samedi 19 février 2011

Phantasm, la quadrilogie


Un immense croque mort à la force surhumaine récupère des corps dans des cimetières pour d'obscures raisons.
Le jeune Mike qui semble poursuivi par des visions décide d'enquêter, aidé de son frère Jodi et de Reggie un marchand de glaces... Mais le "grand homme" en noir n'est pas seul et les mystères qui l'entourent sont soigneusement protégés par des nains monstrueux et d'étranges sphères adeptes de la trépanation. Pendant 20 ans et 4 films, une véritable guerre va être menée entre les deux "clans" dans des villes fantômes, voire jusque dans d'autres dimensions. Reste à savoir ce qui est réel...

L'originalité de cette saga culte - bien que jamais éditée en dvd en France - est sans doute d'avoir vécu à travers chacun de ses volets, les tendances du cinéma d'horreur de son époque. En 79, le 1er opus tend naturellement vers une horreur alliant subtilement fantastique et épouvante à l'image des autres productions contemporaines - Halloween ou les Cronenberg - alors que le 2e, en 88, privilégie le gore qui tâche et le fun sous l'influence des films de Raimi, Gordon ou Craven. En 94 quand arrive le 3e, le genre horrifique est en pleine déconfiture et ne sait plus vers quoi tendre, ce que le métrage symbolise bien dans sa "bancalité" entre les restes d'un entertainment très 80's et une volonté de retour aux sources vers l'origine de la saga, direction que prendra totalement la dernier volet, privilégiant le mystère et le paranormal à l'instar des séries télé comme X Files ou Millenium qui rassemblent le public avec le succès que l'on sait et dont il partage aussi l'imagerie.
Opportuniste le Coscarelli ? Évidemment, dans le sens où c'est un réalisateur de série B horrifique assumée, mais l'on peut aussi estimer que "l'air du temps" n'y est pas pour rien non plus dans ces virements stylistiques, d'autant que malgré tout, le gus gardera une ligne de conduite assez fidèle et respectueuse du mythe original pendant toute la série (bien que le 2e s'en détache un peu trop peut-être) - jusqu'à utiliser systématiquement des plans inédits ou non du fameux premier épisode dans chaque suite. Fidélité qui lui vaudra aussi celle des fans qui, malgré la qualité inégale des films, sauront être au rendez-vous, bien contents d'en apprendre toujours un peu plus sur cette sombre histoire dont les figures du Mal tel que le grand homme ou les sphères tueuses sont emblématiques. Si les différentes directions peuvent être au premier abord un peu déconcertantes, on doit admettre que ça tient globalement bien la route, que chaque opus a des qualités qui lui donnent une place particulière avec, cerise sur le gâteau, un développement plus ou moins important de l'intrigue générale.
Il est intéressant de se pencher dessus d'ailleurs car, outre le fait que Coscarelli fait preuve d'une grande originalité en brassant un nombre de thèmes et de genres très larges, il étoffe à chaque fois son univers avec un naturel désarmant en privilégiant, qui plus est, une certaine opacité pas si grand public que ça, même quand c'est "à la mode". Cette unité, renforcée par les références régulières au 1er opus, laisse entendre qu'on a affaire à une vraie œuvre, pensée à l'origine - certains détails s'avéreront d'ailleurs parfois utiles à la compréhension de la suite. Tout cela pourrait paraître logique au néophyte qui n'en attend pas moins d'une histoire construite sur plusieurs épisodes, mais le coutumier de la série B horrifique et de ses nombreuses sagas sait très bien que ce n'est jamais le cas ou presque, chaque suite naissant du succès du précédent et n'apportant généralement rien d'autre que le plaisir - ou pas - de retrouver un personnage iconique. Ici, outre le fait que l'on retrouve le même quatuor d'acteurs/personnages pendant 20 ans à une exception près, créant implicitement un attachement logique, le scénario lui-même est développé, apportant son lot de réponses mais aussi - et surtout - de nouveaux et nombreux questionnements. Notons par ailleurs, car ce n'est pas innocent par rapport à cet aspect là, que chaque volet est la suite directe du précédent - hormis le 2e qui est, comme on l'a vu et ce n'est donc pas étonnant, le plus éloigné de l'univers de la saga - ce qui permet de créer une attente naturelle quant à la suite des événements (et aussi un sacré défi pour des acteurs qui vieillissent !) en renforçant l'idée d'unité.

Comme un parfum de ringardise charmante...

Sont-ils pour autant indispensables et/ou nécessaires ? Sans doute que non, l'original se suffisant à lui-même et a vécu de façon autonome pendant presque 10 ans. Reste que dès le départ, dans ce petit film fauché qu'est le Phantasm 1er du nom, on sent un potentiel énorme quant aux idées, souvent farfelues, dispensées ça et là. On oserait même y voir une vraie ambition, absente généralement de ce type de production. Le - sans doute - simple délire de départ, mêlé à des mystères que l'on suppute être originellement des faiblesses scénaristiques, s'avèrent en fin de métrage offrir des possibilités incroyables et de nouvelles contrées à visiter. Bref, Coscarelli a crée sûrement involontairement un univers singulier et une attente pour le public, mais aussi pour  lui-même. Comment donc ne pas l'exploiter ? Et surtout, comment le faire bien !
La réponse se fait en 88, alors que le cinéma d'horreur pop-corn est à son apogée mixant le démonstratif sanglant à l'humour potache. Le réalisateur se retrouve d'ailleurs bien dans ce dernier - on verra par la suite jusqu'à son récent Bubba Ho-Tep que c'est dans son tempérament - mais il faut bien admettre qu'on est à des lieux de l'ambiance intrigante et graphiquement discrète de Phantasm. Il va donc détourner son propre film par le biais d'une ellipse monumentale et d'un parti pris plutôt ahurissant, celui de suivre un personnage au départ secondaire et sans saveur, Reggie, l'éternel dragueur à la coupe de cheveux insensée, dans un road movie humoristique revanchard et overkillesque ; cet opus est sans surprise le plus généreux en moments de bravoure gores et de fait, le plus jubilatoire sans doute. On ne sait si l'acteur original incarnant Mike ne souhaitait pas se joindre à l'aventure pour ce volet ou si c'est une idée du réalisateur - il reviendra cependant dès le suivant et c'est tant mieux - reste qu'on aura droit à sa place à un gros bras au charisme d'huître pakistanaise parfaitement dans le ton du film, mais en totale opposition avec le personnage de départ. Toujours est-il qu'avec ce postulat de base, Phantasm II a tout pour plaire au public du moment, ce qui est ne l'oublions pas l'objectif numéro un d'un bon film d'exploitation, mais n'oublions pas pour autant les fans de la 1ère heure, ce public qui, on le sait, est capable de bâtir ou démolir une réputation. Pour eux, Coscarelli va développer une idée suggérée dans le final du 1er et très à la mode chez les boogeymen 80's ; le pouvoir des rêves, les limites entre réalité et fantasme parfaitement en phase avec le titre de la saga. Si tout cela n'est que survolé et permet surtout de faire planer le doute quant à la véracité des événements, le principal intérêt de ce volet étant l'action, cette pseudo-nouveauté - pseudo donc car déjà évoquée - va être développée dans les suivants. Il en ira de même pour deux autres idées pour le coup inédites cette fois, à savoir les villes fantômes que le grand homme laisserait sur son passage ainsi que le lien potentiel entre lui et Mike. L'air de rien car tout cela n'est qu'abordé partiellement, série B oblige et au grand damne des fidèles, Coscarelli installe et alimente son intrigue.
6 ans plus tard, rebelote. Cette fois cependant, la suite était un peu obligatoire, le 2 s'étant terminé sur un cliffhanger - sans parler du fait qu'à partir du moment où l'on commence à jouer le jeu de la saga, difficile de s'arrêter sur un diptyque. Toutefois, une chose a changé, et pas des moindres car le cinéma d'horreur est moribond suite aux excès certes jouissifs d'un Braindead difficilement surpassable. Bref, on ne sait plus quoi proposer et la production s'étiole doucement. Dans ce marché quasi funeste arrive donc Phantasm III qui, lui non plus, ne sait pas trop sur quel pied danser. La ligne directrice toutes couilles devant du précédent semble avoir montré ses limites mais lui a au moins donné du matériau à exploiter pour développer son univers intrigant. La transition est cependant complexe car Coscarelli a désormais deux publics à contenter ; assurant au maximum ses arrières, il choisi la carte du compromis en créant deux équipes/deux styles sensés se retrouver à la fin. D'un côté, il réutilise donc les 2 frères du 1er volet (joués par les acteurs d'origine) pour développer l'aspect plus psychologique et mystérieux - la carrure maigrichonne de Mike n'y étant pas pour rien - et en particulier la relation ambiguë entre lui et le grand homme. De l'autre,  il crée un trio bourrin mené par l'inénarrable Reggie qui vivra de rocambolesques et sanglantes aventures. La qualité indépendante des deux segments est tout à fait correcte et répond assez bien à la demande, malheureusement, l'équilibre et le montage entre eux est assez bancal, créant de nombreuses chutes de rythme bien dommageables, l'histoire peinant à avancer. Le métrage souffre donc beaucoup du compromis initial mais offre malgré tout un véritable développement du scénario et crée un suspens cette fois sans gratuité, alors que l'emblématique Mike semble en pleine mutation, et Reggie à la merci d'une multitude de sphères menaçantes.

Reggie, dans une bien dangereuse position

Suite et fin 4 ans plus tard, avec un volet particulièrement contemplatif, à la limite de la passivité (ce qui est un peu son défaut), entre autres parce que Reggie est relégué au second plan. C'est d'ailleurs en regardant ce Phantasm IV que l'on comprend à quel point cette saga s'est construite autour des personnages/acteurs, ce qui la rend aussi sympathique d'ailleurs. L'idée principale de ce dernier épisode est clairement d'éclaircir le rôle de Mike et du grand homme au sein de cet univers ; exit donc l'action, le dézingage et le sang, place au fantastique. Heureuse initiative, si Coscarelli l'avait fait vraiment correctement or force est de constater qu'il nous obscurci encore plus l'histoire avec un nombre de portes ouvertes au final bien plus nombreuses qu'auparavant. Bien que l'objectif n'était pas de terminer sur une note énigmatique - même si c'est au final le cas, et en cela c'est plutôt dommage car comme on dit, trop de mystères tuent le mystère - mais de préparer un cinquième et dernier volet. Presque 15 ans plus tard, cela nous parait bien compromis. Toujours est-il qu'entre les différentes dimensions, le pseudo complot, les origines du mal etc..., on ne sait plus où donner de la tête, et si l'ablation cérébrale d'une sphère tendrait à nous faire conclure que "tout est dans la tête" de Mike, beaucoup d'autres questionnements pourtant abordés restent en suspens et le resteront sans doute. On demeure donc malheureusement sur notre faim et ce, bien plus encore que lors des précédents opus, d'autant que la qualité était au rendez-vous. En effet, malgré un aspect un peu téléfilmesque, et si on prend ce volet  intrigant au possible comme la transition qu'il était sensé être, c'est plutôt une franche réussite ; on y retrouve ainsi certains aspects de l'original, l'ajout de plans inédits de celui-ci renforçant cette impression et arrivant même à créer une certaine émotion. C'est donc souvent passionnant et même onirique parfois (il y a un côté lynchien assez étonnant), mais alors que l'on voit les minutes défiler, on se doute bien que la frustration va être de mise et c'est effectivement le cas.

Saura-t-on un jour qui est Mike ?

Un bien triste épilogue donc, qui montre bien  à l'instar du sort subit par certaines séries télé, les limites de l'exploitation qui ne voit pas d'un bon œil l'ambition ; seul le profit est à prendre en compte dans une saga et l'on ne peut pas bâtir un scénario qui se respecte sur plusieurs volets, car on risque fort de ne jamais pouvoir mettre en image ces dernières pages, au désespoir de tous. On aimerait bien sûr qu'il en soit autrement pour la qualité de ce qu'on nous offre, mais ce sombre constat trouve ici un bel exemple.

Aucun commentaire: