Petit intro contextuelle et volontairement digressive.
Au milieu de nulle part, un sabre fend l'air.
Le silence et l'immobilité s'installent.
Enfin, le rouge carmin vient traverser l'écran.
Esthète et morbide, tel est le cinéma de genre japonais, depuis le chambara jusqu'au kwaidan en passant même par le drame. De ces trois courtes phrases assez représentatives, naissent deux autres éléments directement reliés ; l'esthétique et la poésie.
Ces critères feront de ce cinéma le seul cinéma de genre vraiment respecté par la critique mondiale. Il y a une noblesse intrinsèque dans ces films qui marque le respect de façon évidente et indiscutable.
Du cinéma de genre auteurisant en quelque sorte.
Comme c'est souvent dans les séries que l'on retrouve forcément de façon plus notable l'aspect "cinéma d'exploitation" - chose que j'affectionne plus que tout - j'ai voulu m'attaquer à plusieurs d'entre elles et en particulier La Légende de Zatoïchi (26 films ! Bon courage, mon con) et Baby Cart (6 films).
BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours
le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de
contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs
lancés à ses trousses.
1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer
L'ENFANT MASSACRE
Ogami Itto est engagé pour tuer un traître à son clan qui veut
vendre les secrets d'une teinture et qui est protégé par les redoutables frères Hidari. Parallèlement, il doit faire face à Sayaka, une ninja qui dirige un groupe de femmes assassins travaillant pour le clan Yagyu.
Comme je fais avec ce que j'ai sous la main, je commence bien malgré moi par le deuxième volet (d'ailleurs, si l'un(e) d'entre vous veut m'offrir le coffret...)
Difficile donc pour l'instant de comparer cet opus, par rapport aux autres, et surtout au précédent, reste que, pour information, il n'est pas nécessaire de l'avoir vu pour comprendre celui-ci.
Déjà, il faut admettre une chose évidente, l'intrigue du film - comme de la série en général - tient largement sur un post-it. Ensuite, pour les néophytes et les gens atteints d’Alzheimer, certains personnages et/ou événements viennent nous rappeler régulièrement qui est ce bon vieux Ogami Itto.
Bref, de l'action, y en aura donc beaucoup. Des membres qui se coupent et des geysers de sang aussi. Mais ça, vous l'saviez.
Tout ça toutefois à la 70's : pas d'effet de vitesse ou de montage ultra-cut ni de combats épiques. Non, Ogami, c'est un bretteur de légende, un type qui te tranche une tête d'un petit pas chassé. qui esquive un gourdin d'un mouvement de bassin tout en protégeant le landau du p'tit. Avec lui, ça s’éternise pas. Même les boss de fin de niveau sont éradiqués en deux coups de sabre.
En fait, à l'instar d'un bon vieux western spaghetti, tout se joue sur le regard des duellistes. Là, Misumi n'hésite pas à jouer les prolongations avec zooms progressifs pour faire monter la tension. Finalement, à ce niveau, c'est plutôt réaliste en dehors des litres de sang qui sont déversés régulièrement.
Un autre aspect propre à l'action de Baby Cart, c'est son côté "divertissement" derrière un sérieux à toute épreuve. En effet, la poussette du gosse est un véritable petit arsenal déguisé, une sorte de fantasme pour James Bond féodal. Du coup, Ogami n'hésite pas à balancer son gamin en direction des ennemis, celui-ci étant chargé de déclencher les pièges intégrés au véhicule d'aspect rudimentaire. L'occasion d'initier le fiston qui reste, à tout moment, d'une neutralité exemplaire à l'image de son père. Comme le dit Ogami dans un superbe passage, ils ne sont pas de ce monde et, effectivement, ils relèvent plus du duo de spectres en perdition.
Le film serait déjà bien s'il se contentait de ça. Mais dans ce monde de merde qui pue la mort et où l'espoir semble être vain, l'émotion n'est jamais loin, quand bien même les protagonistes serrent les dents avec une constance que seuls les constipés sont capables de reproduire. Ainsi, alors qu'Ogami est méchamment blessé, son fiston haut comme trois pommes s'en va lui chercher de l'eau mais, en l'absence de récipient, se retrouve à prendre l'eau dans sa bouche afin de la déverser directement dans celle de son père. Instant magique et éminemment touchant. Des moments comme ça, le métrage en est plein - on pense notamment à la scène de "réchauffage" post-baignade ou encore la superbe sentence du méchant aux griffes d'acier - et c'est grâce à cela qu'il tire clairement son épingle du jeu, donnant à ce film (à cette série ?) la plus-value nécessaire qui lui vaudra son statut d'indispensable.
Si on ajoute que la réalisation est superbe malgré le minimalisme des décors qui nous rappelle l'aspect fauché du métrage, on nage en plein bonheur cinéphilique.