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jeudi 26 janvier 2012

Breaking Point

Bellings, modeste gratte papier passionné par les trains miniatures, est méprisé par ses collègues féminines. Un jour, aux informations, un psy indique que 89% des femmes souhaitent se faire violer et qu'elles doivent se laisser faire, puis, peu de temps après, un décret autorise les citoyens à se munir d'une arme et à en faire usage. La vie de Bellings va changer... 



Ovni cinématographique signé par le suédois Bo Arne Vibenius, Breaking Point est son 3e et dernier film, digne successeur de Thriller : a cruel picture, réalisé l'année précédente. A la croisée du drame, du vigilante, de la critique sociale, de l'expérimental et du porno, Breaking Point est un film clairement provocant, jusqu'au-boutiste et à la morale si obscure qu'elle pourrait paraître douteuse.
Bref, c'est pas pour tout le monde, vous voilà avertis ! En même temps, vous me direz avec raison que c'est pas le genre de métrage sur lequel on tombe par hasard, d'autant plus qu'il est aujourd'hui introuvable en dehors du cercle restreint des chanceux possédant la VHS française et de ceux qui, comme moi, l'ont récupéré sous le manteau en anglais sous-titré suédois – véridique !


vendredi 17 décembre 2010

Thriller : a cruel picture

Madeleine, une jeune fille muette, rencontre un homme séduisant qui lui propose de l'emmener en ville, puis au restaurant.
Après l'avoir emmenée chez lui et fortement droguée, il commence à l'exploiter comme prostituée. Alors qu'elle refuse de céder aux avances de son premier client, Tony lui crève un œil.
Dès lors, dès que l'opportunité se présente, Madeleine n'aura de cesse de s'entraîner au combat, à la conduite et au maniement des armes dans le but d'assouvir sa vengeance.


Culte dans les milieux connaisseurs et remis - un peu - sur le devant de la scène grâce au diptyque Kill Bill qui s'en inspire entre autres, Thriller : a cruel Picture est un très bon produit de l'exploitation, dont il porte pourtant tous les stigmates ; d'abord il sera distribué et exploité sous différents titres, à savoir la traduction pure et simple du suédois A Cruel Picture, ou alors sous le plus accrocheur They Call her one-eye ou encore en français sous le plat mais pas si idiot Crime à Froid (on aurait préféré Vengeance froide mais l'idée est là).
Pour parfaire cet imbroglio promotionnel, on trouvera le film avec ou sans inserts porno (l'éditeur dvd américain aura d'ailleurs la bonne (?) idée d'éditer les deux sous des titres différents avec une accroche pathétique accouchée sans doute par le commercial le plus vil. Donc soit on prend la limited edition appelée A Cruel Picture et on aura la sulfureuse version uncut, soit la - sic - Vengeance Edition, appelé They call her one-eye, plus soft). Rassurez-vous, quelle que soit la version que vous choisirez, l'héroïne se vengera de toute façon, au cas où vous seriez tombé dans le panneau publicitaire ! Le problème étant évidemment qu'aujourd'hui, difficile de savoir qu'elle était la volonté initiale prévue, et donc quelle version privilégier d'autant que, une fois n'est pas coutume, la plus racoleuse n'est pas forcément celle qu'on croit. Mystère... Notons que les inserts porno - qu'ils soient faits à posteriori ou pensés dès le départ - étaient à l'époque relativement courants dans le cinéma d'exploitation lorsque le sujet abordait le sexe de façon nette - voyant là, une manière de vendre deux fois le même film pour deux publics plus ou moins différents. et attirer dans tous les cas, le spectateur fanatique qui ne pourra décemment vivre sans avoir vu les deux. Petite parenthèse en passant ; l'érotisme dans l'horreur, ce type de cinéma fauché en est très friand car forcément vendeur, et j'ai rien contre, reste que sur un sujet pareil, j'avoue préférer nettement de courts inserts porno plutôt glauques par leur crudité et pas excitants pour un sou - donc en accord avec la trame (comme ici) - qu'un érotisme cherchant forcément à exciter (alors qu'on parle là de viol). Donc vous devinez quelle version je privilégie.
Bref...
Voilà donc un rape and revenge, genre à l'époque assez récent mais déjà pourvu du maître-étalon de Craven, La Dernière Maison sur la Gauche. Plusieurs choses le distinguent toutefois des autres productions de ce sous-genre dérangeant. Habituellement ces films sont clairement découpés en deux segments distincts; la première partie montrant une (ou plusieurs) jeune fille sympa qui va subir divers maltraitances par plusieurs gars libidineux et ras du front, puis une seconde où elle (ou un tiers si celle-ci est morte) se vengera de façon souvent plus sauvage encore sur ceux-ci. Là, ce ne sera pas le cas, car la partie rape sera intelligemment entrecoupée de scènes montrant sa préparation à la revenge annihilant de fait, la parallélisme de deux. D'ailleurs, le rape n'aura pas lieu (du moins pas de façon habituel) car l'héroïne subira en réalité les affres de la prostitution ce qui, à défaut d'être une sexualité consentie n'est pas non plus ce que l'on peut qualifier réellement de viol. De même, le rythme du métrage, privilégiant la lenteur, ne cherchera jamais à développer la folie des actes de l'un ou de l'autre - celle, monstrueuse des bad guys ou celle, salvatrice de la victime. En réalité, et c'est là où le titre français prend tout son intérêt, le jeune fille va prendre le temps de préparer sa revanche - subissant donc plusieurs fois les allers/venus de clients dans une progression toujours plus sordide. Ainsi, et c'est là que le scenario pêche, elle va profiter de son temps libre -sic - pour s'exercer au combat, au tir ou encore à la course de bagnole (ce qui ne servira d'ailleurs à rien), afin de punir les coupables avec toutes les chances de son côté. Ce côté action-movie, traité toutefois de façon sobre est assez original - à défaut d'être crédible donc - pour être noté et c'est sans aucun doute ce qui a attiré l'œil de notre Tarantino bien connu (en plus du look charismatique de la donzelle et son bandeau de pirate). La fin quant à elle, qui verra les méchants se faire dézinguer les uns après les autres, est assez chouette et réussie - encore qu'il faut aimer les ralentis - ce qui en fait peut-être l'un des seuls rape and revenge équilibré qualitativement.
Après, évidemment, c'est du bis. Et qui dit bis, dit défauts.
J'ai déjà parlé de l'aspect sexe et de la cohérence toute discutable de l'histoire, mais il faut aussi noter les nombres de raccourcis bien pratiques qui nous gratifieront de scènes soit inutiles (la partie road movie), soit incompréhensibles (la scène du hangar, le fait que le méchant reste gentiment chez lui à attendre). Dans le même ordre d'idée, mais là, c'est plus une histoire de goût, certains tics visuels vont donner naturellement une couleur 70's (donc ringardes pour les mauvaises langues). En ce qui me concerne, je les ai trouvé très sympas ; ralentis, zooms etc, mais je suis de toute façon plutôt client...
En revanche, le reste est objectivement de grande qualité ; la réalisation est soigneuse (voire même parfois superbes l'espace de quelques plans extérieurs) avec plein de bonnes idées (la vue subjective qui diffère selon quand elle est victime ou revancharde) et les acteurs bons. Tout se tient bien, et la dernière mise à mort héritée du western transalpin est aussi bien pensée que joliment mise en scène.

Voilà donc un sacré film suédois dérangeant comme il se doit qui alterne plutôt bien les scènes rudes (sexe/gore) et le côté divertissement (action). Reste que les amateurs de rape and revenge "classique" risque de ne pas accrocher à la lenteur du métrage et l'absence de furie destructrice qui fait généralement l'intérêt de la 2e partie. Le fait est que, en effet, c'est une vengeance froide, donc réfléchie, donc plutôt "sereine".

Notons que malgré une sortie vhs en vf à la grande époque, le film n'est jamais sorti dans un format dvd en zone 2. De même, en vous procurant en des deux versions de la zone 1, vous ne pourrez avoir que des sous-titres anglais !