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mercredi 2 février 2011

La montagne sacrée

Un homme ressemblant au Christ s'introduit dans une tour et y affronte un maître alchimiste. Après l'avoir vaincu, ce dernier lui fait parcourir les premières étapes d'une initiation, puis lui présente sept personnes qui font partie des puissants de ce monde, chacun d'entre eux étant associé à une planète (au sens astrologique). Ces hommes et ces femmes sont prêts à tout abandonner pour obtenir le secret de l'immortalité. Le maître leur a promis de les conduire jusqu'aux neuf sages qui le détienne au sommet de la Montagne Sacrée...

Amis des psychotropes bonjour !
Après son western mystico-psychédélique El Topo, Jodorowsky continue sa réflexion sur le sacré et le sens de la vie avec une bonne dose délire.
Il est un peu difficile aujourd'hui d'appréhender une œuvre comme celle-ci tant elle s'inscrit esthétiquement et idéologiquement dans une époque et dans une culture marginale bien révolue ; y adhérer est une gageure car le trip dans lequel le réalisateur nous plonge est une réelle épreuve pour le 1er degré !
Reste toutefois que c'est inventif, souvent magnifique visuellement et qu'il y a quand même quelques parties du sous-texte qui sont toujours d'actualité et bien vues (on pense en particulier aux scénettes représentant chaque personnages qui sont particulièrement corrosives - l'humour est très présent dans ce film - mais ça vaut aussi pour les prostituées dans l'église par exemple)...
Dans tous les cas, il faut regarder ce film comme une prolongation directe d'El Topo, que ce soit dans le fond comme dans la forme. La trame est assez proche et la structure aussi, à savoir un récit initiatique qui tend à humaniser le héros à travers plusieurs défis. La construction est donc similaire ; une série de scènes plus ou moins chocs fonctionnant de manière autonome rythment la linéarité du récit. Reste qu'artistiquement, on atteint là sans doute un niveau supérieur tant Jodorowsky semble réussir à mettre toutes ses idées en image (les décors par exemple sont somptueux).
Évidemment une œuvre "entière", riche, qui risque dans rebuter plus d'un mais dont on ne peut critiquer le jusqu'auboutisme, l'aspect très personnel, libre et original - à l'image de Finis Hominis de José Mojica Marins auquel on pense souvent.
Une plongée dans l'univers de Jodorowsky qui paraîtrait aujourd'hui bien difficile à mettre sur pied...

jeudi 23 septembre 2010

El topo

Hors-la-loi, El Topo défit pour l'amour d'une femme les Quatre Maîtres du Désert. Les ayant vaincus, sa conscience s'élève jusqu'à ce que sa femme le trahisse. Sa nouvelle vie d'homme saint commence alors, et El Topo s'engage dans la libération d'une communauté de parias.







Difficile de parler d'un tel film en une petite chronique tant il y a de nombreuses lignes de lecture et tant le film a été maintes fois analysé, décortiqué créant autour de lui un véritable culte.
Beaucoup de choses donc, dans ce film qui réuni le western, la spiritualité, la philosophie, le récit initiatique et picaresque, tout cela mêlé à une imagerie baroque, violente, parfois gore...
On ne s'étonnera donc pas si ce film rameutera à sa sortie les hippies d'un côté et les amateurs de cinéma de genre de l'autre.
Plusieurs lectures comme je le disais mais toutes se développent en parallèle, ce qui rend le métrage d'autant plus étrange ; du western latin classique, Jodorowski retient un pistolero presque invulnérable qui, attiré par le futile (admiration, amour charnelle, gloire), se libèrera en devenant la sauveur du peuple outragé à travers le sacrifice - en fin de compte, le schéma classique. A côté de ça, on ne peut s'empêcher, face à l'aura mystique que revêt le film, de voir la mise en image de la figure christique devant ce cowboy chevelu et barbu qui sera trahi, laissé pour mort, ressuscité et finalement porte parole de la tolérance au côté du peuple qui souffre. Ironiquement, c'est aussi finalement un film extrêmement critique vis à vis de la religion car elle amènera le peuple à mourir et son leader à reprendre le fusil pour une vengeance froide qui se terminera par son suicide.
Bref, c'est un film très riche doté de scènes inoubliables, qui dit beaucoup sur l'humanité (grâce entre autres aux 4 duels initiatiques, véritables leçons de vie) et qui n'hésite pas à utiliser des figures très différentes afin de soutenir son propos ; beaucoup de personnes handicapés et/ou difformes rythment le récit, ainsi que le thème du cirque (les freaks encore, mais aussi les différents "spectacles" que la ville va offrir ou la bande son...), ou celui de passage à l'âge adulte...
Totalement fascinant bien que parfois daté, on ne peut rester insensible devant ce film incroyable, véritable ovni, dont le rythme et l'étrangeté risquent par contre d'en ennuyer plus d'un.