Elisabeth court dans la forêt en nuisette. Elle a peur... et froid peut-être. Robert a une voiture blanche. Elle est spacieuse. Il peut mettre Elisabeth en entier dedans pour la ramener chez lui. Comme elle n'a aucune mémoire de plus de 5 minutes, et sans savoir s'il y a vraiment cause à effet, ils vont faire l'amour tout nus exactement pendant ce laps de temps. Comme ça, sur le canapé, pour profiter de l'instant présent. Ensuite ? Ben, un kidnapping hospitalier, des seins, un immeuble sécurisé, un viol, un baiser lesbien, du sang, des seins, une rouquine, une piscine, une foufoune, un train, du sang, Robert, un train, un pistolet, des seins, des radiations, du sang, des gens de dos, un générique.
Non, je n'ai pas regardé ce film en vitesse rapide, je vous rassure tout de suite ; je suis un professionnel.
En fait, contrairement à ce que laisse supposer ce brillant résumé au ton désinvolte très à la mode, j'ai beaucoup apprécié ce film. Déjà, j'aime le titre. Oui je sais, le jeu de mots semble facile, mais 1.la figure est jolie et sonne bien, et 2.il n'est pas gratuit car exploité pendant le film.
Alors évidemment, c'est Jean Rollin et c'est Brigitte Lahaie, donc globalement ce que j'ai dit de Fascination vaut aussi pour celui-ci. Bref, j'ai l'expression adéquate : A Non-Actor Studio Movie (n'essayez même pas de la reprendre, je l'ai fait breveter). Voilà, à partir du moment où on le sait et où on l'accepte, on peut éventuellement appréhender le métrage. Bon évidemment, le jeu d'acteur n'est pas le seul défaut du film. En fait y en a plein ; décors d'une rare laideur, incohérences scénaristiques, dialogues parfois poétiques souvent risibles clamés avec une emphase contre productive, scènes de cul et scènes gores inutiles etc...
Mais honnêtement, y a beaucoup de très jolies choses qui méritent amplement qu'on y regarde de plus près. (et je ne parle pas que de la plastique de Brigitte) Déjà, la lenteur de la mise en scène - en communion avec la façon de se mouvoir des personnages - joue habilement avec la thématique ; les plans sont longs alors que la mémoire est de plus en plus courte. Rollin s'attarde donc sur les plans pour mieux nous les imprimer, à l'instar de son héroïne, pour que l'on oublie pas. Que ce soit volontaire ou non, ça fonctionne très bien. Le sujet lui-même est bon et plein de mystères ; pourquoi enferme-t-on ces gens amnésiques? Que leur fait-on ? Pourquoi sont-ils malades ? De nombreuses questions qui suscitent l'intérêt du spectateur pendant tout le film - même s'il n'y aura pas réponse (enfin si, à la fin, mais pour le coup valait mieux pas). Quelques scènes aussi sont bien trouvées même si elles ne sont pas toujours réussies ; cette femme qui cherche son enfant et à qui l'une des malades inventera des souvenirs par exemple, ou le suspens crée par le train qui avance inexorablement sur Elisabeth...
Un truc est sûr en tout cas, c'est que Rollin sait terminer un film (tant mieux pour lui d'ailleurs vu que c'est ce qui restera dans nos esprits). Encore une fois, il nous gratifie d'un superbe final fascinant, autant esthétiquement que scénaristiquement (la BO est bonne aussi, c'est dire), et même l'ersatz d'Horst Tappert n'arrivera pas à le gâcher.
Reste à savoir si vous êtes plutôt "verre à moitié plein" ou "verre à moitié vide" et dans quel esprit vous êtes au moment du visionnage car il est certain que ce film pourra vous paraître bien ennuyeux et mauvais quels que soit ses bons côtés (entre autres ceux cités plus haut).
Loin d'être un chef d'œuvre c'est évident, mais un bel essai assez pertinent et touchant pour y trouver son compte. Pour moi, le haut de son panier !

2 commentaires:
en même temps, le panier de Rollin n'est pas bien rempli : tout ce qu'il y'a dedans s'est transformé en infâme bouillie dans le fond du panier !
sinon, j'ai bien ri en lisant ton intro ! ah, Brigitte... (hin hin !!! ado early nineties abonné à Canal inside...)
En tout cas, ta tendresse à l'égard de cette chose est palpable !
Chanceux, moi j'étais pas abonné à Canal +.
Je ne pouvais que fantasmer sur ce que mes potes regardaient (ou me prêtaient de temps à autre).
En fait, comme j'aime les loosers, je suis forcément positif quand je regarde ce type de film.
Reste que j'ai aimé celui-ci, ce qui est le principal !
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