Dans le Japon des années 30, époque de grande modernisation, on suit l'histoire de la jeune Yukié, le long du fleuve Shinano. Ou quand les jeunes filles n'ont plus que le choix entre le bordel et l'usine...
Après l'oeuvre ultime de la vengeance à la japonaise -Lady Snowblood, mais est-il besoin de le rappeler ? - Kamimura remet le couvert dans un genre totalement différent : la destinée d'une jeune fille devenue femme fatale à l'insu de son plein gré... Totalement différent, vraiment ?
Alors oui, effectivement, ici, on n'est jamais très loin de la bluette façon shojo, du romantisme à la "japoniaise". Mais le tout est relevé par la toile de fond historique, comme d'habitude j'ai envie de dire, et surtout par la violence des rapports homme-femme, des codes de bonne conduite de la société nippone, etc.
On ne peut s'empêcher de rapprocher ces deux héroïnes, Yuki et Yukié, bien que les scénaristes ne soient pas les mêmes. Elles ont les mêmes traits, la même détermination, elles doivent faire face à la fatalité, et sont amorales et sans pitié.
La narration et le dessin sont très "posés", emprunts de sensualité, de mélancolie, bref, tout y est charmant et toujours aussi poétique. Okazaki est un peu faiblard par rapport à Koike, mais je suis définitivement vendue au style Kamimura je crois !
Une famille de gitans sédentarisés dans une banlieue : la doyenne, Angéline, ses 5 fils, ses belles-filles et ses petits-enfants. Esther, gadgé bibliothécaire, débarque pour lire des livres à ces enfants qui n'en ont pas.
Extrait : Esther prenait son livre. Ils ne bougeaient plus et hormis quelques reniflements, le silence était total. Elle ignorait qui, de la chaleur ou de l'histoire, les apaisait d'un seul coup, sans qu'ils ne demandent rien. Ils ne sont pas difficiles, se disait-elle. Jamais ils ne réclamaient jamais ils n'avaient soif ou faim comme d'autres enfants qui ont sans arrêt besoin de quelque chose. Elle lisait dans ce calme. On entendait juste le ronflement d'air chaud. Les enfants avaient posé les mains sur leurs cuisses.
Lu dans le cadre de ma mission du moment au boulot, ce livre a été une vraie révélation. D'abord pour Alice Ferney que je n'avais jamais lue (comment j'ai pu passer à côté tout ce temps ?) ensuite pour le thème, forcément. Comment ne pas trouver un écho dans l'histoire de cette femme bibliothécaire qui part lire des histoires aux "enfants du voyage", quand moi-même je me prépare à travailler pendant plusieurs mois sur le jazz manouche en général et la culture tsigane en particulier ?
Entre lyrisme et retenue, grâce et dénuement, sans jamais sombrer dans le cliché des "voleurs de poules" ou l'image d’Épinal de la vie dans les roulottes.
Un roman magnifique, sur le pouvoir de la lecture, la compréhension, le partage, le respect de l'autre et de ses différences.
Vers 1870 (ère Meiji), le Japon institue ce qui sera considéré comme l'"impôt sur la mort", à savoir le conscription de tous les hommes valides pour créer une armée puissante. Face à la rébellion généralisée, les autorités japonaises envoient dans les villages des recruteurs habillés en blanc. C'est dans ce contexte que le mari et le fils de Sayo sont assassinés et la jeune femme emprisonnée. Par vengeance, elle décide de concevoir et de donner naissance à un enfant qui sera l'instrument de sa vengeance. Malheureusement, elle meurt en couches en donnant la vie à une fille : Yuki. Eduquée par un grand maître du sabre, elle suivra sa destinée et deviendra Lady Snowblood, au charme aussi dangereux que son sabre.
"Je suis venu vous présenter Lady Snowblood. Mais je ne sais pas trop par où commencer." Jean-Pierre Dionnet, préface.
1- Commencer par la préface ! A ne pas rater, elle est extrêmement complète pour tout savoir sur l'Histoire, sur Meiko Kaji, sur les adaptions ciné, sur les auteurs, etc.
2- Yuki, un des plus beaux prénoms japonais (et je n'y connais rien en prénom japonais), signifie neige. Lady Snowblood est un jeu de mot avec Blanche neige, le titre original étant : Shirayuki-hime littéralement Princesse Blanche neige. Le jeu de mot étant sur shira voulant dire blanc, proche de shura qui signifie carnage.
3- Yuki est un des plus beaux personnages féminins de la littérature (non je ne pèse pas mes mots). La grâce et la froideur mêlée d'une insensibilité déconcertante. Délicate, sensuelle, effrayante. Elle n'est pas, elle ne fait qu'exécuter ce pour quoi elle a été conçue.
4- La vengeance est un plat qui se mange froid. Un des plus beau récit de cette longue tradition japonaise.
5- A ne pas mettre entre toutes les mains : violence et érotisme sont de mises (publié d'abord en feuilleton dans Playboy, bon dans les années 70...). Mais ce n'est jamais vulgaire. Il y a ni morale, ni innocence dans ce manga, tout n'est que perversion et manipulation.
6- Le trait de Kazuo Kamimura est épuré, simple, mais d'une élégance rare. Son talent est à son paroxysme dans les scènes de sabre, il réussit à retranscrire la dynamique et la grâce des mouvements de cet art.
7- L'ère Meiji est une période phare de l'histoire japonaise. Le Japon commence à ouvrir ses portes sur l'Occident, l'ancien système des classes est détruit. C'est la fin des samouraïs, le début du capitalisme. Kazuo Koike donne une trame extrêmement documentée à son histoire. Entre tradition et modernité.
8- L'histoire qui a inspiré Kill Bill (private joke).
9- Et surtout, après ça, ou avant, n'importe, mais voir absolument l'adaptation avec Meiko Kaji qui incarne magnifiquement Yuki.
10- Et si vous n'aimez pas la vengeance au féminin, elle existe au masculin.
Une mère rend visite à sa fille à Paris. Elles sont coréennes, et ces retrouvailles vont faire l'objet d'une longue discussion où souvenirs et secrets de famille se mêlent.
L'auteur reprend ici son histoire des années 70 à aujourd'hui, avec en filigrane une chronique sociale et historique de la Corée du Sud.
Un vrai coup de coeur graphique pour ce manhwa (manga coréen), tout en noir et blanc, très enfantin pour les personnages et proche de l'estampe pour les décors. Avec un + pour le côté chronique sur la Corée.
Bleu comme celui de la mer que vient contempler Kayako après les cours. Un jour, la secrète Masami l'accompagne. L'amitié se mue en amour, puis en souffrance, chacune ayant des aspirations et obligations différentes.
Une envie soudaine de dévorer des mangas.
Mais pas envie de lire des mièvreries de collégiennes.
Blue n'entre évidemment pas dans cette dernière catégorie. Une belle découverte de cette auteure, spécialiste des tourments de la jeunesse japonaise d'aujourd'hui.
Du texte aux traits, tout est épuré. On colle au plus près des visages des héroïnes, s'en dégage une vraie sensualité mêlée à une tendresse certaine.
Un manga résolument féminin, intime, qui n'est pas sans rappeler le film sud-coréen Memento mori, le fantastique en moins !
Tout commence sur une route de Campagne. Anne a reçu un étrange message de sa soeur Gabrielle disparue depuis1 an. Accompagnée par un écrivain rencontré en faisant du stop, elle bascule alors dans une monde parallèle, où les habitants ne respirent pas, ne sourient pas, n'éprouvent aucune émotion.
Premières lignes : Etienne Virgil n'allait pas bien quand il fit la rencontre, au début de l'automne, de cette jeune fille qui s'appelait Anne Collodi.Elle tendait le pouce sur la route départementale 8 entre Saint-Etienne et Montbrison, dans ce secteur qu'on nomme ici la Plaine. Plus loin, vers l'ouest, il y a les monts du Forez. S'il fait beau, on les voit devant soi, à l'horizon, vert sombre et bleutés, et on se dit forcément qu'on devrait y aller, que ça a l'air très beau. Mais ce matin-là, on ne les voyait pas, le ciel était gris et bas. Il bruinait.
Roman très contemporain, placé sous le signe de Barbe bleue et Euridice. J'avais été transportée par Le chagrin du roi mort et surtout Le combat d'hiver. Ici, je suis un peu déçue, un peu seulement. Il m'a manqué un je-ne-sais-quoi, un peu du "lyrisme" des précédents ? un peu "d'intemporalité" ? Bien qu'il y ait toujours autant d'humanité. Bref, je crois qu'il était trop terrien pour moi.
Anna découvre une robe oubliée lors d'un "jeu" avec sa grand-mère qui se meurt d'un cancer. Les souvenirs douloureux et autres secrets de famille ressortent alors.
Premières lignes : La femme courait dans sa direction. Martti avait fait le rêve bien des fois. La femme était sur le point de dire quelque chose, Martti était tout près de comprendre. Il n'avait jamais le temps d'entendre ce qu'elle avait à lui annoncer, et se réveillait toujours avant que la lumière se fasse en lui.
C'est un beau roman, c'est une belle histoire.
C'est délicieusement écrit aussi.
De beaux moments sur le pardon, l'amour, les relations filiales.
Matilda vit seule depuis la mort de son mari. Ses enfants ne viennent plus la voir et son chat et son chien sont décédés. Alors pourquoi rester plus longtemps ?
Extrait : "Si mon pique-nique s'était passé comme prévu, je devrais être en train de flotter au niveau du phare. A partir de maintenant, je suis une morte en sursis." Cette idée lui plut.
Matilda a la cinquantaine et prépare son départ après avoir profité une dernière fois d'un bon repas sur la plage. Mais c'est sans compter sur sa rencontre avec Hugh, jeune trentenaire, matricide en cavale.
Commence alors entre ces deux personnages hauts en couleur, une étrange relation, hors des conventions.
On pense forcément à Harold et Maude, en plus anglais. So charming !
Les enquêtes du juge Bao, dans l'Empire Song, en l'an mille. Cette enquête prend place dans le nord du pays, ou un homme ambitieux et avide, grâce à l'aide d'un préfet désireux de laisser sa trace en construisant une ville nouvelle, expulsent les habitants quartiers pauvres afin de spéculer.
Premier tome d'une série de polars médiévaux chinois. Le juge Bao a réellement existé, il est devenu le symbole de la justice, l'intégrité et du combat contre la corruption.
Le dessin est sublime, on dirait presque des photos. On arrive presque à distinguer la belle Zhang Ziyi dans les traits des personnages féminins ou encore Takeshi Taneshiro dans le personnage de Zhang Zao. J'aurais bien aimé voir Chow Yun-Fat dans le juge Bao ;)
Un curieux mélange d'animaux et d'hommes récolté par monsieur Larsen.
Extrait : Le zébrhomme "Même ses larmes sont noires et blanches, et quand elles s'écrasent sur le sol, elles résonnent comme les touches d'un piano."
Un album à la manière d'un cabinet de curiosités, un étrange imaginarium, mêlant humour et poésie pour les textes. Les illustrations sont délicieusement rétro, en noir et blanc, surréalistes, une parade de "freaks".
L'éditeur Robert Dubois se voir remettre une liseuse. C'est plus pratique pour transporter les manuscrits qu'il a lire pendant le week-end...Une poésie d'anticipation !
Extrait : - Imagine, lui dis-je, que je veuille te prêter un livre. Si je donne ma liseuse, non seulement je n'aurai plus rien à lire moi-même, mais, te connaissant, je crains que tu n'en lises un autre parmi ceux qui sont à l'intérieur. Que faire ?- La solution est simple, tu m'offres une liseuse (ce qui, par parenthèse devrait depuis longtemps être fait) et, grâce à la technique dent bleue, tu fais glisser le livre que tu veux me prêter de ta liseuse à la mienne. C'est doux, c'est fluide et, je dois dire, assez sexy.- Qui ? La manœuvre ou moi ?
Des beaux moments sur le métier d'éditeur, cette ambiance très "Paris rive gauche", où le monde du livre traîne dans les mêmes cantines le midi, les rencontres avec les auteurs "maison", et puis la relève, la jeunesse qui arrive, la révolution en marche avec l'arrivée de cette drôle de machine, la liseuse, et les bouleversements du numérique.
Un bon moment de lecture donc, mais je ne peux m'empêcher de parler en plus ici de mon expérience avec la liseuse.
Oui, j'avoue, j'ai craqué, j'ai acheté une liseuse, ou plutôt dans mon cas un "'ereader", qui me permet de lire, mais aussi d'écouter de la musique, de regarder des vidéos ou de stocker des photos. Principalement pour pouvoir lire en VO. Oui ça fait peut-être un peu snob de dire ça, mais je dévore pas mal de littérature pour ado/jeunes adultes, le plus souvent des séries, et je n'ai pas la patience d'attendre leur traduction ! Quand elle existe... Je parle ici de romans donc, mais c'est le cas pour beaucoup de documentaires aussi. Et les livres numérique Outre-Atlantique sont à des prix défiant toute concurrence quand même... Et puis on commence à sérieusement manquer de place à la maison. Et puis j'ai une âme de "geekette". Et puis, et puis.
Bref. Je ne voulais pas d'un "Kintruc", ou "Kopabo" pour ne pas dépendre des géants du livre en ligne et leurs pu.... de DRM. Je n'avais pas les moyens non plus d'acheter un "imachin", qui pourtant me faisait de l’oeil, rien que pour pouvoir lire L'herbier des fées dessus. Et oui que voulez-vous, c'est la magie de la pomme, pouvoir éditer un livre numérique uniquement lisible sur leur matériel à environ 500€ ! Ah c'est beau la culture marchande ! Bref, je m'égare et m'énerve pour presque rien.
Donc j'ai acheté une liseuse au mois de janvier, je l'ai vidée des petits fichiers qu'il nous mettent gentiment dedans gratuitement mais qui sont inintéressants au possible, j'ai acheté un petit polar de derrière les fagots chez Publie.net, téléchargé un Dickens que je voulais lire depuis longtemps du domaine public, transféré un modèle de tricot sous pdf (parce que oui, c'est aussi pour ça que je voulais un liseuse, éviter d'imprimer tous ces fichiers !), une petite musique ici, une petite vidéo là, hop hop hop !
Et j'en pense quoi de ma liseuse ?
Et bien, pas grand chose les amis, parce qu'elle est tombée en panne au bout de quelques jours d'utilisation et est en réparation depuis plus d'un mois !
Alors moi je dis, le livre a encore de beaux jours devant lui, au moins il ne tombe pas en panne et il n'a pas besoin d'être rechargé !
Bref s'est rangé. Depuis quelques mois, il vit en dehors de New York avec sa récente femme, son fils anciennement illégitime et la fille de celle-ci. Le quotidien est difficile. Sa présence étant peu appréciée par son fils et par le chien, l'écrivain se bourre de cachets et picole sévère. A côté de ça, il dragouille sec l'une de ses étudiantes et des évènements étranges surviennent...
Premières lignes : "Tu fais vraiment très bonne impression."
C'est la première phrase de Lunar Park et dans sa brièveté et sa simplicité, elle était censée être un retour à la forme, un écho, de la première ligne du roman de mes débuts, Moins que zéro :
"Les gens ont peur de s'engager sur les autoroutes à Los Angeles."
Depuis, les phrase d'ouverture de mes romans sont devenues exagérément compliquées et fleuries, lestées par une insistance abusive et inutile sur des détails, en dépit de l'art avec lesquelles elles sont composées.
Bret Easton Ellis est de ces écrivains qui volèrent les tics et les journalistes qui vont avec, des rock stars 70's. Celles qui brûlaient les chambres des hôtels, violaient les groupies et s'injectaient tout ce qui leur passait sous la main. Ellis est aux années 80 ce que Led Zep au complet était aux années 70; un cliché ambulant, brûlant le fric pour des conneries à la vitesse du succès. Rapide. Trop.
Et ça, le gonze le sait mieux que personne.
Bref, il nous livra une petite brouette de best-sellers comptant les méandres et désespoirs de riches yuppies qui s'emmerdent ferme devant leur piscine à un million de dollars payés cash en sniffant de la coke et avalant leurs antidépresseurs avec un martini. Ou plusieurs.
Autant dire que rajouté à cela, le tout était écrit d'une écriture acerbe terriblement fashion, peuplée de courtes phrases définitives et cyniques ou à rallonge et descriptives. Bref, Ellis représente tout ce que je déteste en littérature contemporaine. Efficacité et pause. L'horreur.
Pour autant, dire que c'est mauvais serait faire preuve d'une mauvaise foi - certes coutumière chez moi - que je ne tiens pas à étaler ici. Non, Ellis prenait le pouls de son univers de façon tout à fait juste.
Reste que cet univers, en plus de ne pas être le mien, m'emmerdait royalement.
Lunar Park n'est pas exempt de certains clichés, en particulier quand il parle pendant toute l'intro de son passé dévergondé. C'est pénible, mais c'est drôle. Le loser richissime conscient de sa superficialité, y a pas à dire, ça marche.
Mais Ellis a la bonne idée de partir en vrille en comptant son quotidien psychotique où il cherche à se ranger ; être enfin l'homme de banlieue, père et mari aimant. Evidemment il n'y arrive pas, mais en plus son passé revient tel un fantôme shakespearien et le roman se transforme en brillant hommage à Stephen King. Flippant, malsain, paranoïaque. Lunar Park devient le bouquin d'épouvante idéal, nous mettant sacrément mal à l'aise et mine de rien, nous présente une vraie réflexion sur le rôle du père.
C'est donc, il faut bien l'admettre et ça fait un peu chier, très réussi. Sans être un coup de coeur, c'est un sacré bouquin.
Un été caniculaire de 1987, le week-end du Labour Day aux Etats-Unis. Un homme s'est évadé de prison, il est recueilli par Henry, 13 ans, un garçon ordinaire, et sa mère, Adèle, une femme extraordinaire, qui vit retirée du monde.
Extrait : Et dans ses yeux à elle, quand il l'avait touchée, il y avait eu cette expression que je ne lui connaissais pas. Celle d'une personne qui aurait marché longtemps dans le désert et qui, finalement, aperçoit l'eau.
Ce huis-clos qui au départ à tous les ingrédients pour être étouffant, angoissant se révèle vite être une bulle de fraîcheur, comme un second souffle dans la vie de cette mère et de son fils.
Un récit très visuel, qui est d'ailleurs en cours d'adaptation pour le cinéma par Jason Reitman (Juno) avec Kate Winslet et Josh Brolin...
Jade, une jeune journaliste parisienne, enlève sa grand-mère octogénaire pour lui éviter la maison de retraite. Débute alors une belle relation entre ces deux femmes, deux générations, qui se découvrent et s'apprivoisent, liées par l'amour, l'amour des livres.
Extrait : J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en n'a jamais rien su pendant toute notre vie commune. Jade eut l'impression que Mamoune lui assénait cette révélation comme si elle avait fait le trottoir, transformant la lecture en une activité inavouable.
Cette histoire m'a complètement captivée et le dénouement est vraiment inattendu.
J'ai juste été un peu gênée par une écriture parfois maladroite, des passages trop pleins de bons sentiments aussi.
Mais je le conseille vivement, encore un beau "témoignage" sur la lecture.
Par Paul McAuley chez Robert Laffont, Coll. Ailleurs et Demain
Fin des années 60 aux USA, on découvre une porte pouvant donnant accès à une Amérique parallèle. Lorsque le gouvernement américain réussit à reproduire cette porte, il se rend compte qu'il existe autant d'autres réalités que la leur. En bon américain, l'objectif est d'offrir à chaque monde une Amérique forte et dominante et pour cela, sous Nixon, il faut faire la Guerre. Alors que Carter gagne les nouvelles élections, l'aspect hégémonie n'est plus une priorité et à la CIA, ça râle pas mal. Deux agents se retrouvent ainsi des deux côtés opposés de la barrière...
Premières lignes :
-C'est des Américains, Adam. Des Américains comme toi et moi. Des Américains qui veulent débarrasser leur patrie de la tyrannie communiste. Des Américains qui sont prêts à risquer leur vie pour rendre indépendance et liberté à leur version des USA. Leur gouvernement n'est peut-être pas un modèle parfait de démocratie, je te l'accorde, mais ils défendent la Constitution, ils veillent depuis cinquante ans à ce que la flamme de la liberté ne s'éteigne pas, ils méritent qu'on les soutienne à fond, nom de Dieu. Et te voilà, déguisé en croque-mort, prêt à vendre leur peau.
-Ne me tape pas dessus, Tom. Je ne suis que le messager.
-Ah oui ? Alors je crois que tu te contentes d'obéir aux ordres, comme ces bureaucrates exsangues qui ont pris le pouvoir à la Compagne. Et merde, Adam, j'aimerais mieux apprendre que t'es passé du côté de Jimmy Carter et de sa bande de joyeux dégonflés. Au moins, ça voudrait dire que tu crois encore à quelque chose.
Étrange bouquin de SF que voilà. Alors qu'à la lecture du pitch, on s'imagine un truc à la Stargate - ce qui honnêtement me motivait moyennement - on tombe en réalité sur un excellent bouquin d'espionnage qui exploite l'aspect SF, et en particulier l'uchronie, essentiellement pour augmenter les possibilités d'intrigues et alambiquer le tout.
Comme pour l'occasion, ça permet aussi de gentiment dézinguer la politique américaine, on a là de bons arguments pour se lancer dans sa lecture.
Passionnant donc - ça pourrait être du Littell - et souvent haletant, cette enquête menée par des personnages charismatiques, révélant une machination à grande échelle nous fait voyager avec plaisir et jubilation au travers d'Amérique différentes (état sauvage, sous une politique communiste...)
Ça ferait un excellent film d'ailleurs qui nous changerait des éternels remakes. A bon entendeur !
Un imagier encyclopédique, "à lire" dès le plus jeune âge !
Ce livre est géant ! Par sa taille déjà : 45 cm de haut, et par son contenu et les multiples usages qu'il inspire.
Chez nous, il est propice à un vrai terrain de jeu, ou plutôt plateau de jeu.
On y trouve des planches, à la façon des encyclopédies classiques, sur les légumes, les transports, le corps humain (j'ai trouvé ici un commentaire assez "énorme" d'ailleurs par rapport à cette dernière), les maisons, etc.
A la fin, pour les plus grands qui savent lire, ou les petits curieux qui ne savent pas encore mais qui vous en demanderont un peu plus, il y a les définitions / explications.
Luce a 16 ans, elle est plutôt du genre gothique, au grand dam de sa mère qui est plutôt classique. C'est le conflit permanent entre la mère et la fille. La mère part pour 4 mois, laissant Luce livrée à elle-même. Après l'euphorie des premiers jours, Luce commence à se poser des questions. En partant en quête de sa mère, elle découvre son histoire.
Extrait :
-Il faut qu'on parle Luce...(...)
-Merci bien, pour entendre d'énièmes reproches ... -Non c'est important... -Ben voyons... Tu me les casses, mother. Lâche-moi ! Je sais pas, trouve-toi un mec, fais du tricot, laisse-moi vivre... Cela dit, vu ta tête, tu risques pas de pécho... On dirait que tu as 100 ans...
C'est par ce roman que je suis entrée dans la littérature adolescente. Enfin, plutôt re-rentrée.
Un roman pour ado qui parle de l'adolescence donc. Maryvonne Rippert aborde tout ce qui les touche, sans aucun tabou, mais sans jamais tomber dans le facile, le cru, tant à la mode chez certains, mais qui ne parle pas à tout le monde. Oui on peut parler de drogue, de sexe, de musique, d'alcool, d'amour, sans être racoleur, tout en étant juste, et beau. Oui Luce a 16 ans et a des relations sexuelles, et non, elle ne se fait pas violer ou ce n'est pas juste un truc moche ou raté !
Je me suis attachée à Luce, à cette adolescente en colère, qui se débrouille toute seule. J'ai souvent pensé à No et moi de Delphine de Vigan durant la lecture.
Et j'ai été transportée par l'épisode en Espagne, la rencontre avec Esteban, même si c'est attendu, un peu "léger", ça fait du bien aussi !
"Je ne me sens pas encore adulte. Mon autre moi - au fond de moi, comme une cage. Mon autre moi - plus dans mes rêves. Une fille-enfant. Cauchemars. Des boutons et des mouches. Je ressens plus ma vie dans mes rêves. C'est un champ de vision plus libre. Je ne me sens pas encore adulte. [...]" Kate Bernheimer, texte d'introduction...
Un univers féerique, ou comment mêler l'enfance au cauchemar. Des jouets, des filles à la Alice au pays des merveilles mais si on regarde plus en détail, on se retrouve plutôt dans Coraline de Neil Gaiman que dans dans Martine à la ferme !
Nicoletta Ceccoli illustre des livres pour enfants, en Italie surtout, où elle a reçu le prestigieux prix Andersen. En France, on ne trouve que son artbook et des produits dérivés.... pourquoi ?
J'aime ces personnages à la tête démesurée, aux yeux globuleux, au look "loligoth". On pense tout de suite à Mark Ryden - que j'aime beaucoup moins bizarrement, alors qu'il a inspiré la majorité des illustrateurs qui me plaisent aujourd'hui - Benjamin Lacombe aussi bien sûr.
Une série de meurtres dans le Londres d'aujourd'hui. Un code est gravé dans la peau des cadavres qui sont retrouvés. Il fait référence aux registres d'état civil de l'époque victorienne. La police fait alors appel à un généalogiste pour les aider dans leur enquête. Les crimes semblent être copiés sur d'autres survenus en 1879....
Premières lignes :
L'inspecteur principal Grant Foster, raidi par le manque de sommeil, extirpa sa grande carcasse fatiguée de sa Toyota Corolla flambant neuve et ressentit la douleur familière d'avoir été sorti de son lit au milieu de la nuit. Bien qu'il ait arrêté de fumer depuis six mois, son corps réclamait de la nicotine. L'arrivée sur les lieux d'un meurtre faisait partie des moments où il avait l'habitude d'en allumer une : un rituel, pour raffermir sa volonté. Il fit craquer ses doigts et huma l'air froid.
Premier volet d'une série prometteuse. J'ai trouvé dans ce polar tous les ingrédients qui font que ça fonctionne : un duo de flics attachants, complété par un généalogiste passionnant et passionné, une enquête bien ficelée (je n'ai compris le "truc" que deux pages avant la révélation), un ancrage dans la société et la ville nécessaire à tout bon polar, et une touche d'humour "spécial roman policier".
Le truc en + : le va et vient entre aujourd'hui et le XIXe siècle, et surtout les scènes de recherches dans les différentes archives de Londres !
Après s'être échappées d'une institution pas très catholique, les deux sœurs Lilian et Agathe sont kidnappées par l'horrible Mr Hyde. Enfermées et droguées dans un cabaret/bordel londonien fréquenté par les grands noms de l'époque, elles subissent divers sévices avant d'être sacrifiées à une obscure déesse...
Vous vous demandiez bien comment Einstein avait découvert son mythique E=MC2 ou ce qui perturbait tant Stevenson ? Pire encore, la sexualité de Freud vous intriguait et Thatcher ne pouvait être pour vous qu'une vile perverse pour être aussi méchante... Allez en paix, Lopez et Barreiro vous ont concocté une bd coquine qui saura calmer votre cerveau en ébullition.
Énorme délire, cette œuvre historico-pornographico-policière fait fi du bon goût en le dépassant très largement. L'humour omniprésent et la provocation gratuite sont les maîtres mots de cette perle déviante se déroulant dans l'Angleterre victorienne. Soutenus par la présence de guest stars de marque dans des situations pour le moins gênantes, L'Antre de la Terreur joue avec la bienséance et les clichés des romans de l'époque (Jack l'éventreur nous gratifiera bien sûr de sa présence).
Et si Sherlock Holmes et Watson enquêtent, c'est bien les deux sœurs dénudées qui feront tomber la secte grâce à des pouvoirs qui nous ramènent tout droit à la figure de l'héroïne revancharde du cinéma bis.
Que du bon donc ! Cette bd pour adultes est toutefois réservée à la niche des avertis car le superbe graphisme un peu crado ne fera pour autant pas oublier les différentes scénettes hardcore exposées tout le long.