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mardi 26 juin 2012

The Tree of Life

Jack vit une enfance assez difficile entre un père qui l'éduque à la dure et une mère glissante et sans autorité. Son frère meurt, traumatisant toute la famille. Jack est adulte et le fantôme de son frère continue de le hanter.
Parallèlement le monde se crée...





J'suis pas contre les trucs obscures. Je voue même un culte à certaines œuvres austères et/ou indigestes.
M'enfin, là, j'dois admettre qu'on atteint un certain niveau...
Déjà, la petit histoire s'insère assez mal à la grande. Ensuite, difficile de comprendre quelle est la volonté du réalisateur et quel message il veut faire passer. Pas tant parce qu'on veut le partager avec lui, mais parce qu'on reçoit assez peu de choses de ce, pourtant long et riche métrage. Je n'évoquerais même pas l'omniprésent du discours religieux qui, au fond, m'a moins dérangé que l'absence de discours. J'ai régulièrement pensé au final de 2001, mais sur 2h15. Un peu épuisant, surtout quand on n'a aucune branche sur laquelle s'accrocher. Prétentieux donc.
Reste que sur la forme, c'est superbe : la photo est magnifique, les acteurs sont parfaits... Certains passages mettant en scène le jeune garçon atteignent souvent la grâce.
Suffisant ?
Absolument pas et c'est bien dommage !

vendredi 22 juin 2012

Incendies

La lecture du testament de leur mère bouleverse l'avenir d'un frère et d'une sœur. Celui-ci leur apprend qu'ils ont un père en vie et un frère quelque part au Moyen Orient.








Thriller et drame intense, Incendies réussi brillamment dans sa retranscription d'un pays en guerre fratricide lorsqu'il suit le parcours de la mère. Aucun jugement n'est jamais porté sur les actes et ce recul magnifie le discours, loin d'être pourtant sans subjectivité.
Moins réussi, mais plus léger donc appréciable par rapport à la noirceur du sujet et des découvertes successives, le parcours initiatique des deux enfants à la recherche de la véritable identité de leur mère, monté en parallèle, se révèle plus poseur et volontiers esthétisant jusque dans l'usage d'une B.O. pop étonnante. Si l'on suit leur (en)quête avec grand intérêt, difficile, malgré le jeu impeccable des acteurs, d'être véritablement ému par ce que celle-ci leur apprend.
Le film terminé, il est évident que seule l'histoire incroyable de cette "femme qui chante" compte, et l'aspect drame/guerre l'emporte largement sur l'enquête elle-même, dont les enjeux sont qui plus est quelque peu attendus.

Le résultat, pourtant un peu bancal, s'avère tout à fait passionnant et fait de ce Incendies, un parfait compagnon de route à La Révélation d'Hans-Christian Schmid !

dimanche 17 juin 2012

United Red Army

En 72, cinq jeunes étudiants de l'Armée Rouge Unifiée et recherchés par la police prennent en otage une aubergiste. La télévision suivra cet évènement en direct pendant 10 jours. Pour mieux le comprendre, Wakamatsu revient sur le passé du groupuscule.







Koji Wakamatsu doit sa renommée à une époque, les 70's, et à genre bien précis, le Pinku (genre érotique japonais où torture et soumission font bon ménage).
Pour autant, il fit toujours avec ses films coquins un parallèle politique assez net, le dominant et la dominée symbolisant souvent le pouvoir et le peuple.
Depuis son come back à la fin des 90's, Wakamatsu semble délaisser le film de genre pur pour un cinéma plus universel et cette fois clairement engagé. A ce titre, United Red Army marque nettement la volonté du cinéaste d'aller plus en profondeur dans son sujet.
Ce film est d'autant plus important et intéressant que Wakamatsu fut un "sympathisant" de la cause de ces jeunes révolutionnaires mais offre volontairement un film objectif, sans aucun parti pris. United Red Army se présente donc comme un instantané de ce mouvement, comme un témoignage fleuve d'un évènement.
Cet aspect est visible dès la première partie du film, mélangeant allègrement extraits documentaires de l'époque et reconstitution de certaines scènes clefs, dont les réunions entre les jeunes membres révolutionnaires. Si on est un peu perdu - et on le sera aussi pendant la deuxième partie du film - entre les nombreux personnages, on ne peut qu'être impressionné par ce choix de faire disparaître la fiction et de coller, au plus près, à une réalité sans omettre quiconque, quand bien même la personne mourrait cinq minutes après - c'est d'ailleurs à ce niveau-là que l'on peut voir le respect du cinéaste pour ces activistes.
La deuxième partie est centrée sur l'entraînement physique (mais pas que) des personnages et sur les dérives funestes de ce désir de perfection révolutionnaire qui oblige tout le monde à s'auto-critiquer continuellement. Si le résultat s'avère fort répétitif, l'effet n'en est que plus efficient et véritablement sans concession. Qui plus est, son traitement dans la durée montre bien cet engrenage et la folie ambiante qui émane de l'enfermement d'un groupe. Le spectateur quant à lui, devra s'accrocher.
Enfin, vient le final et la fameuse prise d'otage qui était, je le rappelle, le sujet du film. Plus expéditive, cette dernière séquence a le mérite de mettre les personnages face à leur entraînement mais aussi face à leur contradiction. Surtout, l'explosion de violence visuelle s'avère salutaire et, il faut bien l'admettre, tant attendue.

Si le métrage est parfaitement réussi, passionnant et assurément à promouvoir, difficile pour autant de le qualifier de "coup de coeur", l'expérience étant ma foi, assez douloureuse.
En revanche, voilà une oeuvre qu'il faut voir et qui a le mérite d'exister (à défaut d'être connue) !
Assurément.

mercredi 6 juin 2012

Moonrise Kingdom : Anderson juste


Les années 60.
En plein été, dans un camp de scouts perdu au milieu d'une petite île, un garçon disparaît.
Au même moment et dans la même île, une jeune adolescente s'enfuit de sa maison.
Les deux se retrouvent. Ils s'aiment depuis un an, conversent régulièrement par courrier et ont savamment programmé leur évasion.
Alors que le jeune couple partage ses premiers moments d'intimité, toute l'île part à sa recherche.

D'abord, pardonnez-moi ce jeu de mots foireux mais je suis fatigué.
Alors que j'écris fougueusement ces lignes, je me rends compte avec effarement, que dis-je, avec consternation, que je n'ai jamais parlé d'un seul film de Wes Anderson dans ce blog.
Cité deux fois en page d'accueil, puis dans le focus sur Coconut Records, et même dans le guide du cinéma indé, aucun article n'est consacré réellement à ce grand bonhomme.
Honte, infamie et tout l'toutim. A croire qu'on fait dans la pose bobo rive gauche... Shame shame shame on you now, dubya !
Promis, je me flagellerai les testicules à l'ortie fraîche dès ce soir et ce, avec vigueur et détermination (quoique si la splendide âme charitable qui partage ma couche veut bien s'en occuper...anyway)

"Je sers la digression et c'est ma joie..."

Cette année donc, en ouverture du Festival de Cannes a été présenté le dernier rejeton de sieur Anderson, le bien nommé Moonrise Kingdom.
Un pur film familial, un conte enfantin où les adultes sont à l'ouest et les enfants, d'une rare maturité. Imaginez un jeune Max Fisher en couple avec la jeune Margot Tenenbaum, de jeunes adultes pas finis à l'instar de ceux de Darjeeling Limited, des plus vieux à l'image des personnages qu'à interprété Bill Muray dans chacun des films d'Anderson. Ajoutez la soif d'aventure de Life Aquatic, les rebondissements de Mr. Fox, de la musique et des looks ringardo-chic comme... tout le temps. Et surtout, mettez de l'amour, du vrai, inédit sous cette forme chez le réalisateur et vous obtenez Moonrise Kingdom.

Que les détracteurs du réalisateur-qui-fétichise-complaisamment-le-rétro se rassurent donc il n'y a aucune raison pour que vous adhériez à son dernier métrage.
Il se pourrait même, d'ailleurs, que vous le trouviez encore plus insupportable (quoique l'émotion ici, est plus aisément palpable, moins factice diront les mauvaises langues).
Et en toute franchise, je m'en tape complètement.
Si j'admets volontiers la maladresse de son 1er film, Bottle Rocket (sympathique mais oubliable), le reste de sa filmographie, Moonrise Kingdom inclus donc, sont des chefs-d’œuvre. Du genre minimalistes et intimistes certes, mais des chefs-d’œuvre quand même. 6 au total si on considère Hôtel Chevalier comme le préambule de Darjeeling Limited.
Je ne suis pas objectif ?
C'est vrai, et alors ? Va-t-on me brûler sur l'autel de la critique cinématographique, en tant que vil et subjectif supporter andersonophile amateur ? Et bien soit... S'il ne doit en rester qu'un, je serais celui-là et je me damnerais encore et encore pour que Wes Anderson m'offre un ralenti sur un fond de musique pop, instants toujours jubilatoires et/ou terriblement émouvants.

Je ne vous cache pas toutefois que depuis le formidable Rushmore, chaque sortie d'un nouveau Anderson crée chez moi ce mélange tout particulier d'attente fébrile et de crainte du ratage. 
Coup de bol, c'est pas encore arrivé !
 

vendredi 23 mars 2012

Extrêmement fort et incroyablement près

La petit Oskar Schell a perdu son papounet dans les tours le 11 septembre. Il lui manque terriblement et en particulier les jeux de pistes qu'ils faisaient ensemble. Lorsqu'un an plus tard, il trouve un clef anonyme cachée dans un vase à l'intérieur de la penderie de son père, il va se donner entièrement à la recherche de sa serrure...




Extrêmement fort et incroyablement près, c'est d'abord l'un des plus beaux romans contemporains américains qui soit. Écrit par le jeune et talentueux Jonathan Safran Foer, l'intrigue était vue par les yeux de l'enfant, avec beaucoup d'humour et bien sûr de l'émotion. Jubilatoire, le roman savait parfaitement éviter tout pathos malgré un sujet difficile.
Pour son adaptation, le metteur en scène prend un peu le contre-pied du roman et réalise une sorte de film ultime sur le 11 septembre, très communautaire et souvent tire-larmes. Il n'en est pas pour autant mauvais, loin de là, mais le fait de changer de point de vue - ici on regarde un enfant, contrairement au livre où l'on était l'enfant - change totalement le ressenti et en fait quelque chose d'assez conventionnel et attendu.
Voilà donc un joli mélo, très bien interprété et tout à fait recommandable, reste que l'on est à des années lumière de la qualité et de la force du roman.
Bref, pour 8€, allez plutôt vous acheter le bouquin en poche, plutôt que d'aller au cinéma.

mercredi 14 mars 2012

La fée

Dom est gardien de nuit dans un hôtel miteux.
Un soir, Fiona, une fée, débarque et l'empêche de s'étouffer avec un sandwich.
Elle lui offre trois voeux.
Il veut : 
1.un scooter
2.de l'essence gratuite à vie
3.il sait pas
Elle s’exécute.
Ils tombent amoureux.

Le monde d'Abel et Gordon est un monde à part, souvent taiseux, à mi-chemin entre le burlesque, le non-sens anglais et l'humour belge. Responsables de 3 longs métrages, le couple s'est fait une jolie petite notoriété avec ce cinéma totalement décalé et pas si accessible - bien que grand public. On ne peut donc que se féliciter qu'ils arrivent toujours à financer leurs films.
Comme quoi, c'est possible, c'est rassurant.
La Fée est donc dans le total prolongement du précédent - et excellent - Rumba. On y retrouve le goût pour la danse du duo avec quelques chorégraphies hilarantes et cette poésie qui leur est si particulière. S'ajoute à cela une petite teinte de fantastique se mariant parfaitement à l'ambiance globale du métrage.
Petite perle. Vrai plaisir.
On a déjà hâte de les retrouver.


Polisse

Le difficile quotidien de la Brigade des Mineurs, ses enquêtes et les différentes retombées personnelles d'un rude métier.








Si l'on s'en tient à l'aspect "reportage" du film, il faut admettre que ça frappe bien et fort. Les témoignages des victimes sont effarants d'horreur - limite supportables parfois - et l'idée de ne pas suivre les enquêtes est aussi frustrant et que bien vu. Reste que, évidemment, un vrai documentaire aurait nettement suffit (même s'il aurait été de fait, beaucoup moins vu).

Le reste en revanche est nettement moins convainquant, la faute à une direction d'acteurs totalement absente. Résultat : ça sonne très faux et cela, très régulièrement. Seule Karin Viard s'en sort vraiment bien - mais c'est Karin Viard, donc on est pas surpris. Joey Starr aussi, malgré un rôle caricatural et bien pensant.
Quant à Maïwenn, ben elle ne sert effectivement à rien d'autre qu'à rouler des paluches à Joey - chapeau remarquez (non c'est méchant)...
Bref, l'aspect fictionnel est donc pas terrible. Reste qu'il permet aux spectateurs de supporter la dureté des témoignages donc bon...

lundi 27 février 2012

Confucius

La vie de Confucius, son implication dans la vie politique, ses succès puis son bannissement et ses errements.







On aime Chow Yun Fat et on l'aimera toujours.
Même quand il fait des films passable, on est toujours tolérant.
Ici, on tente de nous faire le coup du génial 3 Royaumes avec, qui plus est, un personnage aussi charismatique que culte.
Seulement... Si la 1ère partie convainc, il faut bien avouer que très vite, ils n'ont plus grand chose à nous raconter sur le bonhomme à part qu'il est évidemment, immensément respectable.
Heureusement, l'interprétation suit, les décors sont de toute beauté et la réalisation classieuse. Mais ce n'est pas assez malheureusement, et on peine franchement à s'intéresser à cette histoire globalement vide.


dimanche 19 février 2012

Midnight in Paris

Gil Pender, scénariste à succès s'essaie au dur travail d'écrivain. En vacances à Paris avec sa fiancée, il tombe amoureux de la ville et le soir, à minuit, rencontre les stars des années 20, son âge d'or à lui.





Comme chaque année, avec une pointe d'appréhension, on se retrouve et souvent on se délecte devant un Woody Allen des familles.
Midnight in Paris a été un peu critiqué ; entre la présence éclair de Carla Bruni, la vision idéalisée d'un Paris d'antan et des personnages célèbres un peu caricaturés, les critiques s'en sont données à coeur joie.
Pourtant, devant le trop conventionnel Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, ce Midnight in Paris nous ramène avec plaisir à la grande époque de la Rose Pourpre du Caire.
Sans doute pas aussi magique pour le spectateur, cette dernière fournée s'avère toutefois fort sympathique et saura contenter les nostalgiques dont je fais partie, pour lesquels le film est clairement destiné. Époques rêvées, lieux idéalisés, rencontres avec de mythiques artistes. Bref, un rêve pour les diffuseurs de culture que nous sommes qui entre deux pages ont partagé un scone avec Virginia Woolf, goûté aux lèvres de Kim Novak, été George Harrison sur la scène du Shea Stadium.


lundi 13 février 2012

The Descendants

Matt King assiste impuissant à la mort de sa femme, dans le coma depuis un accident de bateau. En plus de ce drame qu'il vit difficilement, il doit gérer ses deux filles perturbées et la vente de ses terres. Cerise sur le gâteau, alors qu'il s'apprête à débrancher son épouse, il apprend de sa fille aînée que sa femme le trompait et songeait à divorcer...




Chronique familiale aux premiers abords classique, ce Descendants réussi avec talent à se dégager des clichés habituels en développant les différents aspects de la vie de son héros. Si l'attendue figure paternelle dépassée et perdue - Clooney à contre emploi nous offre de beaux moments de yeux exorbités - amène souvent la légèreté nécessaire à faire passer la pilule dramatique de l'ensemble, c'est plus dans sa gestion du deuil et en particulier de la tromperie qu'il dépasse les autres films de ce genre. Ainsi, les moments où Matt King doit parler à son beau-père ou ses amis sonnent très juste, et la façon donc le contact se fera avec l'amant de sa femme est très bien vu. Le plus original revient toutefois à cette histoire d'héritage et de descendance qui, si elle est tout juste évoquée en introduction du film, devient au fur et à mesure plus importante et permettra au veuf un peu faible de reprendre les rênes de sa vie, justifiant de fait, le titre de l'oeuvre.

A l'image de son précédent film, Sideways, Alexandre Payne nous offre un très beau métrage qui tape dans le mille et sait habilement alterner les moments graves et ceux plus légers. Comme dans la vraie vie quoi ! 


Dikkenek

Selon la définition donnée en introduction du film, "Dikkenek" serait l'expression bruxelloise désignant un "gros cou" (traduction littérale du néerlandais), un vantard, une "grand gueule", un ou une "monsieur ou madame je-sais-tout"






Aïe...
Pour ceux qui se demandait si tout ce qu'offrait le cinéma belge était bon, voilà sans doute le triste preuve que non. Si l'on passe les quelques bons moments que Dikkenek nous offre (si si, il y en a) et cette espèce de cruauté attachante propre au cinéma belge, on sent trop le désir du réalisateur de vouloir faire une oeuvre culte en oubliant qu'il ne suffit pas de filmer une bande de losers plus ou moins désagréables pour que ce soit le cas - la palme de la faute de goût revient sans doute au fait de proposer un personnage pastiche du mythique Begbie de Trainspotting (qui lui pour le coup, mérite amplement son statut de culte), quoique l'accent poussé au maximum de François Damiens est pas mal non plus dans le genre.

Bref, pas de quoi être satisfait de cet assemblage de scénettes qui foirent 2 fois sur 3 et dans lesquels des acteurs de talents se sont perdus. Certes, ils ont l'air contents d'être là... Tant mieux pour eux. Nous, devant l'écran, on l'est beaucoup moins.
Bien sûr, ça se regarde - qu'est-ce qui ne se regarde pas d'ailleurs ? - mais la déception est de taille !



samedi 11 février 2012

The Big Year

Tous les ans, c'est l'occasion pour des ornithologues amateurs de consacrer 12 mois à l'observation des oiseaux en espérant devenir celui qui en a le plus vu. Le record de 734 oiseaux observés est tenu par Kenny Bostick qui, s'il veut conserver son titre doit faire face à deux concurrents très motivés...





Jack Black
rasé, Steve Martin botoxé et Owen Wilson avec sa bouche en cul de poule, voilà un casting qui promettait du lourd en matière d'humour. Que le méfiant se rassure, en l'occurrence, on est plus ici dans la comédie légère, cherchant principalement à faire sourire. Et ma foi, elle y arrive pour qui n'est pas trop exigeant.
A la lecture du pitch, on peut toutefois sévèrement se demander jusqu'où ira-t-on ? Ben oui, franchement, un sujet pareil, ça intéresse qui - en dehors des ornithologues j'entends ?
Bref, même pas peur, voilà t'y pas que pendant plus d'1 heure 1/2, on entendra parler des chouettes lapones, d'oies sauvages ou encore de colibri unijambiste des Andes (non celui-là, j'l'ai inventé) et... Ben ça passe.

En réalité, comme on peut s'y attendre avec ce type de comédie "tendre", on va surtout suivre 3 destins, 3 façons d'appréhender la vie ; du passionné qui sacrifiera tout pour les oiseaux, à celui qui doit assumer sa situation de retraité (et d'inactivité) en passant par le mal-aimé qui rencontrera enfin une amoureuse respectant sa passion.
Rien de neuf sous le soleil donc. Reste donc un p'tit moment pas désagréable à passer devant cette course folle dans la nature à courir après... ben le sens de sa propre vie quoi !
C'est vachement profond en fait !

mercredi 8 février 2012

Black Swan

Nina, ballerine de 28 ans, partage son temps entre ses répétitions et une mère castratrice dans un souci constant de perfection. Alors que le "Lac des Cygnes" va être réinterprété par sa compagnie, Nina donne tout ce qu'elle peut pour hériter du rôle titre. Cependant, celle-ci devra jouer à la fois la cygne blanc et le cygne noir et pour cela, il faudra qu'elle réussisse à affronter sa part sombre - et Lily, une jeune danseuse fougueuse...

Afin de dissiper les doutes qui vous assaillent et pour vous éviter de lire le reste de cette chronique s'il n'y a qu'une chose qui vous intéresse : est-ce que ça vaut vraiment le coup ce film ? Oui, ça vaut vraiment le coup.


Ça, c'est fait.
Bon, visuellement, c'est superbe - on aura rarement aussi bien filmé des scènes de danse - et souvent virtuose. Thématiquement, c'est riche et bien traité, Aronofsky n'hésitant pas à faire le tour de la question en développant son intrigue sur plusieurs niveaux à travers un travail centré sur la dualité (personnages, sentiments, maturité...). Le tout, accompagné d'une B.O et d'une chorégraphie de circonstance, étant qui plus est brillamment interprété (la distribution est parfaite et bourré des sous-entendu entre les rôles et les acteurs) difficile de faire la fine bouche.
Bref, un très très bon film... dur et classique. La classe américaine...

Reste que, je ne sais pas si c'est un reproche, un bémol ou je ne sais quoi, vu la réussite objective de l'ensemble, je trouve que le film manque quand même d'un petit quelque chose, le truc en plus qui installerait définitivement le métrage dans l'histoire, la claque qu'on attend et qui ne vient pas - ou brièvement. De l'audace peut-être ; sa linéarité et sa prévisibilité totale (pour n'importe quel adulte normalement équipé cérébralement) l'empêche d'atteindre le chef d'œuvre qu'il avait tout pour être.
Un plus grand développement de l'aspect fantastico-horrifique aurait peut-être suffit, ou alors moins d'évidence scénaristique... Honnêtement je ne sais pas, car globalement ça reste subtil et le mélange des genres est bien dosé.
Toujours est-il qu'on frôle tellement la perfection qu'il est frustrant de ne pas l'avoir atteint.



Cinéma indé pour néophytes

Évidemment, je ne parle pas du cinéma indé dans son ensemble mais bien d'un type de cinéma indé.
Je ne vais pas faire de liste (en gros la filmo de Wes Anderson, ou de Noah Baumbach, des films comme Juno, Little Miss Sunshine...), mais vous voyez en gros où j'veux en venir ; du feel-good movie avec une bonne dose de spleen automnal.
Bref, comme j'adore ces films, je vais vous mettre la recette juste en dessous pour que vous nous en fassiez plein et qu'on puisse avoir la banane le soir devant la télé - pis c'est pas parce qu'on est fan qu'on a pas du recul sur les choses.
Allez, c'est parti !
 
CASTING :
Évitez Michael Cera. D'abord parce qu'il est débordé, qu'il n'y a plus l'effet de surprise et qu'ensuite, un peu d'originalité ne fait pas de mal (en plus, maintenant, il doit avoir de la barbe et se raser aussi brutalement pour avoir l'air d'avoir 18 ans n'est pas bon pour sa peau). Idem pour Ellen Page qui de toute façon a eu la bonne idée de passer à autre chose après Bliss.
Prenez donc quelqu'un de banal ; faut pas qu'il soit moche mais faut pas qu'il soit beau. Pour les garçons, privilégiez tout ce qui ne rentre pas dans le modèle du beau gosse ; pas de muscle donc (un gros ou un maigre), pas de rasage de 3 jours ou alors faut qu'il y ait beaucoup de trous entre les poils et pas de coupe de cheveux tendance (on préférera quand y a du cheveux et qu'il est gras ou alors faut qu'il souffre d'une légère calvitie).
Pour les filles, pas de bimbo of course ; choisissez intelligemment une fille qui ne connaît pas le maquillage, et si elle a des formes sympathiques, arrangez-vous pour qu'elle ait aussi des kilos en trop (et des culottes en coton). Faut qu'elle soit objectivement jolie, mais passe-partout - pas la fille à fantasmes mais celle qu'on aimerait bien avoir comme petite-copine - et elle peut évidemment avoir des lunettes mais alors des lunettes originales (rondes et fines ou rectangulaires et épaisses).
Elle et lui sont des gens cools mais ordinaires. Bourrés de défauts, de complexes, de névroses (dépression, appareil dentaire...). L'un est gentil, l'autre provoc (ou l'inverse, le sexe est interchangeable, ça fonctionne toujours). Ils n'ont pas beaucoup d'amis - pas plus de 2, on n'a jamais vu un bon film indé avec une bande de 15 potes - et sont généralement rejetés et/ou pas du tout populaires - mais volontairement !
Sachez que tout le film va tenir sur leurs frêles épaules alors ne vous plantez pas.
Important : les 1ers rôles doivent être tenus par des inconnus ou alors des habitués du genre.

Pour les seconds rôles, on peut (on doit ?) avoir des guest stars. Par exemple, si vous avez la chance de chopper Brad Pitt entre deux adoptions, laissez-le tel quel et il fera une excellente menace pour le héros qui aura peur qu'il lui pique sa copine (il sera soit le dragueur mature, soit un ex dont le héros fantasmera les performances). Par contre, attifez-le d'une moustache gauloise, de quelques dreadlocks par exemple (mais vous pouvez le tondre aussi), habillez-le en treillis explosé et vous en ferez un parfait ami zarbi dealer de drogues. D'ailleurs, si les 1ers rôles peuvent être drôles dans leur attitude et leurs problèmes, c'est bien sûr les seconds rôles qui sont là pour faire les blagues potaches. Donc n'hésitez pas sur le guest employé à contre emploi ou alors l'acteur de série Z bizarrement  crédible du genre Bernard Menez dans le rôle d'un puceau marginalisé.
Important : il y a beaucoup d'amour dans les relations des personnages mais ils ne savent jamais l'exprimer ou alors très mal.


Le père de Juno est un habitué des rôles de méchants et/ou de militaires (ce qui revient au même) et pourtant qui n'aimerait pas l'avoir comme papounet ?



Steve Carrell, l'habituel bouffon, devient un touchant tonton homosexuel dépressif (et barbu comme tout bon dépressif qui se respecte) dans Little Miss Sunshine


LOOK :
Le look est objectivement très important. Les vêtements à la mode sont prohibés car les personnages sont pauvres comme nous et ne peuvent donc pas non plus s'acheter des fringues bien taillées (voir le chapitre sur les carrures hors-modèle publicitaire des personnages) ; les héros doivent donc être soit totalement ringards (mélange improbable de couleur type marron/vert en jacquard), soit dépareillé à la mode pseudo-grunge avec t-shirt de groupe vintage obligatoire! Plus le groupe est obscure - hors aficionados - plus le film sera un succès. L'idéal c'est le mouvement pré-punk new yorkais, donc prenez un t-shirt Ramones ou un Patti Smith (mais pas la pochette d'Horses bien sûr, ce serait trop facile).

L'HISTOIRE :
Faut que ce soit simple ; on restera globalement dans le genre chronique familiale / comédie romantique (on peut mélanger les deux). Il n'y a jamais de truc extraordinaire car tout le monde doit s'y retrouver, donc généralement y a pas vraiment d'histoire (au pire, un quiproquo ou un mini défi du genre "où est-ce qu'on va manger ce soir ?"). Vous inquiétez pas, tout le monde s'en fout. L'important, c'est le relationnel ; soit un couple qui doit se faire (ou se défaire, ça marche aussi), une relation fraternel à reconstruire... Comme de toute façon, les personnages sont névrosés et/ou touchants, ils feront le reste.
Donc n'en rajoutez surtout pas et ne sortez pas du réalisme pur et dur (un film comme Be Bad et sa double personnalité ou l'An 1 et son visuel préhistorique, pourtant avec Michael Cera, en voulant faire original se sont globalement plantés). Jouez la carte de l'honnêteté, de la crédibilité et vous serez récompensé.


Ringard, juste comme il faut (La Famille Tenenbaum)







Le t-shirt Smashing Pumpkins déjà vintage (Scott Pilgrim vs The World)





LA B.O :
Alors là, on touche un point extrêmement important dans le film indé américain. Surtout ne prenez pas ce chapitre à la légère, c'est aussi primordiale que les personnages !
Rangez le hard et apparenté, le classique, la musique du monde et le jazz.
En priorité, prenez des balades folk soit profondes soit de type comptines (Elliott Smith est un passage obligé mais prenez aussi des trucs genre She & Him, Devendra Banhart et pourquoi pas un Simon & Garfunkel), quelques jolies chansons pop classieuses pas trop connus mais quand même (un truc des Kinks fera toujours l'affaire mais on peut aussi taper sur du Beatles en solo - pas "Imagine" bien sûr qui serait une faute de goût montrant votre manque de culture musicale, j'vous vois venir bande de flemmards - ou plus récent, genre Belle & Sebastian ou Divine Comedy) et un peu de rock garage pour les moments plus rythmés (Des Ramones aux Breeders, en passant par Cat Power ou des groupes à la mode qui jouent la carte 70's/80's, genre Franz Ferdinand, Dead 60's, MGMT et consorts). Saupoudrez le tout avec 1 titre un peu ringard ou  carrément décalé (du country, du rétro 50's du genre "Mr Sandman" ou le must du hype étant un Gainsbourg) et le tour est joué.
Prenez-le temps d'établir une playlist pertinente et vous aurez la moitié du boulot de fait !

BONUS :
L'ambiance, déjà construite grâce à la B.O, se doit de jongler entre la comédie et le drame, mais l'aspect comédie ne doit jamais devenir de la bouffonnerie - le sourire est préféré à la franche rigolade - et l'aspect drame jamais trop dramatique. C'est un savant mélange assez difficile mais qui, s'il est réussit, garantit la succès du film. L'astuce, pour ceux qui ne se sentent pas d'y arriver, c'est de rendre drôle les instants dramatiques (c'est plus facile et ça fonctionne généralement bien). Comme j'suis généreux, j'vous offre un idée pour l'instant jamais utilisée : la dépression du héros lui a crée un toc qui fait qu'il est obliger de s'allonger par terre dès qu'il a une émotion, du coup il y aura plein de moments d'intimité dans la rue où sa copine lui parlera debout et lui allongé sur le trottoir... Cherchez un peu, y en a plein. Évitez toutefois l'aspect pipi /caca, genre le gars vomit dès que sa belle arrive, car on avoisinerait la comédie grivoise américaine et ce n'est pas le but. De même, sachez rester humble, n'allez pas inventer un truc aberrant.
En règle générale, vous comprendrez qu'il faut jouer la carte de la subtilité dans les émotions.

 Drame : La mère d'Andrew est morte 
Comédie : mais il gagne une chemise en papier-peint


Les dialogues sont importants et se doivent d'être truculents, cependant, si vous n'avez pas l'âme dialoguiste, faites-les dire le moins de choses possibles. Des personnages mutiques, ça passe bien aussi ; une petite mou rajoute au spleen ambiant et c'est un plus pour le film (dans Little Miss Sunshine l'un des perso principal ne parle carrément pas pendant les 3/4 du film). Ne tentez toutefois pas un film entièrement muet, c'est généralement rédhibitoire (actuellement, tout le monde parle de The Artist, mais qui l'a vu ?).

Pour le  reste, je vous laisse libre d'improviser à loisirs car vous avez normalement tous les éléments pour réussir une bonne comédie dramatique indé à l'américaine.


Pendant lecture de cette article, il est fortement conseillé d'écouter sa playlist à Elle ici

mardi 7 février 2012

La solitude des nombres premiers

Mattia et Alice, deux handicapés de la vie qui ont chacun vécu une enfance difficile se perdent et se retrouvent à différentes périodes de leur vie, traînant toujours derrière eux les mêmes casseroles sans jamais réussir à s'en débarrasser...





Amer était un pur hommage au giallo mais ressemblait à un exercice de style, certes jouissif mais un peu vain. La Solitude des nombres premiers a subit un peu les mêmes critiques. A tort à mon sens.
En l'occurrence, ce film qui emprunte un peu au giallo (esthétique et musique), il s'en sert avant tout comme d'un outil. Ça ne prend jamais le pas sur l'intrigue et surtout, ça n'est pas gratuit ; j'insiste sur ce point car ce drame qui joue énormément sur les non-dits et les relations reste le même, avec ou sans ses artifices transalpino-horrifiques. Pourtant, ceux-ci ajoutent une dimension supplémentaire évidente en amplifiant le malaise d'une histoire déjà glauque et cela à bon escient.
Ça n'en fait donc pas pour autant un thriller, mais en empruntant les codes, Costanzo crée un suspens et une tension bien vus - on notera d'ailleurs à ce niveau là, l'excellent climax qui présente en alternance l'accident d'Alice et l'abandon de Mattia. D'une certaine manière et ironiquement, ces "effets" ne rendent les événements que plus réalistes dans le sens où ils sont vécus comme cela par les personnages.
L'erreur, toutefois pour le public non averti, c'est d'être partagé entre des sentiments contradictoires ; le spectateur adepte du thriller sera bien frustré par le manque d'explication et finalement d'enjeu (ben ouais, c'est la réalité quoi !) quand celui du drame sera peut-être gêné par la manière dont le cinéaste présente son histoire.
Pour autant, en ce qui me concerne, le pari est largement gagné car j'y ai trouvé tout ce que j'aime et surtout, j'ai été profondément ému par ces deux personnages brillamment interprétés. Ici, et de façon inattendu, le fond et la forme se complète parfaitement réussissant la gageure de dépasser l'excellent ouvrage de Paolo Giordano dont le film est tiré. J'ai d'ailleurs pensé brièvement à Morse qui empruntait le fantastique de façon originale pour ne raconter en réalité qu'une "simple" histoire d'amour sans borne.
Très beau film !

jeudi 26 janvier 2012

Breaking Point

Bellings, modeste gratte papier passionné par les trains miniatures, est méprisé par ses collègues féminines. Un jour, aux informations, un psy indique que 89% des femmes souhaitent se faire violer et qu'elles doivent se laisser faire, puis, peu de temps après, un décret autorise les citoyens à se munir d'une arme et à en faire usage. La vie de Bellings va changer... 



Ovni cinématographique signé par le suédois Bo Arne Vibenius, Breaking Point est son 3e et dernier film, digne successeur de Thriller : a cruel picture, réalisé l'année précédente. A la croisée du drame, du vigilante, de la critique sociale, de l'expérimental et du porno, Breaking Point est un film clairement provocant, jusqu'au-boutiste et à la morale si obscure qu'elle pourrait paraître douteuse.
Bref, c'est pas pour tout le monde, vous voilà avertis ! En même temps, vous me direz avec raison que c'est pas le genre de métrage sur lequel on tombe par hasard, d'autant plus qu'il est aujourd'hui introuvable en dehors du cercle restreint des chanceux possédant la VHS française et de ceux qui, comme moi, l'ont récupéré sous le manteau en anglais sous-titré suédois – véridique !


mercredi 9 mars 2011

La forêt oubliée

Dans un petit village japonais isolé, 3 jeunes filles décident d'inventer une histoire loin de leur préoccupations quotidiennes. Pourtant, petit à petit, fantasme et réalité s'entrecroisent dans la vie des habitants.






Nominé à Cannes à sa sortie, ce petit film nippon chargé d'imaginaire en est reparti bredouille.
Profondément contemplatif, cette curiosité filmique est très ancré dans la tradition japonaise, les frontières entre fantastique et chronique sociale étant souvent invisibles sans que cela ne semble poser problème. De même, un humour subtil et décalé est très présent, ajoutant toujours un peu plus de poésie à l'ensemble.
C'est aussi un film qui porte un regard tendre et mature sur les générations, confrontant les rêves des jeunes qui se comportent en adulte à la réalité de vieux pourtant nostalgiques, tous réunis cependant dans un respect des traditions et un émerveillement toujours neuf vers ce qu'offre le monde dans un final superbe.
Un joli film à découvrir.

jeudi 2 décembre 2010

La rose de fer

Après s'être rencontrés à un mariage, deux jeunes amoureux se donnent rendez-vous pour un pic-nic. Malgré la réticence de la demoiselle, ils décident de manger dans un grand cimetière, puis d'y faire l'amour dans un caveau. Quand ils sortent, il fait nuit...






Jean Rollin, qu'il ne faut pas confondre avec le professeur (ou Jean Moulin), est le grand nom du Z français horrifique spécialisé dans les histoires vampiriques. Ses lettres de "noblesse" ne sont cependant pas dû à ce métrage, qui s'avère plutôt être un film poético-fantastique sans aucun vampire - enfin, y a bien un type chelou avec la cape de David Copperfield l'espace d'un plan, mais son impact est nettement moindre que le clown en deuil.
Pourvu d'un casting minimaliste tout à fait correct et d'un décor adéquat et pas cher, Rollin arrive donc à cacher son minuscule budget grâce à une histoire qui privilégie totalement l'ambiance ; longs plans statiques sur diverses tombes, visages très expressionnistes...
Si l'onirisme du film s'inscrit plutôt bien avec l'époque de sa réalisation, on constate quand même que globalement, il n'est pas sorti au bon moment ; dix ans plus tôt, il aurait pu bénéficier, grâce à son ton très libre et son désenchantement poétique d'une meilleure visibilité, s'accrochant plus ou moins à la Nouvelle Vague.
Mais en 73, Rollin est terriblement seul et son film aussi. D'une rare lenteur, il ne se passe pour ainsi dire rien pendant 1h20. On assiste "seulement" à l'évolution d'une relation amoureuse face à la mort qui l'entoure et ce qu'elle implique chez les deux protagonistes.
C'est donc assez réussi (la photographie ainsi que la bande son sont très bonnes) et si l'on est pas allergique à l'absence totale de rythme, on peut sans problème se laisser aller à cette promenade nocturne gothique presque muette (datée mais charmante).

mardi 2 novembre 2010

Taxidermie

Trois histoires, trois âges, trois hommes. Le grand-père, le père et le fils. L'un est officier, l'autre un sportif de premier plan et le dernier un maître dans l'art de la taxidermie. L'un court après le sexe, l'autre après le succès et le troisième après l'immortalité.






Film provocateur et dérangeant sur la chair, Taxidermie est aussi une parabole corrosive de la famille et d'un siècle. Trois générations en quête de reconnaissance, chacune avec ses repères et ses possibles qui se répondent indubitablement. Alors que le 1er est rejeté, humilié, c'est un être fidèle et travailleur, sous le joug d'une autorité qu'il accepte et reflète bien à sa manière une mentalité des années 30. Le second est typique des années 50, indépendant, volontaire et surtout confiant d'un avenir brillant qu'il aura mérité par la force du poignée (ou du gosier en ce qui le concerne). Le dernier, symbolise la révolte, depuis son physique aux antipodes de celui de son géniteur, jusqu'à son métier consistant au fond, à créer un souvenir d'une époque passée, révolue. Il la rejette donc sans toutefois comprendre les codes de la sienne et se retrouve, d'une certaine manière dans la position de frustration de son grand-père. il arrivera cependant, de façon bien ironique à devenir un artiste du futur dans son traitement radical des chairs passées.
Extrêmement noir, visuellement magnifique tout en étant assez démonstratif et choquant - particulièrement dans ses deux derniers segments - parfois drôle, Taxidermie est assez représentatif d'un certain cinéma de l'est profondément marqué par son histoire ; regard ironique et pourtant tendre de ses contemporains et ton volontairement dérangeant.
C'est fort, c'est hongrois.

vendredi 22 octobre 2010

Requiem pour un massacre

Pendant la 2e Guerre Mondiale, Fliora, un adolescent biélorusse, s'engage dans la résistance. Demeurant au campement, car trop jeune pour partir au front avec les autres, il va rencontrer la jolie Glasha. Suite à un bombardement, ils partent ensemble rejoindre la maison du garçon pour se réfugier, mais le village est désert et pue la mort...





Il y a plusieurs façon de réaliser un film de guerre et selon l'angle choisi le film se révélera fort différent. Ici, Elem Klimov en relatant une sombre page de l'histoire soviétique (plus de 600 villages biélorusses "rasés" par les nazis), va choisir de filmer la guerre depuis le regard d'un enfant. L'idée n'est pas nouvelle et a été utilisée de nombreuses fois souvent en utilisant l'enfant à des fins émotionnelles évidentes, seulement d'affrontement il n'y aura point et de happy end familial encore moins.
Fliora traverse le conflit comme un soldat mais ne le vit que comme victime en subissant les conséquences que la guerre implique. Le front, il ne le verra pas pendant ces 2 heures 20 mais va connaître l'envers du décors ; le monde des travailleurs, des femmes et des enfants, qui s'accrochent à une vie que l'oppresseur est en train de détruire, qui se rassemblent impuissants et qui crèvent (pas que de faim). La misère, la mort. Fliora qui voit la guerre comme un jeu d'enfant, est paradoxalement à la recherche d'une reconnaissance en tant qu'homme, mais il n'aura celle-ci que lorsqu'il sera détruit de l'intérieur, que les horreurs vécues l'auront transformé en une sorte de mort-vivant ; son regard qui dégageait l'innocence et la naïveté ne reflétera plus que la folie. Ironiquement, alors qu'il partait la fleur au fusil, prêt à en découdre, ce n'est qu'en devenant homme qu'il sera un vrai soldat et ce n'est qu'en devenant un fou, qu'il deviendra un homme.
C'est donc autant un témoignage de guerre, qu'un récit initiatique. Seulement, il n'y aura point de moral et la garçon ne gagnera rien à avoir vécu son rite de passage éprouvant. Ses épreuves, de la peur au deuil, de la folie à la cruauté, ne feront de lui qu'un pion supplémentaire, qu'une tombe anonyme de plus dans un cimetière militaire. Extrêmement cruel, le film va suivre ce témoin de l'horreur autant graphiquement que scénaristiquement ; ses débuts en tant qu'individu spécifique - unique - au visage poupin, coupe au bol, regard vif, pommettes roses et sourire naïf, jusqu'à sa fin en tant qu'ombre parmi d'autres, au visage zombiesque. Le voyage au bout de l'Enfer de Fliora sera d'ailleurs mis en scène de la même manière ; filmé à sa hauteur pendant toute la 1ère partie du film, avant qu'il ne retourne dans son village et qu'il sombre, puis dans une sorte de zoom arrière, Klimov filmera la dernière partie de plus haut, incluant le héros dans la population, non identifiable ou presque. Le traitement est donc presque "anti-communiste" car la communauté, d'un bord ou d'un autre, n'aura qu'un avenir funeste, jamais reluisant.
La performance du jeune acteur est éblouissante, d'autant plus quand on devine comme le tournage a dû (et a été) difficile psychologiquement et physiquement. Le film s'intègre totalement dans le cinéma soviétique ; photographie exceptionnelle, plans longs (on pense particulièrement à l'esthétique de Tarkovski même si l'horreur prend ici la place de la poésie). De même, bien que l'engagement n'est pas ici politique mais idéologique, il rentre aussi dans le cinéma hérité d'Eisenstein. Bref, Requiem pour un Massacre (Va et Regarde en VO) fait parti de l'histoire de la Russie mais marque le récit de guerre d'une manière inédite.
Jamais, alors que le film est d'une rare pudeur graphique, le conflit n'aura été aussi difficile à supporter émotionnellement et on se souviendra sans doute à jamais du parcours de Fliora et Glasha dans les marécages, scène pivot d'un film pas avare en climax.
Un chef-d'œuvre qui parait évident dès les premières minutes jusqu'au final dont les images d'archives montées à l'envers révéleront toute la subtilité du message.