Affichage des articles dont le libellé est Kenji Misumi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Kenji Misumi. Afficher tous les articles

vendredi 20 juillet 2012

Baby Cart #3 : Dans la terre de l'ombre

BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs lancés à ses trousses. 

1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer




DANS LA TERRE DE L'OMBRE


Itto et son fils rencontrent une femme qui vient d'être vendue de force à un bordel. Itto la défend, mais en guise de châtiment, il subit la torture de l'eau et du bâton. Enfin, pour rembourser totalement la dette de la jeune femme, Ogami Itto doit tuer un gouverneur...



Des fois, je suis plus chanceux que d'autres. Là, coup de bol, je choppé le troisième opus, ce qui, mine de rien, tombait plutôt bien.
Plus violent que le précédent, particulièrement dans les rapports humains présentés (viols, maisons closes etc.), il est aussi plus complexe scénaristiquement.
Beaucoup de sous-intrigues viennent alambiquer la trame, depuis l'intro où l'on rencontre un rônin que l'on ne retrouvera que dans le final, jusqu'aux flash-back d'Ogami, en passant par les deux contrats qui s'entrecroisent...

Pour autant, Misumi construit brillamment son métrage : après une première demi heure forte en événements et en action (érotisme et tranchages de membres réguliers), il installe le gros de l'intrigue dans un rythme plus contemplatif, typiquement nippon, où l'on suivra notre mutique héros et son p'tit gaillard dans leur quotidien. Ces instants-là, qui font le sel de la série, nous montrent des instants d'intimité précieux où le silence se mêle au respect et à l'affection dans de petits gestes aussi naturels qu'inattendus dans ce type de film - on retiendra entre autres, les rêveries de Daigoro face à la nature qui s'éveille ou encore, au tout début, lorsque le père et le fils se jettent de l'eau dans une rivière.
Mais c'est sans doute dans sa dernière demie heure que ce troisième volet révèle tout son intérêt et sa folie destructrice dans un mélange fort réussi de western spaghetti (le landau qui remplace la mitrailleuse et décime les samouraïs comme une armée mexicaine, en est un bon exemple) et de chambara, où revolvers et lames aiguisées se partagent équitablement les nombre de morts dans un paysage désertique. Voir l'impassible Ogami, pousser son landau, seul contre une centaine de sabreurs, est une image qui restera dans les anales de cinéma.
Si le grand méchant mourra donc sous les balles, symbolisant d'une certaine manière le fait qu'il ne mérite pas de mort plus digne, c'est le dernier et superbe duel au sabre qui prouvera, encore une fois, la valeur des personnages.

Enfin, sous un soleil de plomb et un nuage de poussière, nos deux damnés pourront ainsi continuer leur route sanglante. Seuls contre tous.

mercredi 27 juin 2012

Baby Cart #2 : L'Enfant massacre


Petit intro contextuelle et volontairement digressive.


Au milieu de nulle part, un sabre fend l'air.
Le silence et l'immobilité s'installent.
Enfin, le rouge carmin vient traverser l'écran.

Esthète et morbide, tel est le cinéma de genre japonais, depuis le chambara jusqu'au kwaidan en passant même par le drame. De ces trois courtes phrases assez représentatives, naissent deux autres éléments directement reliés ; l'esthétique et la poésie.
Ces critères feront de ce cinéma le seul cinéma de genre vraiment respecté par la critique mondiale. Il y a une noblesse intrinsèque dans ces films qui marque le respect de façon évidente et indiscutable.
Du cinéma de genre auteurisant en quelque sorte.

Comme c'est souvent dans les séries que l'on retrouve forcément de façon plus notable l'aspect "cinéma d'exploitation" - chose que j'affectionne plus que tout - j'ai voulu m'attaquer à plusieurs d'entre elles et en particulier La Légende de Zatoïchi (26 films ! Bon courage, mon con) et Baby Cart (6 films).

BABY CART
réalisés par Kenji Misumi excepté le dernier opus par Yoshiyuki Kuroda
Ogami Itto, un rônin anciennement bourreau pour le shogunat, parcours le Japon avec son fils de 3 ans, depuis la mort de sa femme. Vivant de contrats, il doit aussi régulièrement échapper aux multiples tueurs lancés à ses trousses. 

1.Le Sabre de la vengeance
2.L'Enfant massacre
3.Dans la terre de l'ombre
4.L'Âme d'un père, le cœur d'un fils
5.Le Territoire des démons
6.Le Paradis blanc de l'Enfer




L'ENFANT MASSACRE

Ogami Itto est engagé pour tuer un traître à son clan qui veut vendre les secrets d'une teinture et qui est protégé par les redoutables frères Hidari. Parallèlement, il doit faire face à Sayaka, une ninja qui dirige un groupe de femmes assassins travaillant pour le clan Yagyu.


Comme je fais avec ce que j'ai sous la main, je commence bien malgré moi par le deuxième volet (d'ailleurs, si l'un(e) d'entre vous veut m'offrir le coffret...)
Difficile donc pour l'instant de comparer cet opus, par rapport aux autres, et surtout au précédent, reste que, pour information, il n'est pas nécessaire de l'avoir vu pour comprendre celui-ci.
Déjà, il faut admettre une chose évidente, l'intrigue du film - comme de la série en général - tient largement sur un post-it. Ensuite, pour les néophytes et les gens atteints d’Alzheimer, certains personnages et/ou événements viennent nous rappeler régulièrement qui est ce bon vieux Ogami Itto.
Bref, de l'action, y en aura donc beaucoup. Des membres qui se coupent et des geysers de sang aussi. Mais ça, vous l'saviez.
Tout ça toutefois à la 70's : pas d'effet de vitesse ou de montage ultra-cut ni de combats épiques. Non, Ogami, c'est un bretteur de légende, un type qui te tranche une tête d'un petit pas chassé. qui esquive un gourdin d'un mouvement de bassin tout en protégeant le landau du p'tit. Avec lui, ça s’éternise pas. Même les boss de fin de niveau sont éradiqués en deux coups de sabre.
En fait, à l'instar d'un bon vieux western spaghetti, tout se joue sur le regard des duellistes. Là, Misumi n'hésite pas à jouer les prolongations avec zooms progressifs pour faire monter la tension. Finalement, à ce niveau, c'est plutôt réaliste en dehors des litres de sang qui sont déversés régulièrement.
Un autre aspect propre à l'action de Baby Cart, c'est son côté "divertissement" derrière un sérieux à toute épreuve. En effet, la poussette du gosse est un véritable petit arsenal déguisé, une sorte de fantasme pour James Bond féodal. Du coup, Ogami n'hésite pas à balancer son gamin en direction des ennemis, celui-ci étant chargé de déclencher les pièges intégrés au véhicule d'aspect rudimentaire. L'occasion d'initier le fiston qui reste, à tout moment, d'une neutralité exemplaire à l'image de son père. Comme le dit Ogami dans un superbe passage, ils ne sont pas de ce monde et, effectivement, ils relèvent plus du duo de spectres en perdition.

Le film serait déjà bien s'il se contentait de ça. Mais dans ce monde de merde qui pue la mort et où l'espoir semble être vain, l'émotion n'est jamais loin, quand bien même les protagonistes serrent les dents avec une constance que seuls les constipés sont capables de reproduire. Ainsi, alors qu'Ogami est méchamment blessé, son fiston haut comme trois pommes s'en va lui chercher de l'eau mais, en l'absence de récipient, se retrouve à prendre l'eau dans sa bouche afin de la déverser directement dans celle de son père. Instant magique et éminemment touchant. Des moments comme ça, le métrage en est plein - on pense notamment à la scène de "réchauffage" post-baignade ou encore la superbe sentence du méchant aux griffes d'acier - et c'est grâce à cela qu'il tire clairement son épingle du jeu, donnant à ce film (à cette série ?) la plus-value nécessaire qui lui vaudra son statut d'indispensable.
Si on ajoute que la réalisation est superbe malgré le minimalisme des décors qui nous rappelle l'aspect fauché du métrage, on nage en plein bonheur cinéphilique.