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mercredi 25 juillet 2012

The Blade

Au Moyen-Age, un jeune forgeron décide de venger la mort de son père après avoir découvert le nom de son assassin. Malheureusement, alors qu'il défend la femme qu'il aime, il perd un bras, rendant sa vengeance impossible.
Mais dans le cinéma d'exploitation, rien n'est impossible...




On va me dire que je le fais exprès. Que ma mauvaise foi légendaire et/ou mon goût d'aller systématiquement à contre-courant ont encore trouvé le moyen d'être exprimé.
Promis, je suis innocent. Sur la tête de Bob Dylan !
Mais ce film, culte et encensé par les aficionados ("le wu xia pian ultime" ai-je pu lire régulièrement à son propos), je le trouve très moyen, pour ne pas dire souvent mauvais. Pourtant, j'étais plein de bonne volonté lors du visionnage, c'est dire !
Déjà, ça part mal avec cette voix off confondante de ridicule qui va malheureusement durer pendant tout le film : où comment rendre l'héroïne tout à fait détestable en 2 minutes. Ajouter deux héros bien peu charismatiques et vous perdez déjà pas mal de points.
Si l'esthétique et le côté "bas-fonds" des quartiers sont plutôt bien vus et originaux, l'hystérie assumée (jusque dans la façon de filmer) et la violence omniprésente rendent l'action souvent illisible malgré, et c'est plutôt un bon point, le parti pris extrême.
Certains évoqueront les multiples références au chambara dans ce neo wu-xia-pian, son traitement nouveau de la trilogie du Sabreur Manchot de Chan Cheh, le parallèle entre la lame brisée et l'homme handicapé, etc. C'est loin de suffire à mon goût.
Ni passionnant, ni jubilatoire, on appréciera quelques scènes éparses. Mais pour le reste, on repassera...

mardi 24 juillet 2012

Little Big Soldier

Après un funeste combat, un soldat un peu pleutre réussit à faire d'un général, son prisonnier. En le ramenant chez lui, il espère pouvoir obtenir des terres et redevenir le paysan qu'il a toujours été. Une longue route les attend, d'autant que le général, en réalité un prince héritier, est poursuivi par son frère qui veut le tuer pour prendre sa place...




Passé inaperçu dans nos contrées pour cause de "direct-to-dvd", ce Little Big Soldier est pourtant une excellente surprise qui aurait nettement méritée un traitement plus officiel. Mieux encore, c'est un très chouette film d'aventure picaresque mêlé à un buddy-movie où, parfois, l'action vient pointer son nez. De l'humour aussi, très sobre et plutôt tendre, ajoute au charme de l'ensemble.
Une fois n'est pas coutume, le manichéisme est mis de côté pour un discours plus large sur l'unité des peuples - certes un peu gentillet mais qu'importe. Très dans l'air du temps suite aux multiples fresques historiques chinoises qui pullulent actuellement, ce métrage, qui partage avec elles une esthétique léchée, choisit pourtant l'option intimiste, la petite histoire dans la grande, ce qui le démarque grandement des autres d'autant plus qu'il est tout à fait réussit.

Pas un chef d'oeuvre non plus c'est sûr, mais on passe un très bon moment aux côtés de ce duo d'acteurs fort sympathiques. Et même les allergiques de Jackie Chan - ici employé presque à contre emploi, dans le sens où il ne se bagarre quasiment jamais - devrait s'y retrouver, c'est dire !


samedi 21 juillet 2012

Zatoichi

Plus qu'une saga culte, Zatoichi est un élément propre à la culture japonaise, un passage obligé.
On ne s'étonnerait même pas qu'il puisse figurer dans leurs livres d'histoire, c'est dire.
Il faut admettre aussi qu'une génération entière ne pouvait techniquement pas passer à côté ; 26 films, dont 25 sont sortis entre 62 et 73 (plus de deux films par an en moyenne donc) et une série télé d'une centaine d'épisodes d'une heure chacun diffusée entre 74 et 79.
En gros, pendant 20 ans, ne pas voir un Zatoichi relevait d'une gageure et/ou d'un choix de vie monastique. Du pur matraquage comme seul le cinéma d'exploitation sait le faire. Quel talent !
Ajoutez à cela que ce héros fut interprété par le même acteur - Shintaro Katsu qui doit friser le record du monde pour avoir joué plus de 120 fois le même rôle - et vous créez là une légende. Et quelle légende !

Mais qui est donc ce Zatoichi ?
Zatoichi est aveugle et, pour gagner sa croûte (et pouvoir parier, son pêché mignon) comme ses congénères handicapés, il est masseur. Il parcours donc le pays tel un vagabond en calmant les douleurs du monde.
Mais, à côté de cela, des douleurs, il sait en créer : contre toute attente logique, Zatoichi est un sabreur d'exception que de nombreux assassins tentent de supprimer sans cesse.
Son histoire, on la connaîtra petit à petit au fil des épisodes dans la plus pure tradition du roman feuilleton...

Attention ami(s) lecteur(s), jeter un œil à un Zatoichi, c'est mettre le doigt dans un dangereux engrenage. L'endettement d'abord, que ce soit en France ou à l'étranger - une sélection de 14 films ont été édités par Wild Side Vidéo, mais on trouve un coffret américain regroupant les 26 films, avec sous-titres anglais par contre - puis la fouille numérico-archéologique afin de dénicher les épisodes télévisuelles. Ensuite, vous devrez trouver des sous-titres anglais, les synchroniser, voire même apprendre le japonais. Bref, vous êtes dans une merde noire !
Addictif en diable, cette série a le mérite d'être, dans le désordre : passionnante, humaniste, drôle, attachante, divertissante, esthétique, émouvante, et j'en passe !
Dites-vous bien que vous êtes à deux doigts d'enfiler le kimono, de bouffer des ramens au p'tit déjeuner, de prendre des cours de kendo...
Ceci-dit, ce serait quand même bien dommage de passer à côté !



vendredi 20 juillet 2012

Baby Cart #3 : Dans la terre de l'ombre

BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs lancés à ses trousses. 

1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer




DANS LA TERRE DE L'OMBRE


Itto et son fils rencontrent une femme qui vient d'être vendue de force à un bordel. Itto la défend, mais en guise de châtiment, il subit la torture de l'eau et du bâton. Enfin, pour rembourser totalement la dette de la jeune femme, Ogami Itto doit tuer un gouverneur...



Des fois, je suis plus chanceux que d'autres. Là, coup de bol, je choppé le troisième opus, ce qui, mine de rien, tombait plutôt bien.
Plus violent que le précédent, particulièrement dans les rapports humains présentés (viols, maisons closes etc.), il est aussi plus complexe scénaristiquement.
Beaucoup de sous-intrigues viennent alambiquer la trame, depuis l'intro où l'on rencontre un rônin que l'on ne retrouvera que dans le final, jusqu'aux flash-back d'Ogami, en passant par les deux contrats qui s'entrecroisent...

Pour autant, Misumi construit brillamment son métrage : après une première demi heure forte en événements et en action (érotisme et tranchages de membres réguliers), il installe le gros de l'intrigue dans un rythme plus contemplatif, typiquement nippon, où l'on suivra notre mutique héros et son p'tit gaillard dans leur quotidien. Ces instants-là, qui font le sel de la série, nous montrent des instants d'intimité précieux où le silence se mêle au respect et à l'affection dans de petits gestes aussi naturels qu'inattendus dans ce type de film - on retiendra entre autres, les rêveries de Daigoro face à la nature qui s'éveille ou encore, au tout début, lorsque le père et le fils se jettent de l'eau dans une rivière.
Mais c'est sans doute dans sa dernière demie heure que ce troisième volet révèle tout son intérêt et sa folie destructrice dans un mélange fort réussi de western spaghetti (le landau qui remplace la mitrailleuse et décime les samouraïs comme une armée mexicaine, en est un bon exemple) et de chambara, où revolvers et lames aiguisées se partagent équitablement les nombre de morts dans un paysage désertique. Voir l'impassible Ogami, pousser son landau, seul contre une centaine de sabreurs, est une image qui restera dans les anales de cinéma.
Si le grand méchant mourra donc sous les balles, symbolisant d'une certaine manière le fait qu'il ne mérite pas de mort plus digne, c'est le dernier et superbe duel au sabre qui prouvera, encore une fois, la valeur des personnages.

Enfin, sous un soleil de plomb et un nuage de poussière, nos deux damnés pourront ainsi continuer leur route sanglante. Seuls contre tous.

mardi 10 juillet 2012

La Rage du tigre

Lei Li est un jeune et talentueux sabreur qui a tendance à horripiler le légendaire mais secrètement vil Maître Long. Celui-ci va donc le piéger, obligeant Lei Li à se couper le bras. Désormais serveur anonyme ne voulant plus entendre parler de sabre et/ou d'art martial, les circonstances vont toutefois l'amener à rempiler.




Voilà le 3e et mythique volet de la toute aussi mythique trilogie du Sabreur manchot.
"Exploitation" j'écris ton nom, "cinéma Bis", j'admire ton vice !
Après le pistolero aveugle, le bibliothécaire super-héros, le marathonien unijambiste (nan j'déconne), here comes... le sabreur manchot ! J'attends avec impatience une trilogie de Kung-Fu avec un moine shaolin chevelu, eunuque et père de quintuplés super-sayens, ou mieux encore, le Dalaï Lama dans Expendables 3.
Mais face à ces désirs cinéphiliques fous, assez bien symbolisés par l'image ci-dessous emprunté à l'ami Steeve, il convient d'être un peu sérieux...

Avouez que ça fait rêver...

Si aujourd'hui, ce volet est aussi culte, c'est un peu grâce à Tarantino qui, avec son Kill Bill vol.1, a réutilisé, entre autres, le concept du sabreur solitaire face à plusieurs dizaines d'autres...
Pour autant cette Rage du tigre a une histoire assez singulière : dernier volet d'une trilogie, il relève peu ou prou de l'auto-remake du 1er, une sorte de reboot, pour utiliser une image parlante d'aujourd'hui. Pour la peine, on change un peu l'intrigue, histoire de n'pas endormir tout l'monde, on change d'acteur aussi et puis roule ma poule. Évidemment, on garde le concept - déjà énorme - du sabreur manchot.

Pour le reste, trois parties comme d'habitude: une première où le sabreur possédant ses deux bras se la pète en sauvant le monde jusqu'à ce que, piégé, il se coupe lui-même le bras, une deuxième, la plus longue et la plus sympathique, où l'on découvre la vie - presque - banale du héros devenu un serveur qui étonne tout le monde par sa dextérité malgré son handicape, et enfin, la vengeance où il prouvera qu'avec un seul bras, on peut être efficace (les branleurs savent de quoi je parle).
Fan d'imagerie rétro un peu cheap avec zooms en cascade, rires démoniaques, maquillages outranciers et logo Shaw Brothers, ce métrage est fait pour vous. Pour les autres, les combats sont assez chouettes pour capter votre intérêt donc au final, que demande le peuple ?

samedi 7 juillet 2012

Le Magnifique

Huit nouveaux secrets du Kung-fu ont été mis au point par huit grands Maîtres mystérieusement disparus. Hsu Yin en détient la description, mais de nombreux clans rivaux la convoitent.







Non non, je n'évoque pas ici le film de Bebel - vous m'prenez pour qui franchement ? - mais l'un des premiers films de Jackie Chan en tant que tête d'affiche en 78.
Pour lui, c'est l'année qui va le lancer car il tournera pas moins de 7 films la même année dont les indispensables Hyène intrépide et surtout le Maître chinois qui connurent une succès fou et permirent à ce bon vieux Jackie de devenir celui que nous connaissons tous aujourd'hui.
Je ne sais pas dans quel ordre ces 7 films ont été réalisés, reste que celui-ci est assez bas-de-gamme et très oldschool (on retrouve d'ailleurs un générique à la Shaw Brothers avec une démonstration des capacités du héros ainsi qu'une sorte de résumé du film que nous allons voir). Pour le reste, on a droit à des combats très chorégraphiés et "lents" histoire que le spectateur puisse jouir des performances, peu d'utilisation du décors propre aux films de Jackie Chan, humour principalement verbal, misogynie d'époque, etc. Je passe sur la qualité de l'image qui sent bon la non-restauration, voire le transfert direct de la vhs au dvd.

L'histoire tient sur un post-it même si l'on suppute énormément de coupes lors de l'exportation du film, quoi que je n'en trouve pas de trace écrite (si vous avez plus d'info, je suis preneur). En effet, à plusieurs reprises, les allers et venues de Jackie Chan ne sont pas justifiées et quelques événements débarquent de façon assez inattendus. On comprend vite que tout a été mis en œuvre - avec des ciseaux - pour proposer quasi exclusivement des combats sur 1h30. De fait, ça n'arrête pas une seconde et heureusement, si j'ose dire, car le reste ne casse pas trois pattes à un canard unijambiste. La plus grosse déception vient peut-être aussi de l'absence d'entraînement qui est quand même l'une des pierres angulaires du Kung-Fu-Pian et qui fera d'ailleurs tout l'intérêt du film Le Maître chinois.
 Bref, on s'amusera surtout de la gueule de poupon (et la coupe de cheveux) de ce bon vieux Jackie.
Du cinéma patrimonial en quelque sorte !

vendredi 6 juillet 2012

Le Règne des assassins

Bruine est une des plus talentueuse tueuse du gang de la Pierre Noire. Alors qu'elle met la main sur les restes magiques d'un moine, elle trahit son chef et part refaire sa vie (et son visage par la même occasion). Elle devient Zheng Jin, une modeste vendeuse de tissus et tombe amoureuse d'un simple commis. Mais les assassins de la Pierre Noire comptent bien remettre la main sur elle et sur les reliques...



Je voudrais être réincarné en un vieux pont de pierre pendant 500 ans pour sentir tes pieds me fouler.
Cette phrase-là, bien mieux dites par ailleurs, est l'une des plus belles trouvailles de ce film qui, malheureusement, s'avère trop inégal pour savourer pleinement le retour de "Miss Tatane 93" (oui, je prends Tai-Chi Master comme référence, d'autres choisiront Tigre et Dragon ou encore Police Story 3 et auront bien raison aussi).
Ahhhh Michelle Yeoh, l'incarnation parfaite de l'élégance, de la beauté classieuse et du coup de pied latéral renversé. Une femme qui, du haut de ses 50 ans cette année, nous donne toujours envie de l'admirer, voltigeant dans les airs, distribuant des pains tel un Jésus malaisien vachement souple et transperçant d'une lame acérée quelques vils bandits à la mine patibulaire... Rien que pour ça, vos yeux vous remercient.
Reste que, si ce Règne des assassins n'est pas avare en combat, la Michelle Yeoh en évite la moitié, et l'autre est quelque peu gâchée par un montage en mode ultra-cut.
Déjà, les effets de ralentis, c'est gonflant, mais quand un beau combat est coupé deux fois par mandale, toute la performance s'en retrouve diminuée et notre plaisir visuel avec. En réalité, il n'y a qu'un seul combat digne de ce nom, c'est celui avec le moine en début de film, mais c'est une autre - talentueuse - actrice qui nous offre le spectacle. Triste.

Pour le reste, on se satisfait grandement du côté kung fu comedy et de la sympathique romance. Idem pour l'esthétique, toujours hyper soignée, et quelques seconds rôles pas piqués des hannetons. Quelques situations, bien que réalisées sans talent, valent aussi le détour (la scène de la banque entre autres), de même que l'idée d'un casting multiethnique brassant autant chez les chinois, que chez les coréens ou encore les japonais n'est pas inintéressant.
On passera en revanche sur les CGI dispensables, sur Jung Woo-Sung (Le bon du Bon, de la Brute et du Cinglé) le fade bellâtre qui ne l'est pas - bellâtre - et sur l'intrigue, joyeusement escamotée lors du final (ben oui, où qu'il est passé finalement ce Bodhidharma autour duquel toute l'histoire tourne ?)

Bref, si John Woo nous avait enchanté par son récent 3 Royaumes, pour sa dernière co-réalisation (bien qu'il soit surtout producteur) avec Chao-Bin Su, il nous déçoit pas mal en nous livrant un sous-Tigre et Dragon lui arrivant tout juste à la cheville.
Ça reste un divertissant fort agréable à qui n'est pas trop exigeant - mais qui l'est un soir de semaine, vous m'direz - et, rien que pour la présence de Michelle Yeoh, il se doit d'être vu, aimé, voire adulé avec toute l'objectivité dont les fans de cette grande dame sont capables. Ajoutons à cela qu'il y a bien peu de wu-xia-pian récent de cette qualité, le bouder serait donc un crime impardonnable.

mercredi 4 juillet 2012

A Better Tomorrow (remake)

Corée du Sud, 2007. Deux frères nord-coréen ont été séparés pendant 10 ans, depuis que l’aîné Hyeok a fui en Corée du Sud, où il a rejoint un gang à Busan et a formé une étroite amitié avec son compatriote et membre du gangs. Les deux frères se retrouvent mais Cheol, qui ne pardonne pas l’abandon de Hyeok, menace de le tuer...




Le remake, on a l'habitude de le voir chez les américains qui puisent sans fin dans leur patrimoine - et celui des autres - avec un insatiable appétit et beaucoup moins chez les autres.
Là, c'est un peu original, car c'est des coréens qui s'attaquent au monstre qu'est Le Syndicat du crime (premier du nom) de John Woo - Séoul s'attaque à Hong Kong donc.
Qu'est-ce qu'on y gagne ? Pas grand chose en dehors de pas mal de larmes propre au cinéma coréen.
La réactualisation du métrage vaut surtout pour la suppression des passages un peu kitsch qui sont une des signatures du cinéma de Woo période fin 80, début 90.
Pour le reste, on nage dans un récit moins actionnesque et plus cérébral - toute proportion gardée car 1.le scénario reste peu ou prou le même et 2.les scènes spectaculaires de l'original sont retranscrites assez fidèlement.
Bref, c'est pas dégueu du tout, mais pas renversant non plus.

Reste un truc assez flagrant : un film de Hong Kong peut être adapté à toutes les sauces, il reste un film de Hong Kong.
C'est bien simple, à la fin de ce A Better Tomorrow sauce coréenne, on se rend compte que l'on a assisté à un film hongkongais ni plus ni moins. Vous me direz que le réalisateur n'a peut-être pas assez marqué son film par une couleur locale (et c'est pas les passages de frontière qui renversent la donne), que John Woo étant à la prod, ça a dû jouer un peu, n'empêche qu'on a droit à une intrigue, un spectacle, typiquement made in Hong Kong.
D'où la force de l'original et l'inutilité de ce remake, pas désagréable pour autant.

jeudi 28 juin 2012

Fulltime Killer

Deux tueurs à gages au style résolument opposés se tirent la bourre à qui sera le n°1 dans le milieu et, accessoirement à qui finira avec le jolie nana.








Johnny To est une légende du cinéma d'action de Hong Kong. Quand on a cité John Woo et Tsui Hark, c'est le troisième nom qui arrive tout naturellement.
Pourtant, si l'on regarde bien sa filmo, en dehors du récent diptyque Election (et, dans une moindre mesure, deux / trois autres films tels que The Mission ou Mad Detective), le gus n'a fait aucun grand film digne de ce nom, et ce, malgré une déjà longue carrière. A se demander ce qu'il fiche dans le panthéon pré-cité.
Ainsi, malgré d'excellentes et surprenantes critiques, Fulltime Killer fait parti de sa médiocre production.

Certes, la réalisation est enlevée et de qualité, les références assumées sont parfois savoureuses et les deux tempéraments opposés des tueurs plutôt bien vus, d'autant plus qu'ils renvoient chacun à un type de cinéma policier différent. Le reste en revanche est fort passable : les voix off et autres dialogues sont souvent affligeants, l'histoire peu prenante et sans véritable enjeu et surtout, au bout d'une heure, il se passe quelque chose d'étrange. En effet, alors que la première heure tient debout et s'avère sympathique à défaut d'être vraiment bonne, on a l'impression d'être les témoins d'un sabordage filmique comme le cinéma nous en a rarement offert. Si j'étais vulgaire, je dirais que ça part méchamment en couille avec soudainement le flic qui devient risible et des situations niaiseuses à souhait...
Reste les quelques scènes d'action et de gunfight en particulier. C'est peu, d'autant qu'elles sont loin de valoir celles de n'importe quel film de John Woo au hasard.

mercredi 27 juin 2012

Baby Cart #2 : L'Enfant massacre


Petit intro contextuelle et volontairement digressive.


Au milieu de nulle part, un sabre fend l'air.
Le silence et l'immobilité s'installent.
Enfin, le rouge carmin vient traverser l'écran.

Esthète et morbide, tel est le cinéma de genre japonais, depuis le chambara jusqu'au kwaidan en passant même par le drame. De ces trois courtes phrases assez représentatives, naissent deux autres éléments directement reliés ; l'esthétique et la poésie.
Ces critères feront de ce cinéma le seul cinéma de genre vraiment respecté par la critique mondiale. Il y a une noblesse intrinsèque dans ces films qui marque le respect de façon évidente et indiscutable.
Du cinéma de genre auteurisant en quelque sorte.

Comme c'est souvent dans les séries que l'on retrouve forcément de façon plus notable l'aspect "cinéma d'exploitation" - chose que j'affectionne plus que tout - j'ai voulu m'attaquer à plusieurs d'entre elles et en particulier La Légende de Zatoïchi (26 films ! Bon courage, mon con) et Baby Cart (6 films).

BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs lancés à ses trousses. 

1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer




L'ENFANT MASSACRE

Ogami Itto est engagé pour tuer un traître à son clan qui veut vendre les secrets d'une teinture et qui est protégé par les redoutables frères Hidari. Parallèlement, il doit faire face à Sayaka, une ninja qui dirige un groupe de femmes assassins travaillant pour le clan Yagyu.


Comme je fais avec ce que j'ai sous la main, je commence bien malgré moi par le deuxième volet (d'ailleurs, si l'un(e) d'entre vous veut m'offrir le coffret...)
Difficile donc pour l'instant de comparer cet opus, par rapport aux autres, et surtout au précédent, reste que, pour information, il n'est pas nécessaire de l'avoir vu pour comprendre celui-ci.
Déjà, il faut admettre une chose évidente, l'intrigue du film - comme de la série en général - tient largement sur un post-it. Ensuite, pour les néophytes et les gens atteints d’Alzheimer, certains personnages et/ou événements viennent nous rappeler régulièrement qui est ce bon vieux Ogami Itto.
Bref, de l'action, y en aura donc beaucoup. Des membres qui se coupent et des geysers de sang aussi. Mais ça, vous l'saviez.
Tout ça toutefois à la 70's : pas d'effet de vitesse ou de montage ultra-cut ni de combats épiques. Non, Ogami, c'est un bretteur de légende, un type qui te tranche une tête d'un petit pas chassé. qui esquive un gourdin d'un mouvement de bassin tout en protégeant le landau du p'tit. Avec lui, ça s’éternise pas. Même les boss de fin de niveau sont éradiqués en deux coups de sabre.
En fait, à l'instar d'un bon vieux western spaghetti, tout se joue sur le regard des duellistes. Là, Misumi n'hésite pas à jouer les prolongations avec zooms progressifs pour faire monter la tension. Finalement, à ce niveau, c'est plutôt réaliste en dehors des litres de sang qui sont déversés régulièrement.
Un autre aspect propre à l'action de Baby Cart, c'est son côté "divertissement" derrière un sérieux à toute épreuve. En effet, la poussette du gosse est un véritable petit arsenal déguisé, une sorte de fantasme pour James Bond féodal. Du coup, Ogami n'hésite pas à balancer son gamin en direction des ennemis, celui-ci étant chargé de déclencher les pièges intégrés au véhicule d'aspect rudimentaire. L'occasion d'initier le fiston qui reste, à tout moment, d'une neutralité exemplaire à l'image de son père. Comme le dit Ogami dans un superbe passage, ils ne sont pas de ce monde et, effectivement, ils relèvent plus du duo de spectres en perdition.

Le film serait déjà bien s'il se contentait de ça. Mais dans ce monde de merde qui pue la mort et où l'espoir semble être vain, l'émotion n'est jamais loin, quand bien même les protagonistes serrent les dents avec une constance que seuls les constipés sont capables de reproduire. Ainsi, alors qu'Ogami est méchamment blessé, son fiston haut comme trois pommes s'en va lui chercher de l'eau mais, en l'absence de récipient, se retrouve à prendre l'eau dans sa bouche afin de la déverser directement dans celle de son père. Instant magique et éminemment touchant. Des moments comme ça, le métrage en est plein - on pense notamment à la scène de "réchauffage" post-baignade ou encore la superbe sentence du méchant aux griffes d'acier - et c'est grâce à cela qu'il tire clairement son épingle du jeu, donnant à ce film (à cette série ?) la plus-value nécessaire qui lui vaudra son statut d'indispensable.
Si on ajoute que la réalisation est superbe malgré le minimalisme des décors qui nous rappelle l'aspect fauché du métrage, on nage en plein bonheur cinéphilique.

mardi 26 juin 2012

The Tree of Life

Jack vit une enfance assez difficile entre un père qui l'éduque à la dure et une mère glissante et sans autorité. Son frère meurt, traumatisant toute la famille. Jack est adulte et le fantôme de son frère continue de le hanter.
Parallèlement le monde se crée...





J'suis pas contre les trucs obscures. Je voue même un culte à certaines œuvres austères et/ou indigestes.
M'enfin, là, j'dois admettre qu'on atteint un certain niveau...
Déjà, la petit histoire s'insère assez mal à la grande. Ensuite, difficile de comprendre quelle est la volonté du réalisateur et quel message il veut faire passer. Pas tant parce qu'on veut le partager avec lui, mais parce qu'on reçoit assez peu de choses de ce, pourtant long et riche métrage. Je n'évoquerais même pas l'omniprésent du discours religieux qui, au fond, m'a moins dérangé que l'absence de discours. J'ai régulièrement pensé au final de 2001, mais sur 2h15. Un peu épuisant, surtout quand on n'a aucune branche sur laquelle s'accrocher. Prétentieux donc.
Reste que sur la forme, c'est superbe : la photo est magnifique, les acteurs sont parfaits... Certains passages mettant en scène le jeune garçon atteignent souvent la grâce.
Suffisant ?
Absolument pas et c'est bien dommage !

samedi 23 juin 2012

La Légende de Fong Sai-Yuk 1 & 2

D'abord, un peu d'histoire :
Fong Sai-Yuk est l'un des plus mythiques pratiquants d'arts-martiaux chinois du 17e siècle. Du fait de la période, la légende et l'histoire se mêlent continuellement et il est bien difficile de trier le vrai du faux, voire même de savoir si de vrai, il y a. Est-ce que Fong Sai-Yuk a seulement existé ? Le mystère reste entier...
Comme il n'y rien de plus beau que la légende, la voilà : Fong Sai-Yuk est né à Guangdong, au sud de la Chine. Sa mère, fille d'un des cinq moines survivants du légendaire Massacre de Shaolin et combattante émérite, lui aurait brisé tous les membres à la naissance puis l'aurait baigné dans un ersatz d'alcool à 70° (de l'époque) afin de le rendre quasi invincible, et cela avec réussite. Dans le doute, je préconise toutefois aux jeunes parents d'éviter ce genre de pratique, on ne sait jamais.
Jeune et turbulent, il devient pourtant maître en Tai-Chi, l'un des 10 tigres de Shaolin et peut-être l'un des fondateurs des Arts Martiaux de Shaolin. Il serait Dieu que l'on ne s'étonnerait pas plus.
C'est beau comme la Bible donc - en plus exotique toutefois.
Bref, c'est le bordel. Toujours est-il que ce légendaire personnage sera évidemment le héros de nombreux films, entre autres Le Temple de Shaolin de Chang Cheh, Les Disciples de la 36e Chambre de Liu Chia-Liang et ceux dont je vais parler aujourd'hui :

LA LÉGENDE DE FONG SAI-YUK 1 & 2
réalisés par Corey Yuen

1. Lors d'un tournoi, Fong Sai-Yuk préfère perdre un combat pour ne pas risquer d'être marié de force à la fille de l'organisateur, qu'il croit laide à tort. Pour laver l'affront fait Fong Sai-Yuk qui ne perd jamais de combat, sa mère, qui ne connaît pas les teneurs de celui-ci, décide de prendre sa place. Une série de quiproquos va compliquer sévèrement la situation...
2. Alors qu'il est désormais membre de la société de la Fleur Rouge, Fong Sai-Yuk doit séduire une jeune femme afin de lui dérober une boîte secrète. Sa fiancée, n'étant pas mise au parfum, ne le voit pas d'un bon œil...

Lorsque Jet Li abandonne Tsui Hark et son adaptation de l'histoire de Wong Fai-Hung, c'est avec une certaine ironie qu'il reprend le rôle avec un autre réalisateur dans le passable Claws of Steel. Alors qu'il lâche enfin ce personnage légendaire, c'est pour s'en approprier un autre dans une histoire quasi similaire et dans un ton proche de son précédent film. De la Kung Fu Comedy pure et dure, donc.
J'avais signalé le pendant très humoristique de Claws of Steel qui semblait faire le lien entre les Il était une fois en Chine de Tsui Hark et le diptyque Drunken Master avec Jackie Chan. Ici, on retrouve beaucoup d'éléments proche de Drunken Master et particulièrement dans la relation entre le fils et sa mère - hystérique et hilarante - alors que cette fois, ce n'est pourtant pas du même personnage que l'on parle.
Pour faire court, il devient assez difficile de voir les différences encre ces deux figures mythiques que sont Wong Fei-Hung et Fong Sai-Yuk, d'autant plus qu'ils sont interprétés par le même acteur. Quand j'vous disais que c'était le bordel...
Reste que, comme on peut l'imaginer, nous restons en terrain connu et, ma foi, on ne s'en plaint pas !

De l'humour et de la castagne, c'est presque la définition du film de Kung Fu de la première moitié des années 90. Rajoutez-y des câbles - y en a pas mal ici - et vous obtenez le plat complet, sauce nuoc-mâm comprise.
Ainsi, quand ça ne fight pas, ça vaudeville à plein régime (voire les deux en même temps, preuve qu'ils n'ont peur de rien). Le quiproquo est peu ou prou le cœur de ce diptyque et pour le coup, on doit admettre que ça fonctionne pas mal du tout : le duo quasi lesbien des deux mères du premier opus laisse place au duo de fiancées dans le deuxième avec presque autant de réussite. Au milieu, encore et toujours, on retrouve un Jet Li en grande forme dans un rôle d'ahuri qui, s'il ne correspond pas typiquement au registre dans lequel il excelle, il s'en sort beaucoup mieux que dans Claws of Steel - sans doute car les blagounettes sont plus souvent offertes aux seconds rôles féminins.

Les intrigues, plutôt faibles, sont donc surtout là pour permettre à Corey Yuen de créer des scénettes humoristiques et/ou actionnesques. L'objectif est pleinement atteint et, si la réalisation pêche un peu, le rythme hyper soutenu rend les métrages fort distrayants, ce qui est le but évident de l'entreprise.
De plus, on ne peut pas vraiment reprocher au deuxième opus d'être moins bon que le premier : les deux, réalisés à la suite et concoctés dans le même plat en porcelaine, se valent largement au niveau de l'action et se partagent équitablement les scènes spectaculaires (du combat aérien du premier avec ses sauts sur la tête du public médusé, au combat final du second où la mère est prise en otage sur une montagne de bancs rappelant beaucoup une scène similaire présente de Tai-Chi Master). Seul le scénario paraît encore plus secondaire dans la suite, mais pas de quoi s'coincer les couilles dans un boulier chinois pour autant.
L'achat du coffret regroupant les deux films est donc tout à fait recommandable si vous appréciez le mélange humour / action. Les amateurs qui snobent la gaudriole chinoise passeront par contre leur chemin au risque, sinon, d'injurier bruyamment leur téléviseur au grand damne de leurs voisins.

vendredi 22 juin 2012

Incendies

La lecture du testament de leur mère bouleverse l'avenir d'un frère et d'une sœur. Celui-ci leur apprend qu'ils ont un père en vie et un frère quelque part au Moyen Orient.








Thriller et drame intense, Incendies réussi brillamment dans sa retranscription d'un pays en guerre fratricide lorsqu'il suit le parcours de la mère. Aucun jugement n'est jamais porté sur les actes et ce recul magnifie le discours, loin d'être pourtant sans subjectivité.
Moins réussi, mais plus léger donc appréciable par rapport à la noirceur du sujet et des découvertes successives, le parcours initiatique des deux enfants à la recherche de la véritable identité de leur mère, monté en parallèle, se révèle plus poseur et volontiers esthétisant jusque dans l'usage d'une B.O. pop étonnante. Si l'on suit leur (en)quête avec grand intérêt, difficile, malgré le jeu impeccable des acteurs, d'être véritablement ému par ce que celle-ci leur apprend.
Le film terminé, il est évident que seule l'histoire incroyable de cette "femme qui chante" compte, et l'aspect drame/guerre l'emporte largement sur l'enquête elle-même, dont les enjeux sont qui plus est quelque peu attendus.

Le résultat, pourtant un peu bancal, s'avère tout à fait passionnant et fait de ce Incendies, un parfait compagnon de route à La Révélation d'Hans-Christian Schmid !

Confession of Pain

Un flic demande à son ex-collègue devenu détective privé alcoolique d'enquêter sur la mort de son beau père.








Ami(e)s de la comédie bonjour...
...et au revoir !
Évidemment, à la lecture du pitch, on s'attend pas franchement à la poilade des familles avec frappage de genoux en guise de rythmique à nos fous rires. Non. M'enfin quand même, niveau ton, on est à deux doigts du film coréen, la violence horrifique en moins.
Bref, c'est pas gai du tout.
Mais c'est très bien ! Certes, l'un des enjeux de l'histoire est connu et compris assez vite. Toutefois, depuis le casting et ses personnages riches, jusqu'à l'intrigue tordue juste comme il faut, le reste vaut largement son pesant de cacahuètes, de saint nectaire fermier et de roulés à la cannelle.
Et le final, quant à lui, saura vous asseoir définitivement.
Pour autant, le film ne paye pas de mine pour un thriller chinois récent, avec sa réalisation fort sage, son rythme assez lent et son absence d’esbroufe (en dehors d'une petite scène de reconstitution pas dégueu).
Quasi du polar d'intello en somme. De ceux qui sont assez bien écrit pour n'avoir rien à prouver.
Bien-sûr, quand le tout est servi par Tony Leung, Takeshi Kaneshiro et l'équipe d'Infernal Affaires, on prend pas trop de risque.

mercredi 20 juin 2012

Black Mask



Tsui, ancien super-militaire ayant servi d'expérience scientifique afin d'être le plus redoutable possible, est aujourd'hui un brave bibliothécaire souvent moqué.
Lorsque ses anciens compagnons d'arme se rappellent à son bon souvenir, il n'a d'autre choix que d'intervenir et devenir le Black Mask.




Après les chefs d’œuvre télévisuels mythiques que furent la formidable trilogie des Flynn Carson avec Noah Wyle - mon dieu, j'en frissonne encore de plaisir - le monde très prisé des bibliothécaires en mal de reconnaissance (et ils sont nombreux) n'en finissait plus de farfouiller les rayonnages des dvdthèques du monde entier à la recherche d'un nouveau Graal.
En effet, le bibliothécaire n'en peut plus. Il est colère. Il en a gros.
Marre d'être imaginé comme une femme frigide avec un chignon et des ch'tites lunettes sur le bout du nez (les hommes aussi en ont assez d'ailleurs).
Marre que l'on nous voit comme des statues de cire bonnes qu'à chuchoter "taisez-vous" avec le regard sévère propre aux mal-baisés et à tamponner de vieux ouvrages poussiéreux avec la fierté que seule l'élite et les abrutis notoires sont capables d'assumer.

Ainsi, je dis : "halte-là !" Il faut que ça cesse. Il est temps que l'on reconnaisse en nous les super-héros de demain, quand bien même on rechignerait à lever notre séant- superbe par ailleurs - de notre chaise.
C'était trop injuste : Le binoclard a son Harry Potter, le handicapé moteur son Perry Mason, le scientifique son Spider-Man, le crétin son American Pie, etc... Et nous alors ?
Aujourd'hui, je le dis haut et fort, grâce à Hong Kong et son notoire cinéma d'auteur, nous avons notre Black Mask.
Batman n'a qu'à bien se tenir, moi j'vous l'dis !
C'est donc avec émotion que je vous vois, foule immense, toi et puis toi aussi, cher(e)s collègues, le point gauche levé, la larme à l’œil devant ce témoignage filmique de notre vraie vie, de notre quotidien enfin révélé aux yeux du monde.
Et oui, comme Jet Li - notre humble ambassadeur de par le monde - le montre si bien dans ce Black Mask, objectivement la plus grande œuvre jamais réalisée par un être humain, si le bibliothécaire pousse quotidiennement des chariots débordant d'ouvrages plus ou moins passionnants avec la satisfaction du fonctionnaire face au travail bien fait, c'est pour mieux cacher sa vraie nature : la nuit, totalement incognito, nous devenons des Black Mask, des super-héros insensibles à la douleur, prêts à sauver les âmes perdus, les orphelins et les lépreux grâce notre parfaite connaissance des arts martiaux et notre maniement des armes sans pareil. Non, nous n'hésitons pas à risquer notre vie jusque dans les airs dès que le soleil se couche, et cela pour un salaire de misère et une absence complète de reconnaissance.

Bon, mon oreillette m'oblige - va-t'en saleté ! - à admettre que le film est assez passable, les scènes d'action trop rares et l'humour un peu con-con. Que le tout relève souvent du grand n'importe quoi et blablabla.
Mon cul oui ! Pour une fois qu'on parle de nous et qu'on en parle en bien, seule la mauvaise foi sera ici tolérée, bordel de merde !
Que Kim Jong-Il soit loué.
Amen

Petite aparté : Vous noterez que lorsque le bibliothécaire n'est pas un figurant à la mine renfrognée, ou un illuminé un peu réac, il ne peut qu'être un "faux" bibliothécaire, personnage décidément peu disposé à figurer dans le dictionnaire des héros cinématographiques. Le comptable non plus d'ailleurs...
Bah, faut s'faire une raison : je sers la culture et c'est ma joie...

Los Angeles 2013

En 2000, un énorme tremblement de terre détache Los Angeles du reste des États-Unis. Transformée en île, Los Angeles devient le lieu idéal pour le gouvernement américain - puritain à l’extrême - pour y envoyer ses dissidents, et cela, à vie. La fille du président, Utopia, s'enfuit sur l'île avec la fameuse boîte noire présidentielle pour y rejoindre un révolutionnaire de pacotille, le très gevariste Cuervo Jones. Snake Plissken est envoyé de force sur les lieux pour récupérer le contenu de la fameuse boîte et tuer, au passage, Utopia.

Ami de la subtilité : "Bonjour" !
On retrouve donc notre John Carpenter préféré avec son discours anar et ses caricatures politiques habituelles dans ce qui ressemble beaucoup à un auto-remake, de New York 1997 donc. Ultra référentiel, ce Escape from L.A. reprend la trame originale quasi à l'identique autant dans sa structure scénaristique que dans certaines scènes. Le tout est simplement remis au goût de jour (enfin, celui de 1996 pour être précis) avec un peu plus d'acidité en matière de message. Et ça passe très bien ! Après tout, le divertissement se déguste avec le même plaisir et ma foi, le final est encore plus jubilatoire que le 1er. Sur le fond, Carpenter fait sans doute mieux encore avec ce volet tardif et cela, jusque dans les sentences cultes de ce cher Plissken.
Reste un problème, de taille, c'est l’esthétique et les effets spéciaux en particulier. Autant le dire simplement, c'est très raté. Plus que ça, c'est même très laid et les exemples de mauvais goût sont légions, depuis l'arrivée en sous-marin jusqu'à l'horrible scène de surf, en passant pas les explosions en CGI. Alors, dans un certain sens, ça peut lui donner un côté retro et résolument bis sur le tard, mais ça, c'est vraiment si l'on est d'humeur positive car il faut admettre que dès sa sortie en 1996, le rendu faisait déjà tâche. Le pire étant qu'à ce niveau-là, il a bien plus mal vieilli que son prédécesseur qui, lui, n'a quasiment pas pris un ride.
Alors, est-ce rédhibitoire ? Absolument pas dans le sens où, après tout, on est dans la série B assumée et que, pour le public visé, ça passe. M'enfin quand même, John, t'aurais pu faire un effort !

Me vient toutefois une question d'une importance capitale : Est-ce qu'en 2013 va sortir America 2029 ?




EDIT : J'ai appris (et oui, j'apprends des choses tous les jours comme tout le monde) qu'en réalité, ces effets spéciaux ne sont pas la faute à ce bon vieux John. L'entreprise qui s'en occupait à sombre pendant le tournage et, faute de budget, le cinéaste fut obligé de prendre ce qui avait été fait tel quel, donc pas terminé. Ceci expliquant cela, je m'excuse platement auprès de toi John.

lundi 18 juin 2012

Dr Wai



Le cas de Dr Wai est fort intéressant (plus que le film d'ailleurs, m'enfin qu'importe) et représente assez bien l'un des gros problèmes du cinéma asiatique : la coupe.
J'parle pas des cheveux bien sûr, je serais mal placé pour jeter la pierre, mais bien évidemment du tranchage de pellicules pour l'exportation.
Ce n'est pas 
l’apanage du cinéma asiatique mais quand même, il en est l'une des victimes les plus notoires.
C'est bien simple, certains films - et pas les plus inconnus - ont été divisés des fois jusqu'à la moitié.
Résultat ? Ellipses nombreuses, problèmes de compréhension de l'intrigue, voire même, et c'est le cas ici, changement de l'histoire.

Il y eut donc deux montages, l'un international que tout le monde connaît et un pour le marché hongkongais. L'éditeur HK vidéo a eu la bonne idée de proposer un double dvd du film comprenant les deux versions sachant que, dans les deux cas, des scènes sont inédites et, comme je l'ai dis, l'histoire est différente.
La version internationale est peu ou prou un Indiana Jones like, avec un Jet Lee dans le rôle titre, aventurier parti à la recherche d'un objet mythique aux étranges pouvoirs. L'humour est très présent, les rebondissements nombreux et le spectacle est ma foi tout à fait digeste, à l'instar de Mister Dynamite et Opération Condor avec Jackie Chan.
La version hongkongaise, elle, propose une sorte de version saké du Magnifique avec Belmondo. Un écrivain de serial d'aventure peine à écrire son nouveau bouquin (qui correspond en fait à la version internationale de film) car en proie à des difficultés personnelles. Il intègre à son histoire les personnages de la vie réelle etc...
N'ayant pas encore vu cette version-là, je n'épiloguerai pas sur sa potentielle qualité (il paraîtrait toutefois que malgré son scénario plus intéressant, le film est un peu bancal), reste que nous sommes quand même témoins de quelque chose d'assez extraordinaire.
Alors je sais, vous me direz que dans le monde du bis, certains réalisateurs n'hésitaient pas à tourner plusieurs films en même temps avec les mêmes acteurs sans qu'ils le sachent et bricolaient, au montage, deux, voire 3 films différents. Reste que là, on ne parle pas de Bruno Mattei, mais de films commerciaux populaires. Qu'elle ne fut pas ma surprise, par exemple, lorsque je découvrit les versions longues de certains Jackie Chan avec, enfin, les explications de trucs qui me paraissaient vachement obscures dans leur version expurgée.
C'est bien simple, amusez-vous à couper 1/4 d'heure à la Liste de Shindler, et vous obtiendrez un superbe film de propagande nazi !
Bref... Ce Dr Wai - version internationale - est un petit divertissement sympathique sans prétention et, malheureusement, sans scène notable (en dehors de celle du train assez spectaculaire). Les effets spéciaux ont aussi méchamment vieilli... On aura toutefois le plaisir de voir le duo de choc Jet Lee / Rosamund Kwan, à croire qu'ils étaient en couple ces deux-là !


dimanche 17 juin 2012

United Red Army

En 72, cinq jeunes étudiants de l'Armée Rouge Unifiée et recherchés par la police prennent en otage une aubergiste. La télévision suivra cet évènement en direct pendant 10 jours. Pour mieux le comprendre, Wakamatsu revient sur le passé du groupuscule.







Koji Wakamatsu doit sa renommée à une époque, les 70's, et à genre bien précis, le Pinku (genre érotique japonais où torture et soumission font bon ménage).
Pour autant, il fit toujours avec ses films coquins un parallèle politique assez net, le dominant et la dominée symbolisant souvent le pouvoir et le peuple.
Depuis son come back à la fin des 90's, Wakamatsu semble délaisser le film de genre pur pour un cinéma plus universel et cette fois clairement engagé. A ce titre, United Red Army marque nettement la volonté du cinéaste d'aller plus en profondeur dans son sujet.
Ce film est d'autant plus important et intéressant que Wakamatsu fut un "sympathisant" de la cause de ces jeunes révolutionnaires mais offre volontairement un film objectif, sans aucun parti pris. United Red Army se présente donc comme un instantané de ce mouvement, comme un témoignage fleuve d'un évènement.
Cet aspect est visible dès la première partie du film, mélangeant allègrement extraits documentaires de l'époque et reconstitution de certaines scènes clefs, dont les réunions entre les jeunes membres révolutionnaires. Si on est un peu perdu - et on le sera aussi pendant la deuxième partie du film - entre les nombreux personnages, on ne peut qu'être impressionné par ce choix de faire disparaître la fiction et de coller, au plus près, à une réalité sans omettre quiconque, quand bien même la personne mourrait cinq minutes après - c'est d'ailleurs à ce niveau-là que l'on peut voir le respect du cinéaste pour ces activistes.
La deuxième partie est centrée sur l'entraînement physique (mais pas que) des personnages et sur les dérives funestes de ce désir de perfection révolutionnaire qui oblige tout le monde à s'auto-critiquer continuellement. Si le résultat s'avère fort répétitif, l'effet n'en est que plus efficient et véritablement sans concession. Qui plus est, son traitement dans la durée montre bien cet engrenage et la folie ambiante qui émane de l'enfermement d'un groupe. Le spectateur quant à lui, devra s'accrocher.
Enfin, vient le final et la fameuse prise d'otage qui était, je le rappelle, le sujet du film. Plus expéditive, cette dernière séquence a le mérite de mettre les personnages face à leur entraînement mais aussi face à leur contradiction. Surtout, l'explosion de violence visuelle s'avère salutaire et, il faut bien l'admettre, tant attendue.

Si le métrage est parfaitement réussi, passionnant et assurément à promouvoir, difficile pour autant de le qualifier de "coup de coeur", l'expérience étant ma foi, assez douloureuse.
En revanche, voilà une oeuvre qu'il faut voir et qui a le mérite d'exister (à défaut d'être connue) !
Assurément.

mercredi 13 juin 2012

New York 1997

1988 : Manhattan toute entière devient une prison de haute sécurité ; des murs sont érigés tout autour de l’île, des mines sont dispersées et la police veille. En 1997, lors d’un voyage diplomatique, l’avion du président est détourné et s’écrase sur Manhattan. Snake Plissken, ancien militaire devenu hors-la-loi, est dépêché pour ramener le président en échange de sa liberté (et de sa vie). Il a 24 heures...



Il y a de grands réalisateurs qui ont réalisé de grands films, mais qui seront toujours de petits réalisateurs de petits films aux yeux du monde. La raison ? Leur appartenance et leur fidélité au monde du film de genre. Et c’est pour ça qu’on les aime !
Carpenter est de ceux-là et, contrairement à son pote Cronenberg (cité d’ailleurs dans le film), il ne changera pas de ligne directrice, quitte à être définitivement boudé par le reste du monde. A ce niveau-là, il est plus à rapprocher de son autre pote, Romero (lui aussi cité), jusque dans cette façon de faire des films de série B très personnels. Quasi de la série B d’auteur car, à l’instar du maître incontesté des zombies, Carpenter fait dans le divertissement politisé…

Escape from New York se situe en plein dans la grande période du réalisateur, celle ou pendant près de 10 ans, il ne va réaliser que des œuvres importantes pour le genre. Celui-ci, avec Mad Max 2 de George Miller sorti la même année, va être l’un de pilier du film d’anticipation actionesque plus ou moins post-apocalyptique.
L’un est urbain, l’autre désertique mais les deux partagent des éléments communs comme ce héros individualiste (issus du western italien) qui va aider une population opprimée d’abord pour son propre intérêt puis, petit à petit par humanité. De même, on retrouve cette même imagerie esthétique au niveau du look punkoïdo-cromanionesque des personnages ; les fameux crazies vivants dans les égouts, du film de Carpenter, aurait sans mal trouvé leur place dans celui de Miller.

En revanche, Escape from New York est aussi très ancré dans la culture cinématographique américaine avec des références évidentes pour les films d’évasion (bien que celle du film se révèle finalement très simple et courte par rapport à ce que l’on pouvait attendre avec un tel titre) et le vigilante tel que les bronsoneries réacs de l’époque.
Reste que Carpenter est un anar revendiqué et son Snake Plissken, trublion et éternel rebelle, la personnification de ce courant de pensée. L’ironie du final et son implacable façon de mettre dos à dos toutes méthodes et types d’organisations politiques finit de poser le film comme un acte de rébellion assumé. Le final de sa tardive suite, Escape from L.A., ira d’ailleurs encore plus loin dans le genre.

Divertissement spectaculaire loin d’être con, Escape from New York rempli son objectif et cela, même trente ans plus tard (peut-être même plus encore). Les scènes d’action fonctionnent toujours parfaitement, les effets spéciaux, idem, et le casting aux petits oignons avec les gueules inoubliables de Lee Van Cleef, Ernest Borgnine ou encore Donald Pleasence donne au film un cachet indiscutable. Bien sûr, on oubliera pas la cultissime musique électronique écrite par Carpenter himself et le charismatique Kurt Russell tout en cynisme et en réparties, qui n’est pas sans rappeler le plus mythique des porteurs de poncho, l’homme sans nom - jusque dans sa façon de fumer.

mercredi 6 juin 2012

Moonrise Kingdom : Anderson juste


Les années 60.
En plein été, dans un camp de scouts perdu au milieu d'une petite île, un garçon disparaît.
Au même moment et dans la même île, une jeune adolescente s'enfuit de sa maison.
Les deux se retrouvent. Ils s'aiment depuis un an, conversent régulièrement par courrier et ont savamment programmé leur évasion.
Alors que le jeune couple partage ses premiers moments d'intimité, toute l'île part à sa recherche.

D'abord, pardonnez-moi ce jeu de mots foireux mais je suis fatigué.
Alors que j'écris fougueusement ces lignes, je me rends compte avec effarement, que dis-je, avec consternation, que je n'ai jamais parlé d'un seul film de Wes Anderson dans ce blog.
Cité deux fois en page d'accueil, puis dans le focus sur Coconut Records, et même dans le guide du cinéma indé, aucun article n'est consacré réellement à ce grand bonhomme.
Honte, infamie et tout l'toutim. A croire qu'on fait dans la pose bobo rive gauche... Shame shame shame on you now, dubya !
Promis, je me flagellerai les testicules à l'ortie fraîche dès ce soir et ce, avec vigueur et détermination (quoique si la splendide âme charitable qui partage ma couche veut bien s'en occuper...anyway)

"Je sers la digression et c'est ma joie..."

Cette année donc, en ouverture du Festival de Cannes a été présenté le dernier rejeton de sieur Anderson, le bien nommé Moonrise Kingdom.
Un pur film familial, un conte enfantin où les adultes sont à l'ouest et les enfants, d'une rare maturité. Imaginez un jeune Max Fisher en couple avec la jeune Margot Tenenbaum, de jeunes adultes pas finis à l'instar de ceux de Darjeeling Limited, des plus vieux à l'image des personnages qu'à interprété Bill Muray dans chacun des films d'Anderson. Ajoutez la soif d'aventure de Life Aquatic, les rebondissements de Mr. Fox, de la musique et des looks ringardo-chic comme... tout le temps. Et surtout, mettez de l'amour, du vrai, inédit sous cette forme chez le réalisateur et vous obtenez Moonrise Kingdom.

Que les détracteurs du réalisateur-qui-fétichise-complaisamment-le-rétro se rassurent donc il n'y a aucune raison pour que vous adhériez à son dernier métrage.
Il se pourrait même, d'ailleurs, que vous le trouviez encore plus insupportable (quoique l'émotion ici, est plus aisément palpable, moins factice diront les mauvaises langues).
Et en toute franchise, je m'en tape complètement.
Si j'admets volontiers la maladresse de son 1er film, Bottle Rocket (sympathique mais oubliable), le reste de sa filmographie, Moonrise Kingdom inclus donc, sont des chefs-d’œuvre. Du genre minimalistes et intimistes certes, mais des chefs-d’œuvre quand même. 6 au total si on considère Hôtel Chevalier comme le préambule de Darjeeling Limited.
Je ne suis pas objectif ?
C'est vrai, et alors ? Va-t-on me brûler sur l'autel de la critique cinématographique, en tant que vil et subjectif supporter andersonophile amateur ? Et bien soit... S'il ne doit en rester qu'un, je serais celui-là et je me damnerais encore et encore pour que Wes Anderson m'offre un ralenti sur un fond de musique pop, instants toujours jubilatoires et/ou terriblement émouvants.

Je ne vous cache pas toutefois que depuis le formidable Rushmore, chaque sortie d'un nouveau Anderson crée chez moi ce mélange tout particulier d'attente fébrile et de crainte du ratage. 
Coup de bol, c'est pas encore arrivé !