Tsui, ancien super-militaire ayant servi d'expérience scientifique afin d'être le plus redoutable possible, est aujourd'hui un brave bibliothécaire souvent moqué.
Lorsque ses anciens compagnons d'arme se rappellent à son bon souvenir, il n'a d'autre choix que d'intervenir et devenir le Black Mask.
Après les chefs d’œuvre télévisuels mythiques que furent la formidable trilogie des Flynn Carson avec Noah Wyle - mon dieu, j'en frissonne encore de plaisir - le monde très prisé des bibliothécaires en mal de reconnaissance (et ils sont nombreux) n'en finissait plus de farfouiller les rayonnages des dvdthèques du monde entier à la recherche d'un nouveau Graal.
En effet, le bibliothécaire n'en peut plus. Il est colère. Il en a gros.
Marre d'être imaginé comme une femme frigide avec un chignon et des ch'tites lunettes sur le bout du nez (les hommes aussi en ont assez d'ailleurs).
Marre que l'on nous voit comme des statues de cire bonnes qu'à chuchoter "taisez-vous" avec le regard sévère propre aux mal-baisés et à tamponner de vieux ouvrages poussiéreux avec la fierté que seule l'élite et les abrutis notoires sont capables d'assumer.
Ainsi, je dis : "halte-là !" Il faut que ça cesse. Il est temps que l'on reconnaisse en nous les super-héros de demain, quand bien même on rechignerait à lever notre séant- superbe par ailleurs - de notre chaise.
C'était trop injuste : Le binoclard a son Harry Potter, le handicapé moteur son Perry Mason, le scientifique son Spider-Man, le crétin son American Pie, etc... Et nous alors ?
Aujourd'hui, je le dis haut et fort, grâce à Hong Kong et son notoire cinéma d'auteur, nous avons notre Black Mask.
Batman n'a qu'à bien se tenir, moi j'vous l'dis !
C'est donc avec émotion que je vous vois, foule immense, toi et puis toi aussi, cher(e)s collègues, le point gauche levé, la larme à l’œil devant ce témoignage filmique de notre vraie vie, de notre quotidien enfin révélé aux yeux du monde.
Et oui, comme Jet Li - notre humble ambassadeur de par le monde - le montre si bien dans ce Black Mask, objectivement la plus grande œuvre jamais réalisée par un être humain, si le bibliothécaire pousse quotidiennement des chariots débordant d'ouvrages plus ou moins passionnants avec la satisfaction du fonctionnaire face au travail bien fait, c'est pour mieux cacher sa vraie nature : la nuit, totalement incognito, nous devenons des Black Mask, des super-héros insensibles à la douleur, prêts à sauver les âmes perdus, les orphelins et les lépreux grâce notre parfaite connaissance des arts martiaux et notre maniement des armes sans pareil. Non, nous n'hésitons pas à risquer notre vie jusque dans les airs dès que le soleil se couche, et cela pour un salaire de misère et une absence complète de reconnaissance.
Bon, mon oreillette m'oblige - va-t'en saleté ! - à admettre que le film est assez passable, les scènes d'action trop rares et l'humour un peu con-con. Que le tout relève souvent du grand n'importe quoi et blablabla.
Mon cul oui ! Pour une fois qu'on parle de nous et qu'on en parle en bien, seule la mauvaise foi sera ici tolérée, bordel de merde !
Que Kim Jong-Il soit loué.
Amen
Petite aparté : Vous noterez que lorsque le bibliothécaire n'est pas un figurant à la mine renfrognée, ou un illuminé un peu réac, il ne peut qu'être un "faux" bibliothécaire, personnage décidément peu disposé à figurer dans le dictionnaire des héros cinématographiques. Le comptable non plus d'ailleurs...
Bah, faut s'faire une raison : je sers la culture et c'est ma joie...



















