Par Breat Easton Ellis chez Robert Laffont, coll. PavillonsBref s'est rangé. Depuis quelques mois, il vit en dehors de New York avec sa récente femme, son fils anciennement illégitime et la fille de celle-ci. Le quotidien est difficile. Sa présence étant peu appréciée par son fils et par le chien, l'écrivain se bourre de cachets et picole sévère. A côté de ça, il dragouille sec l'une de ses étudiantes et des évènements étranges surviennent...
Premières lignes :
"Tu fais vraiment très bonne impression."
C'est la première phrase de Lunar Park et dans sa brièveté et sa simplicité, elle était censée être un retour à la forme, un écho, de la première ligne du roman de mes débuts, Moins que zéro :
"Les gens ont peur de s'engager sur les autoroutes à Los Angeles."
Depuis, les phrase d'ouverture de mes romans sont devenues exagérément compliquées et fleuries, lestées par une insistance abusive et inutile sur des détails, en dépit de l'art avec lesquelles elles sont composées.
Bret Easton Ellis est de ces écrivains qui volèrent les tics et les journalistes qui vont avec, des rock stars 70's. Celles qui brûlaient les chambres des hôtels, violaient les groupies et s'injectaient tout ce qui leur passait sous la main. Ellis est aux années 80 ce que Led Zep au complet était aux années 70; un cliché ambulant, brûlant le fric pour des conneries à la vitesse du succès. Rapide. Trop.
Et ça, le gonze le sait mieux que personne.
Bref, il nous livra une petite brouette de best-sellers comptant les méandres et désespoirs de riches yuppies qui s'emmerdent ferme devant leur piscine à un million de dollars payés cash en sniffant de la coke et avalant leurs antidépresseurs avec un martini. Ou plusieurs.
Autant dire que rajouté à cela, le tout était écrit d'une écriture acerbe terriblement fashion, peuplée de courtes phrases définitives et cyniques ou à rallonge et descriptives. Bref, Ellis représente tout ce que je déteste en littérature contemporaine. Efficacité et pause. L'horreur.
Pour autant, dire que c'est mauvais serait faire preuve d'une mauvaise foi - certes coutumière chez moi - que je ne tiens pas à étaler ici. Non, Ellis prenait le pouls de son univers de façon tout à fait juste.
Reste que cet univers, en plus de ne pas être le mien, m'emmerdait royalement.
Lunar Park n'est pas exempt de certains clichés, en particulier quand il parle pendant toute l'intro de son passé dévergondé. C'est pénible, mais c'est drôle. Le loser richissime conscient de sa superficialité, y a pas à dire, ça marche.
Mais Ellis a la bonne idée de partir en vrille en comptant son quotidien psychotique où il cherche à se ranger ; être enfin l'homme de banlieue, père et mari aimant. Evidemment il n'y arrive pas, mais en plus son passé revient tel un fantôme shakespearien et le roman se transforme en brillant hommage à Stephen King. Flippant, malsain, paranoïaque. Lunar Park devient le bouquin d'épouvante idéal, nous mettant sacrément mal à l'aise et mine de rien, nous présente une vraie réflexion sur le rôle du père.
C'est donc, il faut bien l'admettre et ça fait un peu chier, très réussi. Sans être un coup de coeur, c'est un sacré bouquin.

3 commentaires:
putain, ce que je déteste Ellis...
enfin, ce que j'en ai lu : "Less than Zero" et "American Psycho"...
Clicheton, toc, comme une déco de Philippe Stark ou une production de Trevor Horn...
Je ne sais pas si j'ai envie de suivre tes conseils...
T'es pas obligé mais vu qu'on partage la même haine de l'oeuvre du bonhomme, y a des chances pour que, comme moi, tu apprécies celui-ci.
Reste qu'il y a beaucoup d'autres choses à lire !
Très réussi, je n'irai pas jusque là... mais j'avoue qu'il est possible de se laisser piéger par le récit alors qu'effectivement c'est bien une conception de la société, de la relation humaine à condamner. Le paradoxe porté par l'écriture.....
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