Évidemment, je ne parle pas du cinéma indé dans son ensemble mais bien d'un type de cinéma indé.
Bref, comme j'adore ces films, je vais vous mettre la recette juste en dessous pour que vous nous en fassiez plein et qu'on puisse avoir la banane le soir devant la télé - pis c'est pas parce qu'on est fan qu'on a pas du recul sur les choses.
Allez, c'est parti !
CASTING :
Évitez Michael Cera. D'abord parce qu'il est débordé, qu'il n'y a plus l'effet de surprise et qu'ensuite, un peu d'originalité ne fait pas de mal (en plus, maintenant, il doit avoir de la barbe et se raser aussi brutalement pour avoir l'air d'avoir 18 ans n'est pas bon pour sa peau). Idem pour Ellen Page qui de toute façon a eu la bonne idée de passer à autre chose après Bliss. Prenez donc quelqu'un de banal ; faut pas qu'il soit moche mais faut pas qu'il soit beau. Pour les garçons, privilégiez tout ce qui ne rentre pas dans le modèle du beau gosse ; pas de muscle donc (un gros ou un maigre), pas de rasage de 3 jours ou alors faut qu'il y ait beaucoup de trous entre les poils et pas de coupe de cheveux tendance (on préférera quand y a du cheveux et qu'il est gras ou alors faut qu'il souffre d'une légère calvitie).
Pour les filles, pas de bimbo of course ; choisissez intelligemment une fille qui ne connaît pas le maquillage, et si elle a des formes sympathiques, arrangez-vous pour qu'elle ait aussi des kilos en trop (et des culottes en coton). Faut qu'elle soit objectivement jolie, mais passe-partout - pas la fille à fantasmes mais celle qu'on aimerait bien avoir comme petite-copine - et elle peut évidemment avoir des lunettes mais alors des lunettes originales (rondes et fines ou rectangulaires et épaisses).
Elle et lui sont des gens cools mais ordinaires. Bourrés de défauts, de complexes, de névroses (dépression, appareil dentaire...). L'un est gentil, l'autre provoc (ou l'inverse, le sexe est interchangeable, ça fonctionne toujours). Ils n'ont pas beaucoup d'amis - pas plus de 2, on n'a jamais vu un bon film indé avec une bande de 15 potes - et sont généralement rejetés et/ou pas du tout populaires - mais volontairement !
Sachez que tout le film va tenir sur leurs frêles épaules alors ne vous plantez pas.
Important : les 1ers rôles doivent être tenus par des inconnus ou alors des habitués du genre.
Pour les seconds rôles, on peut (on doit ?) avoir des guest stars. Par exemple, si vous avez la chance de chopper Brad Pitt entre deux adoptions, laissez-le tel quel et il fera une excellente menace pour le héros qui aura peur qu'il lui pique sa copine (il sera soit le dragueur mature, soit un ex dont le héros fantasmera les performances). Par contre, attifez-le d'une moustache gauloise, de quelques dreadlocks par exemple (mais vous pouvez le tondre aussi), habillez-le en treillis explosé et vous en ferez un parfait ami zarbi dealer de drogues. D'ailleurs, si les 1ers rôles peuvent être drôles dans leur attitude et leurs problèmes, c'est bien sûr les seconds rôles qui sont là pour faire les blagues potaches. Donc n'hésitez pas sur le guest employé à contre emploi ou alors l'acteur de série Z bizarrement crédible du genre Bernard Menez dans le rôle d'un puceau marginalisé. Important : il y a beaucoup d'amour dans les relations des personnages mais ils ne savent jamais l'exprimer ou alors très mal.
Le père de Juno est un habitué des rôles de méchants et/ou de militaires (ce qui revient au même) et pourtant qui n'aimerait pas l'avoir comme papounet ?
Steve Carrell, l'habituel bouffon, devient un touchant tonton homosexuel dépressif (et barbu comme tout bon dépressif qui se respecte) dans Little Miss Sunshine
LOOK :
Le look est objectivement très important. Les vêtements à la mode sont prohibés car les personnages sont pauvres comme nous et ne peuvent donc pas non plus s'acheter des fringues bien taillées (voir le chapitre sur les carrures hors-modèle publicitaire des personnages) ; les héros doivent donc être soit totalement ringards (mélange improbable de couleur type marron/vert en jacquard), soit dépareillé à la mode pseudo-grunge avec t-shirt de groupe vintage obligatoire! Plus le groupe est obscure - hors aficionados - plus le film sera un succès. L'idéal c'est le mouvement pré-punk new yorkais, donc prenez un t-shirt Ramones ou un Patti Smith (mais pas la pochette d'Horses bien sûr, ce serait trop facile).
L'HISTOIRE :
Faut que ce soit simple ; on restera globalement dans le genre chronique familiale / comédie romantique (on peut mélanger les deux). Il n'y a jamais de truc extraordinaire car tout le monde doit s'y retrouver, donc généralement y a pas vraiment d'histoire (au pire, un quiproquo ou un mini défi du genre "où est-ce qu'on va manger ce soir ?"). Vous inquiétez pas, tout le monde s'en fout. L'important, c'est le relationnel ; soit un couple qui doit se faire (ou se défaire, ça marche aussi), une relation fraternel à reconstruire... Comme de toute façon, les personnages sont névrosés et/ou touchants, ils feront le reste.
Donc n'en rajoutez surtout pas et ne sortez pas du réalisme pur et dur (un film comme Be Bad et sa double personnalité ou l'An 1 et son visuel préhistorique, pourtant avec Michael Cera, en voulant faire original se sont globalement plantés). Jouez la carte de l'honnêteté, de la crédibilité et vous serez récompensé.
LA B.O :
Alors là, on touche un point extrêmement important dans le film indé américain. Surtout ne prenez pas ce chapitre à la légère, c'est aussi primordiale que les personnages !
Rangez le hard et apparenté, le classique, la musique du monde et le jazz.
En priorité, prenez des balades folk soit profondes soit de type comptines (Elliott Smith est un passage obligé mais prenez aussi des trucs genre She & Him, Devendra Banhart et pourquoi pas un Simon & Garfunkel), quelques jolies chansons pop classieuses pas trop connus mais quand même (un truc des Kinks fera toujours l'affaire mais on peut aussi taper sur du Beatles en solo - pas "Imagine" bien sûr qui serait une faute de goût montrant votre manque de culture musicale, j'vous vois venir bande de flemmards - ou plus récent, genre Belle & Sebastian ou Divine Comedy) et un peu de rock garage pour les moments plus rythmés (Des Ramones aux Breeders, en passant par Cat Power ou des groupes à la mode qui jouent la carte 70's/80's, genre Franz Ferdinand, Dead 60's, MGMT et consorts). Saupoudrez le tout avec 1 titre un peu ringard ou carrément décalé (du country, du rétro 50's du genre "Mr Sandman" ou le must du hype étant un Gainsbourg) et le tour est joué. Prenez-le temps d'établir une playlist pertinente et vous aurez la moitié du boulot de fait !
BONUS :
L'ambiance, déjà construite grâce à la B.O, se doit de jongler entre la comédie et le drame, mais l'aspect comédie ne doit jamais devenir de la bouffonnerie - le sourire est préféré à la franche rigolade - et l'aspect drame jamais trop dramatique. C'est un savant mélange assez difficile mais qui, s'il est réussit, garantit la succès du film. L'astuce, pour ceux qui ne se sentent pas d'y arriver, c'est de rendre drôle les instants dramatiques (c'est plus facile et ça fonctionne généralement bien). Comme j'suis généreux, j'vous offre un idée pour l'instant jamais utilisée : la dépression du héros lui a crée un toc qui fait qu'il est obliger de s'allonger par terre dès qu'il a une émotion, du coup il y aura plein de moments d'intimité dans la rue où sa copine lui parlera debout et lui allongé sur le trottoir... Cherchez un peu, y en a plein. Évitez toutefois l'aspect pipi /caca, genre le gars vomit dès que sa belle arrive, car on avoisinerait la comédie grivoise américaine et ce n'est pas le but. De même, sachez rester humble, n'allez pas inventer un truc aberrant.
En règle générale, vous comprendrez qu'il faut jouer la carte de la subtilité dans les émotions.

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Les dialogues sont importants et se doivent d'être truculents, cependant, si vous n'avez pas l'âme dialoguiste, faites-les dire le moins de choses possibles. Des personnages mutiques, ça passe bien aussi ; une petite mou rajoute au spleen ambiant et c'est un plus pour le film (dans Little Miss Sunshine l'un des perso principal ne parle carrément pas pendant les 3/4 du film). Ne tentez toutefois pas un film entièrement muet, c'est généralement rédhibitoire (actuellement, tout le monde parle de The Artist, mais qui l'a vu ?).
Pour le reste, je vous laisse libre d'improviser à loisirs car vous avez normalement tous les éléments pour réussir une bonne comédie dramatique indé à l'américaine.
Pendant lecture de cette article, il est fortement conseillé d'écouter sa playlist à Elle ici