lundi 6 février 2012

Keoma

 Keoma, un métis adopté, revient de la guerre et trouve sa région ravagée par la peste et gouvernée d'une main de fer par un riche propriétaire et ses 3 propres demi-frères. Keoma, dans un élan de justice suicidaire décide de libérer son peuple.






En 76, le western italien est un genre à l'agonie dont Keoma symbolise à merveille le chant du cygne. Mâtiné de fantastique - souvent présent dans le western transalpin - grâce entre autres à la présence de la mort incarnée par une vieille femme dont Keoma semble être le bras armé, ce film est résolument l'une des pièces maîtresses du cinéma bis italien.
L'atmosphère mystique du film est soutenue par de nombreux éléments ; une bande son folk-hippie répétitive (que certains détestent d'ailleurs), un brume constante, de superbes flash back intégrés à l'action présente (la touche Castellari), une crucifixion, des ralentis funestes à la Peckinpah... Comme dans tous les western italien, le héros va beaucoup souffrir et se sacrifier à son idéal (ici bien plus idéologique à l'inverse des héros habituels qui se battent pour de l'argent) pour finalement vaincre. Mais la victoire est sombre car elle laissera le héros bien seul avec comme seul étendard sa liberté et à fortiori, celle des hommes en général. Ce n'est pas rien, mais ça ne laisse pas beaucoup d'espoir à la communauté...

Si la figure christique et hippie de Keoma et les thèmes abordés tendent à rendre le métrage original, il ne s'inscrit pas moins dans la tradition du western italien dans sa violence exacerbée. Mais surtout, on y trouve de nombreux clins d'œil faisant directement référence à l'autre grand western italien : Django (avec le même Franco Nero) et cela parfois à la scène près. C'est d'ailleurs tellement évident qu'on pourrait presque croire que c'en est la suite directe ; de l'anarchisant Django des 60's naîtra l'humaniste Keoma des 70's. Dans tous les cas, un héros seul qui traîne la mort avec lui, la répand et repart meurtri. Si on aime le jusqu'au boutisme du 1er, on appréciera dans le second le fond qui comme la forme a été chiadé (malgré un scénar qui, dans les deux cas a été écrit au jour le jour par tous les membres de l'équipe) par un Castellari en grand forme qui nous montre, encore une fois, qu'à défaut d'être un artiste comme certains de ses confrères, c'est un artisan de talent, un réalisateur au service de son histoire.

Une merveille tout simplement !

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