Dans le Japon des années 30, époque de grande modernisation, on suit l'histoire de la jeune Yukié, le long du fleuve Shinano. Ou quand les jeunes filles n'ont plus que le choix entre le bordel et l'usine...
Après l'oeuvre ultime de la vengeance à la japonaise -Lady Snowblood, mais est-il besoin de le rappeler ? - Kamimura remet le couvert dans un genre totalement différent : la destinée d'une jeune fille devenue femme fatale à l'insu de son plein gré... Totalement différent, vraiment ?
Alors oui, effectivement, ici, on n'est jamais très loin de la bluette façon shojo, du romantisme à la "japoniaise". Mais le tout est relevé par la toile de fond historique, comme d'habitude j'ai envie de dire, et surtout par la violence des rapports homme-femme, des codes de bonne conduite de la société nippone, etc.
On ne peut s'empêcher de rapprocher ces deux héroïnes, Yuki et Yukié, bien que les scénaristes ne soient pas les mêmes. Elles ont les mêmes traits, la même détermination, elles doivent faire face à la fatalité, et sont amorales et sans pitié.
La narration et le dessin sont très "posés", emprunts de sensualité, de mélancolie, bref, tout y est charmant et toujours aussi poétique. Okazaki est un peu faiblard par rapport à Koike, mais je suis définitivement vendue au style Kamimura je crois !
Une famille de gitans sédentarisés dans une banlieue : la doyenne, Angéline, ses 5 fils, ses belles-filles et ses petits-enfants. Esther, gadgé bibliothécaire, débarque pour lire des livres à ces enfants qui n'en ont pas.
Extrait : Esther prenait son livre. Ils ne bougeaient plus et hormis quelques reniflements, le silence était total. Elle ignorait qui, de la chaleur ou de l'histoire, les apaisait d'un seul coup, sans qu'ils ne demandent rien. Ils ne sont pas difficiles, se disait-elle. Jamais ils ne réclamaient jamais ils n'avaient soif ou faim comme d'autres enfants qui ont sans arrêt besoin de quelque chose. Elle lisait dans ce calme. On entendait juste le ronflement d'air chaud. Les enfants avaient posé les mains sur leurs cuisses.
Lu dans le cadre de ma mission du moment au boulot, ce livre a été une vraie révélation. D'abord pour Alice Ferney que je n'avais jamais lue (comment j'ai pu passer à côté tout ce temps ?) ensuite pour le thème, forcément. Comment ne pas trouver un écho dans l'histoire de cette femme bibliothécaire qui part lire des histoires aux "enfants du voyage", quand moi-même je me prépare à travailler pendant plusieurs mois sur le jazz manouche en général et la culture tsigane en particulier ?
Entre lyrisme et retenue, grâce et dénuement, sans jamais sombrer dans le cliché des "voleurs de poules" ou l'image d’Épinal de la vie dans les roulottes.
Un roman magnifique, sur le pouvoir de la lecture, la compréhension, le partage, le respect de l'autre et de ses différences.
Vers 1870 (ère Meiji), le Japon institue ce qui sera considéré comme l'"impôt sur la mort", à savoir le conscription de tous les hommes valides pour créer une armée puissante. Face à la rébellion généralisée, les autorités japonaises envoient dans les villages des recruteurs habillés en blanc. C'est dans ce contexte que le mari et le fils de Sayo sont assassinés et la jeune femme emprisonnée. Par vengeance, elle décide de concevoir et de donner naissance à un enfant qui sera l'instrument de sa vengeance. Malheureusement, elle meurt en couches en donnant la vie à une fille : Yuki. Eduquée par un grand maître du sabre, elle suivra sa destinée et deviendra Lady Snowblood, au charme aussi dangereux que son sabre.
"Je suis venu vous présenter Lady Snowblood. Mais je ne sais pas trop par où commencer." Jean-Pierre Dionnet, préface.
1- Commencer par la préface ! A ne pas rater, elle est extrêmement complète pour tout savoir sur l'Histoire, sur Meiko Kaji, sur les adaptions ciné, sur les auteurs, etc.
2- Yuki, un des plus beaux prénoms japonais (et je n'y connais rien en prénom japonais), signifie neige. Lady Snowblood est un jeu de mot avec Blanche neige, le titre original étant : Shirayuki-hime littéralement Princesse Blanche neige. Le jeu de mot étant sur shira voulant dire blanc, proche de shura qui signifie carnage.
3- Yuki est un des plus beaux personnages féminins de la littérature (non je ne pèse pas mes mots). La grâce et la froideur mêlée d'une insensibilité déconcertante. Délicate, sensuelle, effrayante. Elle n'est pas, elle ne fait qu'exécuter ce pour quoi elle a été conçue.
4- La vengeance est un plat qui se mange froid. Un des plus beau récit de cette longue tradition japonaise.
5- A ne pas mettre entre toutes les mains : violence et érotisme sont de mises (publié d'abord en feuilleton dans Playboy, bon dans les années 70...). Mais ce n'est jamais vulgaire. Il y a ni morale, ni innocence dans ce manga, tout n'est que perversion et manipulation.
6- Le trait de Kazuo Kamimura est épuré, simple, mais d'une élégance rare. Son talent est à son paroxysme dans les scènes de sabre, il réussit à retranscrire la dynamique et la grâce des mouvements de cet art.
7- L'ère Meiji est une période phare de l'histoire japonaise. Le Japon commence à ouvrir ses portes sur l'Occident, l'ancien système des classes est détruit. C'est la fin des samouraïs, le début du capitalisme. Kazuo Koike donne une trame extrêmement documentée à son histoire. Entre tradition et modernité.
8- L'histoire qui a inspiré Kill Bill (private joke).
9- Et surtout, après ça, ou avant, n'importe, mais voir absolument l'adaptation avec Meiko Kaji qui incarne magnifiquement Yuki.
10- Et si vous n'aimez pas la vengeance au féminin, elle existe au masculin.
Plus qu'une saga culte, Zatoichi est un élément propre à la culture japonaise, un passage obligé.
On ne s'étonnerait même pas qu'il puisse figurer dans leurs livres d'histoire, c'est dire.
Il faut admettre aussi qu'une génération entière ne pouvait techniquement pas passer à côté ; 26 films, dont 25 sont sortis entre 62 et 73 (plus de deux films par an en moyenne donc) et une série télé d'une centaine d'épisodes d'une heure chacun diffusée entre 74 et 79.
En gros, pendant 20 ans, ne pas voir un Zatoichi relevait d'une gageure et/ou d'un choix de vie monastique. Du pur matraquage comme seul le cinéma d'exploitation sait le faire. Quel talent !
Ajoutez à cela que ce héros fut interprété par le même acteur - Shintaro Katsu qui doit friser le record du monde pour avoir joué plus de 120 fois le même rôle - et vous créez là une légende. Et quelle légende !
Mais qui est donc ce Zatoichi ?
Zatoichi est aveugle et, pour gagner sa croûte (et pouvoir parier, son pêché mignon) comme ses congénères handicapés, il est masseur. Il parcours donc le pays tel un vagabond en calmant les douleurs du monde.
Mais, à côté de cela, des douleurs, il sait en créer : contre toute attente logique, Zatoichi est un sabreur d'exception que de nombreux assassins tentent de supprimer sans cesse.
Son histoire, on la connaîtra petit à petit au fil des épisodes dans la plus pure tradition du roman feuilleton...
Attention ami(s) lecteur(s), jeter un œil à un Zatoichi, c'est mettre le doigt dans un dangereux engrenage. L'endettement d'abord, que ce soit en France ou à l'étranger - une sélection de 14 films ont été édités par Wild Side Vidéo, mais on trouve un coffret américain regroupant les 26 films, avec sous-titres anglais par contre - puis la fouille numérico-archéologique afin de dénicher les épisodes télévisuelles. Ensuite, vous devrez trouver des sous-titres anglais, les synchroniser, voire même apprendre le japonais. Bref, vous êtes dans une merde noire !
Addictif en diable, cette série a le mérite d'être, dans le désordre : passionnante, humaniste, drôle, attachante, divertissante, esthétique, émouvante, et j'en passe !
Dites-vous bien que vous êtes à deux doigts d'enfiler le kimono, de bouffer des ramens au p'tit déjeuner, de prendre des cours de kendo...
Ceci-dit, ce serait quand même bien dommage de passer à côté !
BABY CART réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours
le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de
contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs
lancés à ses trousses.
1.Le Sabre de la vengeance 2.L'Enfant massacre 3.Dans la terre de l'ombre 4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils 5.Le Territoire des démons 6.Le Paradis blanc de l'Enfer
DANS LA TERRE DE L'OMBRE
Itto et son fils rencontrent une femme qui vient d'être vendue de force à un bordel. Itto la défend, mais en guise de châtiment, il subit la torture de l'eau et du bâton. Enfin, pour rembourser totalement la dette de la jeune femme, Ogami Itto doit tuer un gouverneur...
Des fois, je suis plus chanceux que d'autres. Là, coup de bol, je choppé le troisième opus, ce qui, mine de rien, tombait plutôt bien. Plus violent que le précédent, particulièrement dans les rapports humains présentés (viols, maisons closes etc.), il est aussi plus complexe scénaristiquement. Beaucoup de sous-intrigues viennent alambiquer la trame, depuis l'intro où l'on rencontre un rônin que l'on ne retrouvera que dans le final, jusqu'aux flash-back d'Ogami, en passant par les deux contrats qui s'entrecroisent...
Pour autant, Misumi construit brillamment son métrage : après une première demi heure forte en événements et en action (érotisme et tranchages de membres réguliers), il installe le gros de l'intrigue dans un rythme plus contemplatif, typiquement nippon, où l'on suivra notre mutique héros et son p'tit gaillard dans leur quotidien. Ces instants-là, qui font le sel de la série, nous montrent des instants d'intimité précieux où le silence se mêle au respect et à l'affection dans de petits gestes aussi naturels qu'inattendus dans ce type de film - on retiendra entre autres, les rêveries de Daigoro face à la nature qui s'éveille ou encore, au tout début, lorsque le père et le fils se jettent de l'eau dans une rivière.
Mais c'est sans doute dans sa dernière demie heure que ce troisième volet révèle tout son intérêt et sa folie destructrice dans un mélange fort réussi de western spaghetti (le landau qui remplace la mitrailleuse et décime les samouraïs comme une armée mexicaine, en est un bon exemple) et de chambara, où revolvers et lames aiguisées se partagent équitablement les nombre de morts dans un paysage désertique. Voir l'impassible Ogami, pousser son landau, seul contre une centaine de sabreurs, est une image qui restera dans les anales de cinéma.
Si le grand méchant mourra donc sous les balles, symbolisant d'une certaine manière le fait qu'il ne mérite pas de mort plus digne, c'est le dernier et superbe duel au sabre qui prouvera, encore une fois, la valeur des personnages.
Enfin, sous un soleil de plomb et un nuage de poussière, nos deux damnés pourront ainsi continuer leur route sanglante. Seuls contre tous.
Petit intro contextuelle et volontairement digressive.
Au milieu de nulle part, un sabre fend l'air.
Le silence et l'immobilité s'installent.
Enfin, le rouge carmin vient traverser l'écran.
Esthète et morbide, tel est le cinéma de genre japonais, depuis le chambara jusqu'au kwaidan en passant même par le drame. De ces trois courtes phrases assez représentatives, naissent deux autres éléments directement reliés ; l'esthétique et la poésie.
Ces critères feront de ce cinéma le seul cinéma de genre vraiment respecté par la critique mondiale. Il y a une noblesse intrinsèque dans ces films qui marque le respect de façon évidente et indiscutable.
Du cinéma de genre auteurisant en quelque sorte.
Comme c'est souvent dans les séries que l'on retrouve forcément de façon plus notable l'aspect "cinéma d'exploitation" - chose que j'affectionne plus que tout - j'ai voulu m'attaquer à plusieurs d'entre elles et en particulier La Légende de Zatoïchi (26 films ! Bon courage, mon con) et Baby Cart (6 films).
BABY CART réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours
le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de
contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs
lancés à ses trousses.
1.Le Sabre de la vengeance 2.L'Enfant massacre 3.Dans la terre de l'ombre 4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils 5.Le Territoire des démons 6.Le Paradis blanc de l'Enfer
L'ENFANT MASSACRE
Ogami Itto est engagé pour tuer un traître à son clan qui veut
vendre les secrets d'une teinture et qui est protégé par les redoutables frères Hidari. Parallèlement, il doit faire face à Sayaka, une ninja qui dirige un groupe de femmes assassins travaillant pour le clan Yagyu.
Comme je fais avec ce que j'ai sous la main, je commence bien malgré moi par le deuxième volet (d'ailleurs, si l'un(e) d'entre vous veut m'offrir le coffret...)
Difficile donc pour l'instant de comparer cet opus, par rapport aux autres, et surtout au précédent, reste que, pour information, il n'est pas nécessaire de l'avoir vu pour comprendre celui-ci.
Déjà, il faut admettre une chose évidente, l'intrigue du film - comme de la série en général - tient largement sur un post-it. Ensuite, pour les néophytes et les gens atteints d’Alzheimer, certains personnages et/ou événements viennent nous rappeler régulièrement qui est ce bon vieux Ogami Itto.
Bref, de l'action, y en aura donc beaucoup. Des membres qui se coupent et des geysers de sang aussi. Mais ça, vous l'saviez.
Tout ça toutefois à la 70's : pas d'effet de vitesse ou de montage ultra-cut ni de combats épiques. Non, Ogami, c'est un bretteur de légende, un type qui te tranche une tête d'un petit pas chassé. qui esquive un gourdin d'un mouvement de bassin tout en protégeant le landau du p'tit. Avec lui, ça s’éternise pas. Même les boss de fin de niveau sont éradiqués en deux coups de sabre.
En fait, à l'instar d'un bon vieux western spaghetti, tout se joue sur le regard des duellistes. Là, Misumi n'hésite pas à jouer les prolongations avec zooms progressifs pour faire monter la tension. Finalement, à ce niveau, c'est plutôt réaliste en dehors des litres de sang qui sont déversés régulièrement.
Un autre aspect propre à l'action de Baby Cart, c'est son côté "divertissement" derrière un sérieux à toute épreuve. En effet, la poussette du gosse est un véritable petit arsenal déguisé, une sorte de fantasme pour James Bond féodal. Du coup, Ogami n'hésite pas à balancer son gamin en direction des ennemis, celui-ci étant chargé de déclencher les pièges intégrés au véhicule d'aspect rudimentaire. L'occasion d'initier le fiston qui reste, à tout moment, d'une neutralité exemplaire à l'image de son père. Comme le dit Ogami dans un superbe passage, ils ne sont pas de ce monde et, effectivement, ils relèvent plus du duo de spectres en perdition.
Le film serait déjà bien s'il se contentait de ça. Mais dans ce monde de merde qui pue la mort et où l'espoir semble être vain, l'émotion n'est jamais loin, quand bien même les protagonistes serrent les dents avec une constance que seuls les constipés sont capables de reproduire. Ainsi, alors qu'Ogami est méchamment blessé, son fiston haut comme trois pommes s'en va lui chercher de l'eau mais, en l'absence de récipient, se retrouve à prendre l'eau dans sa bouche afin de la déverser directement dans celle de son père. Instant magique et éminemment touchant. Des moments comme ça, le métrage en est plein - on pense notamment à la scène de "réchauffage" post-baignade ou encore la superbe sentence du méchant aux griffes d'acier - et c'est grâce à cela qu'il tire clairement son épingle du jeu, donnant à ce film (à cette série ?) la plus-value nécessaire qui lui vaudra son statut d'indispensable.
Si on ajoute que la réalisation est superbe malgré le minimalisme des décors qui nous rappelle l'aspect fauché du métrage, on nage en plein bonheur cinéphilique.
Depuis quelques temps les chiffres sont partout, à l'école, dans les journaux, etc. et les mots sont déprimés. Les lettres déclarent donc la guerre aux chiffres !
"Les chiffres ne sont que des lettres mal dessinées." Une consonne
Un album plein d'humour où les réveils réveillent en criant "debout", où le mot "baguenauder" revient en force, où la littérature déclare la guerre aux mathématiques. Les chiffres sont devenus les maîtres du monde, arrogants et méprisants vis à vis des mots. Les lettres se battent pour le charme et la poésie, mais surtout pour un peu de respect et l'accès aux même droits que les chiffres... Bref, vous l'aurez compris, c'est avant tout un livre politique !
Il faut bien admettre qu'en dehors du Dr John déjà évoqué ici, rien ou presque, ne mérite d'être mis en avant. Certes, sur la quarantaine d'albums achetés, il y a plein de disques tout à fait recommandables comme, par exemple, le Blunderbuss de Jack White, le Blues Funeral de Mark Lanegan, Le Light of the Sun de Jill Scott ou encore le Boys and Girls d'Alabama Shakes (et bien d'autres), mais ces albums me paraissent aussi sympathiques qu'anecdotiques, dans le sens où, s'ils font passer le temps avec plaisir, j'ai bien peur qu'on n'y revienne pas. Et puis y a eu aussi les déceptions comme le dernier Santigold qui, il faut bien l'admettre, ne cache malheureusement pas de forêt derrière l'immense "Disparate Youth". Enfin, on a aussi les sortis médiatisées et généreusement (aveuglément ?) chroniquées qui donnent presque envie de se pendre, du type neo-revival-folk-again-it-will-never-end avec le Radical Face et le Liz Green, ou encore l'electro bien peu original M83.
Passé ça, au rayon des nouveautés, il ne reste pas grand chose.
De fait, je privilégie ici l'originalité avec deux albums encore tout chauds qui m'ont bien emballé :
Le dernier opus des Carolina Chocolate Drops est un p'tit bijou dans son genre. A savoir : totalement barré !
On navigue au bonheur la chance entre du country roots, du cajun, du blues en allant même jusqu'à du hip-hop.
C'est frais, souvent jubilatoire et c'est fait avec amour et talent.
Faut pas s'priver !
Là encore, c'est de l'excellente came.
Pensez-vous, ce bon vieux Little Axe nous offre un disque de blues dub ! Fallait y penser.
On pouvait craindre l'indigestion, mais, en l'occurrence, ce vieux d'la vieille de Skip McDonald n'est pas le dernier des bluesmen et il nous crache un blues bien cradingue comme on l'aime et cela, avec cette rythmique si particulière issue du dub.
Pas sûr que tout le monde adhère, mais c'est 'achement bien.
Voilà pour les nouveautés.
Mais comme c'est sous-entendu, y a pas qu'ça ! Et les rééditions et autres compilations me direz-vous ?
Là, y a du lourd. En tête de liste, le fameux disque de Wendy René dont j'ai déjà parlé. Le reste, c'est deux albums sortis simultanément et consacrés aux chaudes mélodies cubaines.
Deux compiles qui se complètent parfaitement !
Consacrée à la période 48-79, cette double compile fait la part belle aux chansons oldschool, ce qui ne veut pas dire exempt d'énergie, loin de là !
C'est charmant, chaloupé à mort et d'une qualité exceptionnelle. Les titres ont été choisis avec soin et c'est donc une excellente entrée en matière. J'adhère !
Et voilà un peu la suite du précédent. Même si cette double compile pioche elle aussi dans les vieilleries, elle est bien plus axée 70's. Là, on est plus clairement dans le latin fever phéromoné à mort !
Si la précédente était parfaite pour l'apéro, celle-ci se propose comme l'idéale bande son de fin de soirée, sur la piste ou dans les draps...
Enfin, je ne pouvais décemment pas parler de musique sans évoquer un disque, un ovni sur ce blog.
Il fait parti de cette catégorie mal nommée "musique pour enfants". Je le dis tout net, j'aime pas la musique pour enfants et, pire encore, je trouve qu'elle ne devrait pas exister. Il n'y a pas d'âge pour la musique, il n'y pas de musique pour des tranches d'âge ou communautés spécifiques... M'enfin, ce n'est que mon avis.
Toujours est-il qu'il y a ce disque fort sympathique qu'il me faut promouvoir, non pas sous la pression familiale, mais bien parce qu'il est très bon et que, ma foi, si pour les vacances, vous voulez faire plaisir à vos mômes pendant les longs trajets de voiture sans avoir envie de bousiller votre lecteur cd et de défenestrer vos gosses, voilà un album que vous devez acheter.
Conte musical, "Bons cailloux de Crocassie" est avant tout un spectacle qui a beaucoup tournée depuis deux ans et mettant en avant deux ogres qui en ont marre de bouffer des cailloux et qui vont parcours l'Europe pour profiter des mets locaux. Mais ce sont des immigrés alors, évidemment, on les renvoie au pays - les allusions politiques sont évidemment pas du tout fortuites. Malgré, le sujet, c'est très drôle et d'une grande richesse musicale (thèmes très variés selon les pays rencontrés). La formule d'usage veut qu'il plaira autant aux petits qu'aux grands.
Mention spéciale, très personnelle, pour "Pimienta, la reine de la fiesta"
Dana collectionne pendules, horloges, réveils et montres. Elles les démonte, les remonte à sa façon et les offre non sans avoir ajouté à l'intérieur quelques pincées de temps à perdre.
Dans ce monde où tout va très vite, où l'on a le temps de rien, voici un album magnifique, plein de poésie, pour nous rappeler de prendre le temps de...
Agnès de Lestrade tombe juste encore une fois et je découvre avec plaisir les illustrations-collages de Constanza Bravo.
Claire, traductrice parisienne, décide de retourner s'installer dans le village de son enfance en Bretagne.
Premières lignes : Mireille Methuen se maria à Dinard le samedi 3 février 2007. Claire partit le vendredi. Paul refuse de l'accompagner. Il n'avait conservé aucun lien avec ce qui restait de la famille. Dès onze heure elle eut faim. Elle suivait l'Avre. Elle préféra passer Breux, Tillières, Verneuil. Après la sortie de Verneuil, Claire s'arrêta pour déjeuner sur une aire sableuse et vide.
C'est l'histoire de Claire et de son amour sans fin pour Simon.
C'est l'histoire de Marie-Claire et de son frère Paul, deux orphelins, se retrouvant sur les terres de leur enfance pour y vivre enfin.
Mais c'est aussi l'histoire de Chara, femme sauvage ne faisant qu'une avec la lande et les falaises bretonnes.
Premier roman de Quignard que je lis et sûrement pas le dernier. J'ai beaucoup aimé son style très sobre pour écrire cette histoire profondément romanesque. J'ai beaucoup pensé aux Déferlantes en le lisant, à Dina aussi. Ce roman aurait pu être un beau film de Sautet assurément.
Les années 60. En plein été, dans un camp de scouts perdu au milieu d'une petite île, un garçon disparaît.
Au même moment et dans la même île, une jeune adolescente s'enfuit de sa maison.
Les deux se retrouvent. Ils s'aiment depuis un an, conversent régulièrement par courrier et ont savamment programmé leur évasion.
Alors que le jeune couple partage ses premiers moments d'intimité, toute l'île part à sa recherche.
D'abord, pardonnez-moi ce jeu de mots foireux mais je suis fatigué.
Alors que j'écris fougueusement ces lignes, je me rends compte avec effarement, que dis-je, avec consternation, que je n'ai jamais parlé d'un seul film de Wes Anderson dans ce blog.
Cité deux fois en page d'accueil, puis dans le focus sur Coconut Records, et même dans le guide du cinéma indé, aucun article n'est consacré réellement à ce grand bonhomme.
Promis, je me flagellerai les testicules à l'ortie fraîche dès ce soir et ce, avec vigueur et détermination (quoique si la splendide âme charitable qui partage ma couche veut bien s'en occuper...anyway)
"Je sers la digression et c'est ma joie..."
Cette année donc, en ouverture du Festival de Cannes a été présenté le dernier rejeton de sieur Anderson, le bien nommé Moonrise Kingdom.
Un pur film familial, un conte enfantin où les adultes sont à l'ouest et les enfants, d'une rare maturité. Imaginez un jeune Max Fisher en couple avec la jeune Margot Tenenbaum, de jeunes adultes pas finis à l'instar de ceux de Darjeeling Limited, des plus vieux à l'image des personnages qu'à interprété Bill Muray dans chacun des films d'Anderson. Ajoutez la soif d'aventure de Life Aquatic, les rebondissements de Mr. Fox, de la musique et des looks ringardo-chic comme... tout le temps. Et surtout, mettez de l'amour, du vrai, inédit sous cette forme chez le réalisateur et vous obtenez Moonrise Kingdom.
Que les détracteurs du réalisateur-qui-fétichise-complaisamment-le-rétro se rassurent donc il n'y a aucune raison pour que vous adhériez à son dernier métrage.
Il se pourrait même, d'ailleurs, que vous le trouviez encore plus insupportable (quoique l'émotion ici, est plus aisément palpable, moins factice diront les mauvaises langues).
Et en toute franchise, je m'en tape complètement.
Si j'admets volontiers la maladresse de son 1er film, Bottle Rocket (sympathique mais oubliable), le reste de sa filmographie, Moonrise Kingdom inclus donc, sont des chefs-d’œuvre. Du genre minimalistes et intimistes certes, mais des chefs-d’œuvre quand même. 6 au total si on considère Hôtel Chevalier comme le préambule de Darjeeling Limited.
Je ne suis pas objectif ?
C'est vrai, et alors ? Va-t-on me brûler sur l'autel de la critique cinématographique, en tant que vil et subjectif supporter andersonophile amateur ? Et bien soit... S'il ne doit en rester qu'un, je serais celui-là et je me damnerais encore et encore pour que Wes Anderson m'offre un ralenti sur un fond de musique pop, instants toujours jubilatoires et/ou terriblement émouvants.
Je ne vous cache pas toutefois que depuis le formidable Rushmore, chaque sortie d'un nouveau Anderson crée chez moi ce mélange tout particulier d'attente fébrile et de crainte du ratage.
Tianbao et Jinbao, deux jeunes moines Shaolin turbulents se font virer du temple. Apprenant les réalités de la vie et les injustices du monde, ils vont peu à peu s'opposer pour défendre des causes différentes.
A première vue, ce Tai-Chi Master n'a rien d'original avec un scénario fort classique. Et pourtant... Vous avez face à vous ni plus ni moins qu'un chef d’œuvre, l'un des plus importants neo wu-xia-pian 90's (comprendre dans "neo", toute la production qui suivra Il était une fois en Chine)et cela, à plusieurs niveaux...
Pour bien le comprendre, il faut d'abord avoir en tête la structure classique du film de kung fu. Divisé en 3 parties de longueurs différentes, il commence toujours par un drame ou une injustice qui surgit dans les quinze/vingt premières minutes, suivit du difficile apprentissage d'une prise spéciale ou carrément d'un art martial complet par la victime qui cherche à se venger, représentant, peu ou prou, plus de la moitié du film. Cela se termine enfin généralement par un unique combat dantesque assez long (jusqu'à vingt bonnes minutes) où le bien triomphe du mal grâce à la technique dûment apprise. Je passe sur l'élévation spirituelle de l'apprentissage qui est intrinsèque aux arts martiaux.
Ça, c'est la base.
Sur le papier, Tai-Chi Master propose à priori la même chose avec trois grands moments : la rupture entre les deux frères d'armes, l'apprentissage de Jinbao (Jet Li), et sa victoire face à Tianbao (Chin Siu-Ho).
Jusque là, tout va bien.
Pour autant, sur la pratique, tout est chamboulé. La fameuse rupture - donc la première partie introductive - arrive au bout d'une heure de film et l'apprentissage en lui-même est extrêmement court (un quart d'heure). Seul le final correspond au schéma habituel. Ce parti pris a priori inoffensif a des conséquences énormes sur la narration.
Il est évident que ce qui intéresse le réalisateur, c'est de présenter en profondeur ses personnages, montrer leur relation, développer ce qui justifiera leur future séparation. Pour s'offrir ce privilège et donc empiéter sur la longueur du plat principal que représente habituellement le fameux apprentissage, Yuen Wong Ping va régler la question dans les 5 premières minutes, en faisant déjà de nos deux héros d'exceptionnels combattants - l'effet Shaolin sans doute (on notera par ailleurs le fait amusant qui veut que dans ce film, l'intrigue démarre à partir du départ de Shaolin alors qu'habituellement, y rentrer est l'objectif).
Ça, c'est fait, semble donc nous dire le metteur en scène.
Deux héros donc, deux amis presque frères, mais deux caractères différents. Un frondeur et un suiveur. Ce sont deux rebelles dont un qui s'ignore.
Ce qui est intéressant, c'est que le personnage de Tianbao, le rebelle dans l'âme, s'en prend toujours au système, mais pas parce qu'il est contre celui-ci - on l'apprendra par la suite - mais parce qu'il ne peut pas l'intégrer comme il le souhaiterait, ou plus exactement comme il estime qu'il le mériterait. Cette rébellion individualiste est ironiquement la volonté profonde de Tianbao à rentrer dans le rang et, par cela, atteindre le pouvoir et être respecté. C'est sa conscience très nette de ce qu'il veut et de comment il peut l'obtenir qui générera sa séparation d'avec Jinbao. Lui, c'est le rebelle de cœur, le rebelle sur le tard. Brave et naïf, c'est dans sa confrontation au monde qu'il va s'éveiller et se révéler - en cela son apprentissage sera d'ailleurs multiple comme nous le verrons. C'est dans la relation avec le peuple qu'il va trouver sa place et, s'il aime lui aussi montrer ses prouesses physiques, il cherche avant tout la bonne manière pour le faire, celle qui lui paraît juste (sa situation à Shaolin lui convenait d'ailleurs tout à fait). Au départ, il est un combattant pour le plaisir quand Tianbao l'est pour être le plus fort. Par la suite, s'il va adopter la stratégie de son frère ennemi, c'est uniquement pour le vaincre et faire régner la justice.
Deux philosophies quasi politiques, ce qui n'étonnera personne de la part d'un pays comme la Chine, toujours prompt à diffuser son message - certains diront "propagande" - dans les arts. L'individualiste qui veut le pouvoir contre celui qui se bat pour la communauté et pour l'égalité... Pas besoin de faire un dessin.
De la séparation émotionnellement difficile pour les amis suivra rapidement la confrontation physique qui marquera la fin de la première partie.
Jusque là, en effet, chacun traçait sa route avec plus ou moins de respect pour l'autre, mâtiné toutefois d'une logique incompréhension. Le combat, en revanche, marquera par sa dureté : Tianbao trahit ses anciens amis en devenant, qui plus est, un monstre sans cœur. Son humanité perdue va le rendre particulièrement peu subtil alors que son combat interne avait fait de lui le personnage principal de ce début de film, plus complexe que Jinbao, plus intéressant aussi. Il devient alors une caricature du Bad Guy pur et dur laissant, de fait, la place à Jinbao, que ce soit dans l'intrigue que dans l'intérêt que le spectateur peut avoir pour lui.
Mais Jinbao est sévèrement blessé...
La deuxième partie commence alors par sa lente guérison et permet au film de développer un aspect que l'on a vu jusque là assez sporadiquement : la comédie. En effet, Jinbao n'est plus ce qu'il était, sa dépression post-traumatique la rendu quasi autiste créant des scénettes humoristiques quelque peu vaudevillesques (une constance de l'humour asiatique, et chinois a fortiori) . Ce n'est pas particulièrement fin et ne fera rire que les gosses mais l'adulte, lui, devrait quand même sourire aux situations présentées. Ce n'est pas honteux, cette partie plus légère ayant l'avantage d'être courte et de proposer un instant de détente. Évidemment, Jinbao, que sa petite amie incarnée par la sublime Michelle Yeoh et un lâche aubergiste tentent de ramener à la raison et au combat, va finalement avoir ZE révélation. A l'instar de sa prise de conscience idéologique révélée par son immersion dans le monde, sa résurrection, elle, va venir de sa découverte de "l'univers". Comprenant la force des éléments face aux objets, il va créer le Tai-Chi, art martial se basant particulièrement sur les mouvements extérieurs, les éléments, la gravité, l'harmonie entre l'homme et la nature en gros.
Comme c'est Jet Li, ça ne va pas durer plus de cinq minutes pour qu'il devienne vite un "maître" (encore une fois, le prélude du film, le montrant comme un combattant exceptionnel permet ce type de raccourci). Je sais que ça a l'air un peu con con dit comme ça, mais encore une fois, voilà deux philosophies - et pas n'importe lesquelles - qui s'affrontent, le final ne le démontrant que plus.
Tianbao puise sa force de lui même, de sa volonté à être le meilleur, mais de façon totalement individualiste, ce qui lui donne au moins le mérite de s'être fait tout seul. Il sacrifie tout, jusqu'à l'amour, pour sa réussite. En revanche, son tempérament et son comportement le rendent fortement antipathique : pas une seule personne ne l'apprécie et, s'il est respecté, c'est uniquement parce qu'il est craint. De fait, lors du combat final qu'il perd petit à petit, pas un seul de ses compatriotes ne va l'aider. Vous y voyez le symbole d'un dictateur ? Et si j'vous disait qu'en plus c'est un chef militaire... Bref !
Ça n'a donc rien d'étonnant que l'art martial crée par Jinbao est intrinsèquement lié à ce qui l'entoure, en totale opposition avec celui de Tianbao qui se concentre sur lui-même. Il puise ainsi l'énergie des éléments, voire même de son adversaire, pour que le combat soit gagné. Ce n'est donc pas simplement son combat contre Tianbao qui clôt Tai-Chi Master - c'est presque secondaire - mais bien celui du peuple contre l'oppresseur.
Voilà pour le fond. C'est quand même pas si mal, non ?
Et la forme alors ?
Un film de Kung-Fu n'étant rien si les combats ne suivent pas, inutile de préciser que ce métrage nous offre un festival de superbes bastons, dont 3 mémorables résumant finalement assez bien 3 types de cinéma de Kung-Fu : le combat dans l'auberge entre les rebelles et les militaires - un classique - se veut avant tout une démonstration de corps à corps assez réalistes (l'espace étant limité pour les sauts de 5 mètres de haut) usant habilement des objets du décors comme dans les classiques de Liu Chia-Liang. Le 1er combat entre les frères ennemies avec Yeoh en guest, est quant à lui, une superbe démonstration de combats aériens avec moult jeux d'équilibres tous plus acrobatiques les uns que les autres, nous rappelant par exemple le combat d'échelles d'Il était une fois en Chine. Enfin, le combat final, étonnamment expéditif puise plus son inspiration dans les métrages fantastiques des années 80, le duel entre Tianbao et Jinbao relevant plus d'une confrontation entre deux dieux vivants.
Entre ces 3 combats, ça n'arrête pas une seconde, depuis les gosses de shaolin, jusqu'à Michelle Yeoh et son luth, en passant par d'épiques combats militaires... Faut dire aussi que le réalisateur, en plus d'avoir de la bouteille, est un chorégraphe émérite (parmi ses hauts faits d'armes, mentionnons Il était une fois en Chine, Tigre et Dragon, Kill Bill...)
Bon alors, vous attendez quoi pour sauter sur ce film ? Une belle édition deux dvd pour 10€ ? Ça tombe bien, elle existe, et c'est chez HK video que ça se passe !
Trailer à voir sans écouter, le speech est lamentable...
C'est un fait, Dr John est une légende. Mais de celle que l'on connaît sans l'avoir écouté.
Au mieux, les gens citerons Gris-Gris... son 1er album (!) datant de 68. Quand on sait que le gus nous a gratifié en moyenne d'un album tous les deux ans depuis ses débuts, c'est dire tout ce que l'on a raté.
Abordant un rythm'n'blues épicé à la mode Nouvelle Orléans (comprendre par là, une sorte de blues rock déjanté mâtiné de musique trad et de cuivres), les habitués de la musique de là-bas seront en terrain connu. Les autres pourraient être quelque peu déstabilisés au premier abord.
Encore que.
Oui "encore que" car cette année est sorti son dernier album, cette fois produit par Dan Auerbach (également musicien sur l'album).
La recette n'a pas changé, mais la touch' de la tête pensante des Black Keys pourrait bien avoir un effet sur la médiatisation de l'album. Plus direct et plus "tubesque" à l'image de son titre phare "Revolution" (chanson parfaite dont on ne se lasse pas), ce Locked Down est une pépite qui s'avère peut être comme la porte d'entrée idéale et accessible au riche univers de l'homme à la barbiche.
Souvent jubilatoire sans jamais faire dans la concession c'est, pour l'instant, l'album de 2012, et on espère que son atmosphère toute particulière sera diffusée dans tout bon foyer qui se respecte.
A déguster avec ou sans gumbo, en bagnole ou sous les draps, là où la moiteur de ses chaudes mélodies rythmées trouveront sans aucun doute un écho dans vos mouvements de bassin.
Dans la petite chapelle de Two Pines perdue au milieu du désert, à El Paso, alors que se déroule la répétition d'une cérémonie de mariage, des assassins surgissent et tirent impitoyablement et sans raison apparente sur toutes les personnes présentes. La mariée, enceinte, survit à ses blessures mais sombre dans le coma. Autrefois tueuse à gages dans une organisation secrète, elle est une combattante hors pair. Sortant du coma quatre années plus tard, elle n'a plus qu'un seul but, se venger de ses anciens complices, dans lesquels elle a reconnu les assassins de Two Pines, et surtout, tuer Bill, leur chef, qui est également le père de l'enfant qu'elle portait et qu'elle a perdu suite à l'attaque dans la chapelle.
Kill Bill, le diptyque, est à mon sens, si on le prend comme une seule oeuvre, le film le plus réussi de Tarantino.
Si celui-ci n'invente rien - mais c'est toujours le cas - c'est dans ces deux métrages qu'il digère le mieux ses influences multiples (chambara, wu xia pian, western, film noir...) Ajoutons à cela le traitement original de chaque chapitre, correspondant, peu ou prou, à un univers autonome.
A la base, Tarantino s'inspire d'un sous-genre spécifique : le rape & revenge et en particulier son pendant nippon (voir en particulier La Femme Scorpion et Lady Snowblood).
Certes, Beatrice n'a pas été violée (encore que si, mais plus tard lorsqu'elle est dans le coma), mais a été laissée pour morte et, évidemment, suite à cela, elle va fomenter sa revanche.
Si, contrairement à la tradition du rape & revenge, elle ne devient pas une prédatrice suite à son agression, la construction en flash back du film nous présente toutefois son entraînement passé après son réveil, ce qui, dans l'esprit du spectateur, revient à peu près au même. En cela, on peut voir l'influence du film suédois Thriller de Bo Arne Vibenius où Christina Lindberg s'entraîne et devient une tueuse redoutable en parallèle aux sévices qu'elle endure (ici, elle est exploitée en tant que prostituée sous l'emprise de la drogue qu'on lui injecte) - influence que l'on retrouve par ailleurs dans le bandeau d'Elle Driver.
Sur ce postulat déjà clairement ancré dans la tradition du cinéma d'exploitation, Tarantino, en bon fan bisseux, va y injecter tout ce qu'il aime. De l'univers de Bruce Lee, il reprend la tenue jaune et noire du Jeu de la Mort et les masques des Crazy 88 sont empruntés au personnage qu'il incarne dans le Frelon Vert. Idem pour l'encerclement des Crazy 88 qui nous ramène vers le fameux combat de Fist of Fury.
Lady Snowblood, déjà cité plus haut, sera utilisé pour tout le duel face à Lucy Liu dans le décor enneigé avec des scènes quasi identiques. Notons aussi les giclées de sang en jet, que l'on voit souvent dans les chambara. Quant au fameux maître chinois à la barbiche blanche et au rire sans pareil, il nous renvoie vers l'une des figures légendaires du wu xia pian...
Le cinéma italien est très présent lui aussi, mais de façon moins évidente pour le spectateur lambda. On recycle donc Fulci, et particulièrement le film Frayeurs dans plusieurs scènes ; depuis les larmes de sang de la petite tueuse nippone jusqu'à l'enterrement vivant. Par ailleurs, l'énucléation est l'un des gimmicks des films de Fulci.
La fameuse liste de 5 noms à barrer vient d'El Mercenario, et de nombreux plans (comme les gros plans des yeux) font références aux westerns spaghetti en général, particulièrement dans le chapitre avec Budd et Elle Driver...
On note aussi les influences des acteurs eux-mêmes. Ainsi, Daryl Hannah perdant son deuxième oeil retrouve l'hystérie de sa mort dans Blade Runner, et David Carradine sa flûte et ses arts martiaux de la série Kung Fu. Quant à Gordon Liu, il apporte la touche Shaw Brothers dont il fut l'un des acteurs emblématiques.
J'en passe et des meilleurs !
Le résultat aurait pu ressembler à une indigeste mixture pour cinéphages 70's, mais il n'en est rien. Le talent est là et la réussite, totale.
En bon chef cuisinier, Tarantino joue avec les ingrédients pour nous offrir un plat unique où il ajoute ses propres épices : les dialogues. Le tout est certes copieux, mais absolument délicieux.
Pour ceux qui veulent un résumé des 2 films en 1 minute !
Rappel : Figure emblématique - et réelle - du 19e siècle chinois,
Wong Fai-Hung fut à la fois médecin, spécialiste des arts martiaux et
révolutionnaire. Ces trois spécificités ont fait de lui l'un des
personnages clefs de la culture chinoise, un héros humaniste toujours
prêt à défendre le peuple. Ajoutons à cela deux faits d'arme mythiques :
son combat seul face à une trentaine d'hommes de la Secte du Lotus
Blanc et l'exploit de n'avoir jamais perdu de combat.
Il n'en fallait pas plus pour qu'il soit l'une des coqueluches du cinéma
populaire chinois - plus de cent films parlent de lui - et que de
grands acteurs l’interprètent : Kwan Tak Hing, Jackie Chan, Jet Li et
Donnie Yen entre autres.
Saga culte (6 épisodes jusqu'à aujourd'hui), se voulant à la fois un hommage respectueux à Wong Fai-Hung mais aussi le témoignage d'une époque charnière où la Chine affaiblie, se retrouve confrontée suite au traité de Nankin, à la présence de plusieurs concessions étrangères qui vont accélérer l'évolution du pays vers la modernité.
Le personnage de Wong Fai-Hung qui symbolise les valeurs du passé par son art ancestral et sa médecine traditionnelle devient donc le témoin d'un monde en pleine transformation. De nature plutôt réticente aux changements, il participe toutefois la plupart du temps de façon neutre - et principalement dans un soucis de justice - aux événements, sans doute aidé par la personnage de tante Yee, femme moderne ayant vécu aux États-Unis, dont il est secrètement épris.
Si la saga a tendance, comme souvent dans les productions chinoises, à montrer l'étranger - le blanc - comme un infâme colon qui profite et pille l'histoire de la Chine (ce qui n'est pas totalement faux), elle saura très vite nuancer son propos vers un discours plus ouvertement humaniste. Ainsi, Wong Fai-Hung s'opposera souvent à des groupuscules chinois, nationalistes et violents, qui attaquent d'innocents ressortissants étrangers ou bien se liera volontiers d'amitié avec un "visage pâle". Cette tendance atteindra son paroxysme dans le 6e - et par ailleurs passable - épisode se déroulant en Amérique, dont le thème principal est l'union et l'amitié entre les peuples, comparant volontiers la communauté amérindienne avec celle des immigrés chinois, toutes deux désireuses de conserver leurs traditions et vivre paisiblement. Tout cela est mignon tout plein, mais pas très subtil...
Qui dit témoignage d'une époque, implique de fait un univers à retranscrire et, contrairement au discours un peu naïf voire caricatural vu plus haut, c'est là l'une des grandes réussites de la série. Ça n'étonnera pas les habitués des productions chinoises, le soin apporté aux décors et aux costumes est évident. De même, une grande place est accordé aux traditions ; parades avec combats de dragons qui constitueront d'ailleurs l'essentiel de la trame des épisodes 3 & 4, arts culinaires et culture du thé régulièrement mis en avant, médecine traditionnelle principalement évoquée dans les deux premiers volets et bien sûr, la philosophie des arts martiaux comme étendard. Car rappelons-le, pour ceux qui se seraient perdus dans ma longue présentation, les Il était une fois en Chine sont avant tout des films de Kung Fu avec moult cascades délirantes et autres prouesses physiques se succédant régulièrement afin de rythmer les différentes intrigues ! Et le tout servi par une B.O. culte.
Car ne nous méprenons pas, Tsui Hark marque, avec cette saga - enfin surtout avec les premiers - le grand retour des films de Kung Fu, qui avait laissé place aux films d'action à la fin des années 80, et en particulier le pendant traditionnel et historique. Ainsi, grâce au succès du premier, on verra une véritable vague 90's de "retour aux sources" fort appréciable car en partie dégagée du poids des anciennes productions. Désormais, ce seront des œuvres d'envergure plus profondes.
Jet Li, l'incarnation parfaite de ce Wong Fai-Hung, en sera d'ailleurs la figure de proue, presque indissociable au genre, comme le fut Jackie Chan à la fin des années 70 - qui va revenir à ses premiers amours suite à cela d'ailleurs - ou Bruce Lee un peu plus tôt. Son style gracieux et sa stature classieuse va se marier parfaitement à l'utilisation des câbles (lorsqu’elle n'est pas trop systématique) et aux rôles de maîtres ferme mais juste et à l'humour fin. Son départ de la saga après le 3e épisode marquera malheureusement le déclin de la série qui, si elle tiendra toujours la route, se bornera à ne proposer que le minimum syndical, et cela malgré son retour pour le dernier opus.
Dans tous les cas, les amateurs trouveront dans les deux premiers volets matière à s’enthousiasmer tant ils sont réussis, et d'une qualité exceptionnelle. Indispensables pour le genre mais aussi dans l'histoire du cinéma chinois tout simplement. Les suites alimenteront les besoins des aficionados, à l'instar d'un panaché pour les alcooliques anonymes. A défaut d'avoir mieux à se mettre sous la dent, on saura s'en satisfaire pour ce qu'ils sont : des petits divertissements sans prétention.
Je me demandais comment parler de ces oeuvres snobées, ces fameux films de Kung Fu / Wu Xia Pian que j'adore (l'aspect divertissement/combat, l'esthétique, mais aussi la part importante liée à l'apprentissage).
Alors par où commencer, dans quel ordre... Fallait-il le faire de façon plus ou moins chronologique ? Par acteur ? Bref, c'était un peu la mierda.
Et puis, pour être original et histoire de relever un défi comme je les aime, j'me suis dit que je pouvais le faire à travers certains personnages - pourquoi faire simple n'est-ce pas ?
En effet, le cinéma chinois/hongkongais regorge de "grandes figures" cultes, souvent réelles, exploitées de nombreuses fois dans le temps et qui ont rythmés les productions du genre : Wong Fai-Hung en tête, Fong Sai-Yuk, Yip Man, San Te, Chen Zhen... D'autres oeuvres, souvent indépendantes, nécessiteront quant à elles un traitement individuel (je pense entre autres à Taï Chi Master et à Tigre & Dragon...)
Commençons donc par l'immense Wong Fai-Hung.
Figure emblématique - et réelle - du 19e siècle chinois, il fut à la fois médecin, spécialiste des arts martiaux et révolutionnaire. Ces trois spécificités ont fait de lui l'un des personnages clefs de la culture chinoise, un héros humaniste toujours prêt à défendre le peuple. Ajoutons à cela deux faits d'arme mythiques : son combat seul face à une trentaine d'hommes de la Secte du Lotus Blanc et l'exploit de n'avoir jamais perdu de combat.
Il n'en fallait pas plus pour qu'il soit l'une des coqueluches du cinéma populaire chinois - plus de cent films parlent de lui - et que de grands acteurs l’interprètent : Kwan Tak Hing, Jackie Chan, Jet Li et Donnie Yen entre autres.
Les colons anglais aidés de puissants chinois avides d'argent cherchent à dérober des objets précieux chinois à travers une usine où les ouvriers sont littéralement exploités. Le jeune Wong Fai-Hung se retrouve bien malgré lui mêlé à l'affaire et dirigera bientôt la révolte - et a fortiori, atteindra la maturité.
Drunken Master 2 est la deuxième incursion de Jackie Chan dans ce rôle mythique - pour l'instant, ce sont d'ailleurs les deux seules. Ce diptyque se consacre à l'adolescence du héros et cela pour mieux permettre à Jackie Chan (40 ans à l'époque de cet opus tout de même !) de faire le pitre en faisant de Wong Fai-Hung un trublion irresponsable, pratiquant les arts martiaux en cachette avec l'approbation et la complicité de sa mère poule. De la Kung Fu Comedy donc, comme on pouvait s'y attendre.
Si Drunken Master 2 n'est pas le film de Jackie Chan le plus connu du public néophyte, il reste toutefois le plus plébiscité par les aficionados et demeure sans aucun doute l'un des meilleurs films de Kung Fu de tous les temps, malgré un scénario assez mince et l'absence de scène d'apprentissage propre au genre.
Cette véritable anthologie (best of ?) de combats toujours plus impressionnants les uns que les autres (on retiendra principalement celui de l'auberge où les adversaires se multiplient à loisir et l'énorme final dans l'usine), de festival de boxe de l'homme ivre - LA spécialité de Jackie Chan, ici au sommet de son art - et de scènes de comédie assez savoureuses, fait de ce métrage un indispensable et jouissif spectacle.
Généreux à tous les niveaux et chef d'oeuvre du genre.
Il fut un temps où on enregistrait des singles sans espérer ou imaginer faire un disque entier.
Les 60's, qui virent peu ou prou l'arrivée du format long avec des albums de légendes - en particulier dans la pop music - était encore l'époque des maisons de disques à fort caractère, quasiment plus importantes que l'artiste lui-même.
C'est le cas de Stax dont j'ai déjà déclaré mon amour ici. Entre The Soul Album d'Otis, Memphis Queen de Carla Thomas ou encore Green Onions de MG's (j'en profite pour pleurer un coup la mort de Donald "Duck" Dunn), cet éditeur de légende sortit une pléthore de titres, parfois aussi indispensable que les albums pré-cités.
L'un des exemples les plus parlants, c'est "After Laughter", tout simplement l'une des plus belles chansons de soul jamais enregistrée et je pèse mes mots, qui, pourtant, reste quasiment inconnue. Pour faire simple, seuls ceux qui ont l'intégral singles de Stax ou la compile Shaolin Soul de RZA la connaissent, c'est dire s'ils sont peu nombreux.
La chanteuse, c'est Wendy René, une protégée d'Otis Redding. Elle a enregistré quelques singles - très peu - à son nom ou avec les Drapels et, bien qu'aucun n'égalise l'incroyable "After Laughter", ils méritent amplement d'être découverts.
Wendy René, voilà encore un nom qui ne dépassera pas la culture des passionnés et c'est bien dommage.
Chez les chanteuses soul, il y a les puissantes comme Tina Turner, Betty Davis ou encore Vicky Anderson, les polyvalentes qui passe avec talent d'une sucrerie mielleuse à la quasi hystérie comme Carla Thomas, Mavis Staples ou Aretha Franklin...
Et il y a les pleureuses dont la voix vous arrache les tripes et dont l'émotion palpable dans chaque note émise vous fout la chair de poule. Ça, c'est Wendy René. La miss a tout compris au sens du terme "soul".
Bref, tout ce petit texte pour annoncer la sortie d'une compile regroupant enfin les titres enregistrés par Wendy René dont pas mal d'inédits. Sautez dessus, soutenez l'initiative, c'est édité par Light in the Attic. Un grand merci à eux.