulier. Autant le dire simplement, c'est très raté. Plus que ça, c'est même très laid et les exemples de mauvais goût sont légions, depuis l'arrivée en sous-marin jusqu'à l'horrible scène de surf, en passant pas les explosions en CGI. Alors, dans un certain sens, ça peut lui donner un côté retro et résolument bis sur le tard, mais ça, c'est vraiment si l'on est d'humeur positive car il faut admettre que dès sa sortie en 1996, le rendu faisait déjà tâche. Le pire étant qu'à ce niveau-là, il a bien plus mal vieilli que son prédécesseur qui, lui, n'a quasiment pas pris un ride.
Alors, est-ce rédhibitoire ? Absolument pas dans le sens où, après tout, on est dans la série B assumée et que, pour le public visé, ça passe. M'enfin quand même, John, t'aurais pu faire un effort !

Me vient toutefois une question d'une importance capitale : Est-ce qu'en 2013 va sortir America 2029 ?




EDIT : J'ai appris (et oui, j'apprends des choses tous les jours comme tout le monde) qu'en réalité, ces effets spéciaux ne sont pas la faute à ce bon vieux John. L'entreprise qui s'en occupait à sombre pendant le tournage et, faute de budget, le cinéaste fut obligé de prendre ce qui avait été fait tel quel, donc pas terminé. Ceci expliquant cela, je m'excuse platement auprès de toi John.

lundi 18 juin 2012

Dr Wai



Le cas de Dr Wai est fort intéressant (plus que le film d'ailleurs, m'enfin qu'importe) et représente assez bien l'un des gros problèmes du cinéma asiatique : la coupe.
J'parle pas des cheveux bien sûr, je serais mal placé pour jeter la pierre, mais bien évidemment du tranchage de pellicules pour l'exportation.
Ce n'est pas 
l’apanage du cinéma asiatique mais quand même, il en est l'une des victimes les plus notoires.
C'est bien simple, certains films - et pas les plus inconnus - ont été divisés des fois jusqu'à la moitié.
Résultat ? Ellipses nombreuses, problèmes de compréhension de l'intrigue, voire même, et c'est le cas ici, changement de l'histoire.

Il y eut donc deux montages, l'un international que tout le monde connaît et un pour le marché hongkongais. L'éditeur HK vidéo a eu la bonne idée de proposer un double dvd du film comprenant les deux versions sachant que, dans les deux cas, des scènes sont inédites et, comme je l'ai dis, l'histoire est différente.
La version internationale est peu ou prou un Indiana Jones like, avec un Jet Lee dans le rôle titre, aventurier parti à la recherche d'un objet mythique aux étranges pouvoirs. L'humour est très présent, les rebondissements nombreux et le spectacle est ma foi tout à fait digeste, à l'instar de Mister Dynamite et Opération Condor avec Jackie Chan.
La version hongkongaise, elle, propose une sorte de version saké du Magnifique avec Belmondo. Un écrivain de serial d'aventure peine à écrire son nouveau bouquin (qui correspond en fait à la version internationale de film) car en proie à des difficultés personnelles. Il intègre à son histoire les personnages de la vie réelle etc...
N'ayant pas encore vu cette version-là, je n'épiloguerai pas sur sa potentielle qualité (il paraîtrait toutefois que malgré son scénario plus intéressant, le film est un peu bancal), reste que nous sommes quand même témoins de quelque chose d'assez extraordinaire.
Alors je sais, vous me direz que dans le monde du bis, certains réalisateurs n'hésitaient pas à tourner plusieurs films en même temps avec les mêmes acteurs sans qu'ils le sachent et bricolaient, au montage, deux, voire 3 films différents. Reste que là, on ne parle pas de Bruno Mattei, mais de films commerciaux populaires. Qu'elle ne fut pas ma surprise, par exemple, lorsque je découvrit les versions longues de certains Jackie Chan avec, enfin, les explications de trucs qui me paraissaient vachement obscures dans leur version expurgée.
C'est bien simple, amusez-vous à couper 1/4 d'heure à la Liste de Shindler, et vous obtiendrez un superbe film de propagande nazi !
Bref... Ce Dr Wai - version internationale - est un petit divertissement sympathique sans prétention et, malheureusement, sans scène notable (en dehors de celle du train assez spectaculaire). Les effets spéciaux ont aussi méchamment vieilli... On aura toutefois le plaisir de voir le duo de choc Jet Lee / Rosamund Kwan, à croire qu'ils étaient en couple ces deux-là !


mercredi 13 juin 2012

New York 1997

1988 : Manhattan toute entière devient une prison de haute sécurité ; des murs sont érigés tout autour de l’île, des mines sont dispersées et la police veille. En 1997, lors d’un voyage diplomatique, l’avion du président est détourné et s’écrase sur Manhattan. Snake Plissken, ancien militaire devenu hors-la-loi, est dépêché pour ramener le président en échange de sa liberté (et de sa vie). Il a 24 heures...



Il y a de grands réalisateurs qui ont réalisé de grands films, mais qui seront toujours de petits réalisateurs de petits films aux yeux du monde. La raison ? Leur appartenance et leur fidélité au monde du film de genre. Et c’est pour ça qu’on les aime !
Carpenter est de ceux-là et, contrairement à son pote Cronenberg (cité d’ailleurs dans le film), il ne changera pas de ligne directrice, quitte à être définitivement boudé par le reste du monde. A ce niveau-là, il est plus à rapprocher de son autre pote, Romero (lui aussi cité), jusque dans cette façon de faire des films de série B très personnels. Quasi de la série B d’auteur car, à l’instar du maître incontesté des zombies, Carpenter fait dans le divertissement politisé…

Escape from New York se situe en plein dans la grande période du réalisateur, celle ou pendant près de 10 ans, il ne va réaliser que des œuvres importantes pour le genre. Celui-ci, avec Mad Max 2 de George Miller sorti la même année, va être l’un de pilier du film d’anticipation actionesque plus ou moins post-apocalyptique.
L’un est urbain, l’autre désertique mais les deux partagent des éléments communs comme ce héros individualiste (issus du western italien) qui va aider une population opprimée d’abord pour son propre intérêt puis, petit à petit par humanité. De même, on retrouve cette même imagerie esthétique au niveau du look punkoïdo-cromanionesque des personnages ; les fameux crazies vivants dans les égouts, du film de Carpenter, aurait sans mal trouvé leur place dans celui de Miller.

En revanche, Escape from New York est aussi très ancré dans la culture cinématographique américaine avec des références évidentes pour les films d’évasion (bien que celle du film se révèle finalement très simple et courte par rapport à ce que l’on pouvait attendre avec un tel titre) et le vigilante tel que les bronsoneries réacs de l’époque.
Reste que Carpenter est un anar revendiqué et son Snake Plissken, trublion et éternel rebelle, la personnification de ce courant de pensée. L’ironie du final et son implacable façon de mettre dos à dos toutes méthodes et types d’organisations politiques finit de poser le film comme un acte de rébellion assumé. Le final de sa tardive suite, Escape from L.A., ira d’ailleurs encore plus loin dans le genre.

Divertissement spectaculaire loin d’être con, Escape from New York rempli son objectif et cela, même trente ans plus tard (peut-être même plus encore). Les scènes d’action fonctionnent toujours parfaitement, les effets spéciaux, idem, et le casting aux petits oignons avec les gueules inoubliables de Lee Van Cleef, Ernest Borgnine ou encore Donald Pleasence donne au film un cachet indiscutable. Bien sûr, on oubliera pas la cultissime musique électronique écrite par Carpenter himself et le charismatique Kurt Russell tout en cynisme et en réparties, qui n’est pas sans rappeler le plus mythique des porteurs de poncho, l’homme sans nom - jusque dans sa façon de fumer.

jeudi 24 mai 2012

Tai-Chi Master

Tianbao et Jinbao, deux jeunes moines Shaolin turbulents se font virer du temple. Apprenant les réalités de la vie et les injustices du monde, ils vont peu à peu s'opposer pour défendre des causes différentes.






A première vue, ce Tai-Chi Master n'a rien d'original avec un scénario fort classique. Et pourtant... Vous avez face à vous ni plus ni moins qu'un chef d’œuvre, l'un des plus importants neo wu-xia-pian 90's (comprendre dans "neo", toute la production qui suivra Il était une fois en Chine) et cela, à plusieurs niveaux...
Pour bien le comprendre, il faut d'abord avoir en tête la structure classique du film de kung fu. Divisé en 3 parties de longueurs différentes, il commence toujours par un drame ou une injustice qui surgit dans les quinze/vingt premières minutes, suivit du difficile apprentissage d'une prise spéciale ou carrément d'un art martial complet par la victime qui cherche à se venger, représentant, peu ou prou, plus de la moitié du film. Cela se termine enfin généralement par un unique combat dantesque assez long (jusqu'à vingt bonnes minutes) où le bien triomphe du mal grâce à la technique dûment apprise.  Je passe sur l'élévation spirituelle de l'apprentissage qui est intrinsèque aux arts martiaux.
Ça, c'est la base.
Sur le papier, Tai-Chi Master propose à priori la même chose avec trois grands moments : la rupture entre les deux frères d'armes, l'apprentissage de Jinbao (Jet Li), et sa victoire face à Tianbao (Chin Siu-Ho).
Jusque là, tout va bien.
Pour autant, sur la pratique, tout est chamboulé. La fameuse rupture - donc la première partie introductive - arrive au bout d'une heure de film et l'apprentissage en lui-même est extrêmement court (un quart d'heure). Seul le final  correspond au schéma habituel. Ce parti pris a priori inoffensif a des conséquences énormes sur la narration.
Il est évident que ce qui intéresse le réalisateur, c'est de présenter en profondeur ses personnages, montrer leur relation, développer ce qui justifiera leur future séparation. Pour s'offrir ce privilège et donc empiéter sur la longueur du plat principal que représente habituellement le fameux apprentissage, Yuen Wong Ping va régler la question dans les 5 premières minutes, en faisant déjà de nos deux héros d'exceptionnels combattants - l'effet Shaolin sans doute (on notera par ailleurs le fait amusant qui veut que dans ce film, l'intrigue démarre à partir du départ de Shaolin alors qu'habituellement, y rentrer est l'objectif). 
Ça, c'est fait, semble donc nous dire le metteur en scène.

Deux héros donc, deux amis presque frères, mais deux caractères différents. Un frondeur et un suiveur. Ce sont deux rebelles dont un qui s'ignore.
Ce qui est intéressant, c'est que le personnage de Tianbao, le rebelle dans l'âme, s'en prend toujours au système, mais pas parce qu'il est contre celui-ci - on l'apprendra par la suite - mais parce qu'il ne peut pas l'intégrer comme il le souhaiterait, ou plus exactement comme il estime qu'il le mériterait. Cette rébellion individualiste est ironiquement la volonté profonde de Tianbao à rentrer dans le rang et, par cela, atteindre le pouvoir et être respecté. C'est sa conscience très nette de ce qu'il veut et de comment il peut l'obtenir qui générera sa séparation d'avec Jinbao.
Lui, c'est le rebelle de cœur, le rebelle sur le tard. Brave et naïf, c'est dans sa confrontation au monde qu'il va s'éveiller et se révéler - en cela son apprentissage sera d'ailleurs multiple comme nous le verrons. C'est dans la relation avec le peuple qu'il va trouver sa place et, s'il aime lui aussi montrer ses prouesses physiques, il cherche avant tout la bonne manière pour le faire, celle qui lui paraît juste (sa situation à Shaolin lui convenait d'ailleurs tout à fait). Au départ, il est un combattant pour le plaisir quand Tianbao l'est pour être le plus fort. Par la suite, s'il va adopter la stratégie de son frère ennemi, c'est uniquement pour le vaincre et faire régner la justice.
Deux philosophies quasi politiques, ce qui n'étonnera personne de la part d'un pays comme la Chine, toujours prompt à diffuser son message - certains diront "propagande" - dans les arts. L'individualiste qui veut le pouvoir contre celui qui se bat pour la communauté et pour l'égalité... Pas besoin de faire un dessin.
De la séparation émotionnellement difficile pour les amis suivra rapidement la confrontation physique qui marquera la fin de la première partie.
Jusque là, en effet, chacun traçait sa route avec plus ou moins de respect pour l'autre, mâtiné toutefois d'une logique incompréhension. Le combat, en revanche, marquera par sa dureté : Tianbao trahit ses anciens amis en devenant, qui plus est, un monstre sans cœur. Son humanité perdue va le rendre particulièrement peu subtil alors que son combat interne avait fait de lui le personnage principal de ce début de film, plus complexe que Jinbao, plus intéressant aussi. Il devient alors une caricature du Bad Guy pur et dur laissant, de fait, la place à Jinbao, que ce soit dans l'intrigue que dans l'intérêt que le spectateur peut avoir pour lui.
Mais Jinbao est sévèrement blessé...

La deuxième partie commence alors par sa lente guérison et permet au film de développer un aspect que l'on a vu jusque là assez sporadiquement : la comédie. En effet, Jinbao n'est plus ce qu'il était, sa dépression post-traumatique la rendu quasi autiste créant des scénettes humoristiques quelque peu vaudevillesques (une constance de l'humour asiatique, et chinois a fortiori) . Ce n'est pas particulièrement fin et ne fera rire que les gosses mais l'adulte, lui, devrait quand même sourire aux situations présentées. Ce n'est pas honteux, cette partie plus légère ayant l'avantage d'être courte et de proposer un instant de détente. Évidemment, Jinbao, que sa petite amie incarnée par la sublime Michelle Yeoh et un lâche aubergiste tentent de ramener à la raison et au combat, va finalement avoir ZE révélation. A l'instar de sa prise de conscience idéologique révélée par son immersion dans le monde, sa résurrection, elle, va venir de sa découverte de "l'univers". Comprenant la force des éléments face aux objets, il va créer le Tai-Chi, art martial se basant particulièrement sur les mouvements extérieurs, les éléments, la gravité, l'harmonie entre l'homme et la nature en gros.
Comme c'est Jet Li, ça ne va pas durer plus de cinq minutes pour qu'il devienne vite un "maître" (encore une fois, le prélude du film, le montrant comme un combattant exceptionnel permet ce type de raccourci). Je sais que ça a l'air un peu con con dit comme ça, mais encore une fois, voilà deux philosophies - et pas n'importe lesquelles - qui s'affrontent, le final ne le démontrant que plus.

Tianbao puise sa force de lui même, de sa volonté à être le meilleur, mais de façon totalement individualiste, ce qui lui donne au moins le mérite de s'être fait tout seul. Il sacrifie tout, jusqu'à l'amour, pour sa réussite. En revanche, son tempérament et son comportement le rendent fortement antipathique : pas une seule personne ne l'apprécie et, s'il est respecté, c'est uniquement parce qu'il est craint. De fait, lors du combat final qu'il perd petit à petit, pas un seul de ses compatriotes ne va l'aider. Vous y voyez le symbole d'un dictateur ? Et si j'vous disait qu'en plus c'est un chef militaire... Bref !
Ça n'a donc rien d'étonnant que l'art martial crée par Jinbao est intrinsèquement lié à ce qui l'entoure, en totale opposition avec celui de Tianbao qui se concentre sur lui-même. Il puise ainsi l'énergie des éléments, voire même de son adversaire, pour que le combat soit gagné. Ce n'est donc pas simplement son combat contre Tianbao qui clôt Tai-Chi Master - c'est presque secondaire - mais bien celui du peuple contre l'oppresseur.
Voilà pour le fond. C'est quand même pas si mal, non ?
Et la forme alors ?

Un film de Kung-Fu n'étant rien si les combats ne suivent pas, inutile de préciser que ce métrage nous offre un festival de superbes bastons, dont 3 mémorables résumant finalement assez bien 3 types de cinéma de Kung-Fu : le combat dans l'auberge entre les rebelles et les militaires - un classique - se veut avant tout une démonstration de corps à corps assez réalistes (l'espace étant limité pour les sauts de 5 mètres de haut) usant habilement des objets du décors comme dans les classiques de Liu Chia-Liang. Le 1er combat entre les frères ennemies avec Yeoh en guest, est quant à lui, une superbe démonstration de combats aériens avec moult jeux d'équilibres tous plus acrobatiques les uns que les autres, nous rappelant par exemple le combat d'échelles d'Il était une fois en Chine. Enfin, le combat final, étonnamment expéditif puise plus son inspiration dans les métrages fantastiques des années 80, le duel entre Tianbao et Jinbao relevant plus d'une confrontation entre deux dieux vivants.
Entre ces 3 combats, ça n'arrête pas une seconde, depuis les gosses de shaolin, jusqu'à Michelle Yeoh et son luth, en passant par d'épiques combats militaires... Faut dire aussi que le réalisateur, en plus d'avoir de la bouteille, est un chorégraphe émérite (parmi ses hauts faits d'armes, mentionnons Il était une fois en Chine, Tigre et Dragon, Kill Bill...)

Bon alors, vous attendez quoi pour sauter sur ce film ? Une belle édition deux dvd pour 10€ ? Ça tombe bien, elle existe, et c'est chez HK video que ça se passe !

Trailer à voir sans écouter, le speech est lamentable...

samedi 19 mai 2012

Kill Bill vol. 1&2


Dans la petite chapelle de Two Pines perdue au milieu du désert, à El Paso, alors que se déroule la répétition d'une cérémonie de mariage, des assassins surgissent et tirent impitoyablement et sans raison apparente sur toutes les personnes présentes. La mariée, enceinte, survit à ses blessures mais sombre dans le coma. Autrefois tueuse à gages dans une organisation secrète, elle est une combattante hors pair. Sortant du coma quatre années plus tard, elle n'a plus qu'un seul but, se venger de ses anciens complices, dans lesquels elle a reconnu les assassins de Two Pines, et surtout, tuer Bill, leur chef, qui est également le père de l'enfant qu'elle portait et qu'elle a perdu suite à l'attaque dans la chapelle.

Kill Bill, le diptyque, est à mon sens, si on le prend comme une seule oeuvre, le film le plus réussi de Tarantino.
Si celui-ci n'invente rien - mais c'est toujours le cas - c'est dans ces deux métrages qu'il digère le mieux ses influences multiples (chambara, wu xia pian, western, film noir...) Ajoutons à cela le traitement original de chaque chapitre, correspondant, peu ou prou, à un univers autonome.

A la base, Tarantino s'inspire d'un sous-genre spécifique : le rape & revenge et en particulier son pendant nippon (voir en particulier La Femme Scorpion et Lady Snowblood).
Certes, Beatrice n'a pas été violée (encore que si, mais plus tard lorsqu'elle est dans le coma), mais a été laissée pour morte et, évidemment, suite à cela, elle va fomenter sa revanche.
Si, contrairement à la tradition du rape & revenge, elle ne devient pas une prédatrice suite à son agression, la construction en flash back du film nous présente toutefois son entraînement passé après son réveil, ce qui, dans l'esprit du spectateur, revient à peu près au même. En cela, on peut voir l'influence du film suédois Thriller de Bo Arne Vibenius où Christina Lindberg s'entraîne et devient une tueuse redoutable en parallèle aux sévices qu'elle endure (ici, elle est exploitée en tant que prostituée sous l'emprise de la drogue qu'on lui injecte) - influence que l'on retrouve par ailleurs dans le bandeau d'Elle Driver.

Sur ce postulat déjà clairement ancré dans la tradition du cinéma d'exploitation, Tarantino, en bon fan bisseux, va y injecter tout ce qu'il aime.
De l'univers de Bruce Lee, il reprend la tenue jaune et noire du Jeu de la Mort et les masques des Crazy 88 sont empruntés au personnage qu'il incarne dans le Frelon Vert. Idem pour l'encerclement des Crazy 88 qui nous ramène vers le fameux combat de Fist of Fury.
Lady Snowblood, déjà cité plus haut, sera utilisé pour tout le duel face à Lucy Liu dans le décor enneigé avec des scènes quasi identiques. Notons aussi les giclées de sang en jet, que l'on voit souvent dans les chambara. Quant au fameux maître chinois à la barbiche blanche et au rire sans pareil, il nous renvoie vers l'une des figures légendaires du wu xia pian...
Le cinéma italien est très présent lui aussi, mais de façon moins évidente pour le spectateur lambda. On recycle donc Fulci, et particulièrement le film Frayeurs dans plusieurs scènes ; depuis les larmes de sang de la petite tueuse nippone jusqu'à l'enterrement vivant. Par ailleurs, l'énucléation est l'un des gimmicks des films de Fulci.
La fameuse liste de 5 noms à barrer vient d'El Mercenario, et de nombreux plans (comme les gros plans des yeux) font références aux westerns spaghetti en général, particulièrement dans le chapitre avec Budd et Elle Driver...
On note aussi les influences des acteurs eux-mêmes. Ainsi, Daryl Hannah perdant son deuxième oeil retrouve l'hystérie de sa mort dans Blade Runner, et David Carradine sa flûte et ses arts martiaux de la série Kung Fu. Quant à Gordon Liu, il apporte la touche Shaw Brothers dont il fut l'un des acteurs emblématiques.

J'en passe et des meilleurs !
Le résultat aurait pu ressembler à une indigeste mixture pour cinéphages 70's, mais il n'en est rien. Le talent est là et la réussite, totale.
En bon chef cuisinier, Tarantino joue avec les ingrédients pour nous offrir un plat unique où il ajoute ses propres épices : les dialogues. Le tout est certes copieux, mais absolument délicieux.



Pour ceux qui veulent un résumé des 2 films en 1 minute !

Il était une fois en Chine (saga)

Rappel : Figure emblématique - et réelle - du 19e siècle chinois, Wong Fai-Hung fut à la fois médecin, spécialiste des arts martiaux et révolutionnaire. Ces trois spécificités ont fait de lui l'un des personnages clefs de la culture chinoise, un héros humaniste toujours prêt à défendre le peuple. Ajoutons à cela deux faits d'arme mythiques : son combat seul face à une trentaine d'hommes de la Secte du Lotus Blanc et l'exploit de n'avoir jamais perdu de combat.
Il n'en fallait pas plus pour qu'il soit l'une des coqueluches du cinéma populaire chinois - plus de cent films parlent de lui - et que de grands acteurs l’interprètent : Kwan Tak Hing, Jackie Chan, Jet Li et Donnie Yen entre autres.
IL ÉTAIT UNE FOIS EN CHINE I à VI

réalisés par Tsui Hark, Bun Yuen et Sammo Hung
 
 
Saga culte (6 épisodes jusqu'à aujourd'hui), se voulant à la fois un hommage respectueux à Wong Fai-Hung mais aussi le témoignage d'une époque charnière où la Chine affaiblie, se retrouve confrontée suite au traité de Nankin, à la présence de plusieurs concessions étrangères qui vont accélérer l'évolution du pays vers la modernité.
Le personnage de Wong Fai-Hung qui symbolise les valeurs du passé par son art ancestral et sa médecine traditionnelle devient donc le témoin d'un monde en pleine transformation. De nature plutôt réticente aux changements, il participe toutefois la plupart du temps de façon neutre - et principalement dans un soucis de justice - aux événements, sans doute aidé par la personnage de tante Yee, femme moderne ayant vécu aux États-Unis, dont il est secrètement épris.
Si la saga a tendance, comme souvent dans les productions chinoises, à montrer l'étranger - le blanc - comme un infâme colon qui profite et pille l'histoire de la Chine (ce qui n'est pas totalement faux), elle saura très vite nuancer son propos vers un discours plus ouvertement humaniste. Ainsi, Wong Fai-Hung s'opposera souvent à des groupuscules chinois, nationalistes et violents, qui attaquent d'innocents ressortissants étrangers ou bien se liera volontiers d'amitié avec un "visage pâle". Cette tendance atteindra son paroxysme dans le 6e - et par ailleurs passable - épisode se déroulant en Amérique, dont le thème principal est l'union et l'amitié entre les peuples, comparant volontiers la communauté amérindienne avec celle des immigrés chinois, toutes deux désireuses de conserver leurs traditions et vivre paisiblement. Tout cela est mignon tout plein, mais pas très subtil...
Qui dit témoignage d'une époque, implique de fait un univers à retranscrire et, contrairement au discours un peu naïf voire caricatural vu plus haut, c'est là l'une des grandes réussites de la série. Ça n'étonnera pas les habitués des productions chinoises, le soin apporté aux décors et aux costumes est évident. De même, une grande place est accordé aux traditions ; parades avec combats de dragons qui constitueront d'ailleurs l'essentiel de la trame des épisodes 3 & 4, arts culinaires et culture du thé régulièrement mis en avant, médecine traditionnelle principalement évoquée dans les deux premiers volets et bien sûr, la philosophie des arts martiaux comme étendard. Car rappelons-le, pour ceux qui se seraient perdus dans ma longue présentation, les Il était une fois en Chine sont avant tout des films de Kung Fu avec moult cascades délirantes et autres prouesses physiques se succédant régulièrement afin de rythmer les différentes intrigues ! Et le tout servi par une B.O. culte.
Car ne nous méprenons pas, Tsui Hark marque, avec cette saga - enfin surtout avec les premiers - le grand retour des films de Kung Fu, qui avait laissé place aux films d'action à la fin des années 80, et en particulier le pendant traditionnel et historique. Ainsi, grâce au succès du premier, on verra une véritable vague 90's de "retour aux sources" fort appréciable car en partie dégagée du poids des anciennes productions. Désormais, ce seront des œuvres d'envergure plus profondes.
Jet Li, l'incarnation parfaite de ce Wong Fai-Hung, en sera d'ailleurs la figure de proue, presque indissociable au genre, comme le fut Jackie Chan à la fin des années 70 - qui va revenir à ses premiers amours suite à cela d'ailleurs - ou Bruce Lee un peu plus tôt. Son style gracieux et sa stature classieuse va se marier parfaitement à l'utilisation des câbles (lorsqu’elle n'est pas trop systématique) et aux rôles de maîtres ferme mais juste et à l'humour fin. Son départ de la saga après le 3e épisode marquera malheureusement le déclin de la série qui, si elle tiendra toujours la route, se bornera à ne proposer que le minimum syndical, et cela malgré son retour pour le dernier opus.

Dans tous les cas, les amateurs trouveront dans les deux premiers volets matière à s’enthousiasmer tant ils sont réussis, et d'une qualité exceptionnelle. Indispensables pour le genre mais aussi dans l'histoire du cinéma chinois tout simplement. Les suites alimenteront les besoins des aficionados, à l'instar d'un panaché pour les alcooliques anonymes. A défaut d'avoir mieux à se mettre sous la dent, on saura s'en satisfaire pour ce qu'ils sont : des petits divertissements sans prétention.


Petit compile de scènes des 3 premiers