samedi 5 mai 2012

Léna



de Virginie Deloffre, chez Albin Michel

La Russie, à la fin des années 80. Léna est mariée à Vassia. La vie de Léna est rythmée par les arrivée et départs de son mari qui est pilote dans l'armée de l'air et rêve bientôt de partir à la conquête de l'espace sur les traces de Gargarine.



Premières lignes : [...] Le bonheur est-il comme la pâte dont on fait le pain, qui se lève, puis bientôt se rassit ? Me voilà désertée à nouveau, Vassili est reparti à la Base. Pauvres chers miens, n'êtes-vous pas lassés depuis tout ce temps que j'écris la même chose ? Pourtant, comme elle est claire ma vie, si je dis simplement cela : Vassili vient, puis il repart à la Base. Et moi, je suis toujours au même endroit. Je travaille tous les jours au combinat, j'ai mon tablier bleu, les mains posées sur les genoux. Il me semble que petite, déjà j'étais de nature immobile.
Un vrai roman russe.
Tout y est, le rythme, le décor, les personnages, la petite histoire face à la Grande.
Ce couple magnifique, tout en contradictions, Léna l'immobile, l'enracinée, celle qui attend, Vassia, le pilote, qui rêve d'espace, de départ, de conquête spatiale, toujours en mouvement. Léna qui vient de Sibérie, fille de nénètse, des grands espaces russes, alors que Vassili vient de la ville, des appartements communautaires confinés.
Et puis cet autre couple, Varvara et Dimitri, l'oncle et la tante de Léna, à qui elle écrit au rythme des allers et venues de Vassia. Varvara, la communiste convaincue, celle qui va à toutes les réunions du parti, qui n'a connu que cette vie, et Dimitri, qui met plein d'espoir en Gorbatchev et la perestroïka, qui rêve de démocratie et de jours meilleurs pour sa Russie.
Un roman à lire lentement, à déguster, comme les enfants de l'appartement savourent l'histoire de la conquête spatiale que leurs conte Vassili.
Et juste après, regarder Le miroir de Tarkovski, parce que on ne peut lire Léna sans voir la mère du héros qui attend son mari à la barrière.


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