Avant tout, ce petit guide ne vous proposera pas de listes idéales ou autres - pour cela, allez plutôt voir l'excellent site http://www.nanarland.com/ (y a des classements par style ou même un top 20 dans lequel vous pourrez vous amusez à puiser sans vergogne).
D'ailleurs, ce n'est pas un guide mais plutôt une réflexion pour ceux que ça pourrait intéresser. Ceux qui aurait éventuellement envie de s'y mettre sans vraiment savoir ce que c'est.
En fait, j'utilise le terme "guide" car il est plus classe et que mon héros étant George Abitbol, je mets toutes les chances de mon côté.
Bref...
Le site que j'ai proposé plus haut résume perspicacement le nanar comme "un mauvais film sympathique", contrairement donc au navet qui s'avère être juste un mauvais film.
Réussir un nanar est donc une gageure. D'autant plus qu'évidemment personne ne réalise de nanars volontairement - c'est le propre du nanar d'ailleurs - mais des films tout court qui, au mieux, seront de bons films, au pire des navets. Dans de rares cas, ils seront des nanars, leur permettant de se faire une petite réputation auprès des aficionados du genre et donc une vie post-sortie. Une humble vie, certes, mais une vie quand même.
Car ne nous méprenons pas, un navet - sans le sou (les friqués, c'est de la triche) - disparaîtra aussi vite qu'il a été réalisé (en + ou - deux semaines donc), alors qu'un nanar saura être regardé 20 ans plus tard avec un plaisir souvent décuplé.
Le nanar est donc un film souvent fauché (ça aide) qui accumule tellement de défauts - mauvais raccords, acteurs pitoyables, situations ubuesques, décors cheap, clichés à la pelle (liste non exhaustive) - qu'il en est jubilatoire.
Est-ce de la moquerie de la part du spectateur ? Oui, évidemment un peu. M'enfin, il faut aussi voir que sans ce recul, le film en question ne serait jamais regardé, que certaines stars comme Michael Dudikoff, Bruno Matteï ou encore Gordon Mitchell seraient inconnus du grand public et que, avouons-le, la VHS serait démodée. De la moquerie donc mais aussi de la compassion car ces films, la plupart du temps d'une grande ringardise sont éminemment charmants.
Mais comme je le disais, un vrai et bon nanar, ça ne court pas les rues ni les bacs à solde contrairement à la légende - certaines personnes passent même tout leur temps libre à en dénicher jusqu'en Bolivie s'il le faut. Car même quand on croit avoir trouvé la perle rare, il est assez courant que l'on se surprenne à s'être endormi devant ce qu'un faux fan nous avait annoncé être le Graal, et ce, malgré un démarrage hilarant. Bref, bande de naïfs, ne croyez pas que l'achat d'un Chuck Norris, à tort considéré comme le maître du genre même s'il comptabilise sans doute le plus grands nombres de phrases cultes, vous garantira une soirée réussie.
Un bon nanar (essentiellement trouvable dans les genres action/SF/horreur) se doit d'avoir un rythme soutenu au risque sinon de nous ennuyer. Et l'ennui n'a pas sa place dans le nanar, ou plutôt, il a trop souvent sa place, ce qui rend les bons nanars d'autant plus jouissifs et rares. Bref, du rythme. Cela inclus donc des scènes d'action à gogo (et oui, l'action et les effets spéciaux coûtant chers, plus ils sont présents dans une production qui compte un budget ridicule, plus ça promet de l'être aussi) et le moins de temps morts possibles. Bien sûr il y a des exceptions car si les temps morts sont remplis de dialogues affligeants, on est preneur aussi.
On privilégiera aussi une tonalité sérieuse. Il n'y a rien de pire qu'un nanar qui s'essaye au second degré car l'humour volontaire, dans une production fauchée, c'est souvent beaucoup plus affligeant que drôle. Donc on préférera 100 fois un sous-rambo au discours bien réac et assumé, qu'un action-movie humoristique qui n'a sans doute fait rire que le scénariste au moment de l'écriture (et encore...).
La date de sortie n'est pas un critère de réussite, bien que la plupart des bons nanars se situent dans les glorieuses 80's - look ringard garanti inside - ni leur origine (vous trouverez des perles aussi bien en Italie, qu'en Amérique ou en Turquie). Sachez quand même qu'une production américaine fauchée aujourd'hui est à 1000 lieux d'une production fauchée américaine de 79, et donc à 100000000 lieux d'une production fauchée ukrainienne de... ben de n'importe quand. Y a donc plus de chances de trouver son bonheur dans ce qu'il y a de plus cheap.
Enfin, et c'est très important, un nanar se regarde en VF. Ne jouez pas au cinéphile sur ce coup là, ça risquerait de gâcher la sauce. Pensez toujours au coût mes amis ! Un budget minable est un facteur quasi indispensable à la réussite d'un nanar (même s'il ne suffit bien sûr pas). Donc qui dit petit budget, dit implicitement, doublure de seconde zone et qui dit doublure de seconde zone, dit plus de chance de ridicule. et de plaisir Toutefois, si par le plus beau des hasards, vous vous êtes éclaté devant un nanar en VO, dites-vous bien que vous tenez sans doute là, le très très haut du panier. Donc n'attendez pas plus longtemps pour le regarder à nouveau... cette fois en VF.
Voilà, j'espère avoir éclairé vos mornes vies et que cette année vous ne regarderez pas Le père Noël est une ordure en famille au coin du sapin pendant la veillée, mais plutôt un bon vieux Starcrash, par exemple.
Sur ces entre-faits, Bonnes fêtes !
3 commentaires:
Alleluia !!! Je suis totalement en phase avec toi sur le coup.
La VF, très important ! Quand le con qui double un acteur noir se croit obligé d'imiter le doubleur d'Eddie Murphy, quand le mec qui double un grand dadais baraqué prend forcément la voix de Rambo...
Les phrases qui se veulent émouvantes et qui s'avèrent hilarantes : j'ai rarement autant ri que devant la scène de "Turkish Star Wars" où l'un des deux héros meurt ("et tu diras à toutes les femmes que je les aime !" "oui, tu étais un grand séducteur, elles le disaient toutes !", "raaaaaaaah, je suis mort...")
et tant de petites choses qui semblent aberrantes aux yeux du cinéphile distingué (et donc parfaitement casse-couilles), mais qui allument des étincelles de joie dans les yeux des grands zenfants que nous sommes (tiens, je viens de pondre une jolie phrase nanar !)
C'est comme en musique : parfois un single de Slade fait autant de bien aux esgourdes que "For your Pleasure"...
Joli article ! J'apporterais seulement une réserve : je pense que la VF est surtout recommandable pour les nanars des années 80, où effectivement les doubleurs en faisaient souvent des caisses.
Je trouve que pour les (nombreux) nanars récents, la VF est presque trop professionnelle, et je privilégie alors la VO (c'est notamment flagrant pour les productions Nu Image ou Asylum, véritables machines à navets et nanars).
Même pour certains films plus anciens, la VO permet de renforcer encore l'interprétation à côté de la plaque des acteurs (Maitre Kult citait Turkish Star Wars, qui pour moi se regarde obligatoirement en VOST): le manque de moyen se traduit également par des acteurs "moyens", des dialogues irrééls et l'absence de seconde prise.
Je crois surtout que cette impression du nanar meilleur en VF vient avant tout de l'envie de ne pas se prendre la tête avec des sous-titres, qui nécessitent sans doute une concentration peu compatible avec de telles oeuvres...
C'est pas faux ce que tu dis Steeve et tu fais bien de le faire remarquer.
Cependant je ne suis pas au fait des productions nanardes d'aujourd'hui (pas encore eu le courage de me faire un Asylum par exemple).
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