jeudi 10 février 2011

Je suis vivant !

Gregory Moore est retrouvé mort dans un parc à Prague. Arrivé à la morgue, son esprit se remet en marche alors que son corps ne répond pas. Pris de panique, d'autant que son sort semble joué de côté des médecins, il va tenté de se souvenir comment il en est arrivé là, et tout commence lorsque sa bien-aimée disparait mystérieusement...




Partant d'un postulat aussi original que fantastique, ce giallo - qui encore une fois n'en est pas un - est une sacrée réussite, d'autant plus quand on sait que c'est le 1er film du très peu prolifique Aldo Lado.

D'une rare ambition scénaristique et narrative pour ce type de cinéma transalpin, Je suis vivant ! mêle donc deux enquêtes (la disparition de la jeune femme et le cas du héros) auxquelles vont s'ajouter divers éléments mystérieux (personnages et instants étranges frôlant le fantastique, comme la scène de la tomate ou du concert de musique de chambre) et bien sûr des fausses-pistes afin de nous embrouiller joyeusement. Ironiquement d'ailleurs, c'est sans doute parce que l'on croit être devant un giallo que le film fonctionne encore mieux, nous laissant faire notre petite enquête, habitué que nous sommes des codes de genre. Erreur monumentale mais jubilatoire, car en réalité, l'enquête ou les enquêtes pour être exact, personne ne les fera et bien malin (et surtout hypocrite) sera le spectateur qui devinera l'issue du film, ses tenants et aboutissants. En effet, grâce à sa construction en flash-back, le film nous incite, ainsi que le héros, à chercher les raisons de la situation et à reconstruire le puzzle alors qu'en fait, la linéarité de l'histoire empêche toute déduction et nous verra devenir simple spectateur désarmé à l'instar du pauvre Gregory.

Malin donc, le métrage n'est toutefois pas qu'un simple scénario machiavélique bien pensé. Derrière l'intrigue se cache des réflexions plus profondes et fort rares de ce type de films ; ainsi, plaçant son intrigue dans la Tchécoslovaquie de l'époque, Lado aura l'intelligence de ne pas utiliser sa capitale à des fins uniquement esthétique ou touristique mais à colorer son intrigue d'un sous-texte politique assez subtil mais toutefois très net. Si important d'ailleurs que le thème principal que l'on comprendra à la fin du film est une vision sur les libertés et les classes sociales dans un régime autoritaire plutôt bien vue.
Exit donc érotisme, virtuosité de la caméra, tueurs gantés et autres meurtres sanglants, ici nous avons affaire à un "vrai" polar presque engagé, à la limite du drame, superbement interprété et surtout d'une noirceur déconcertante...

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