Lundi 25 Juin, 21h30...
Il arrive, traînant légèrement les pieds comme le septuagénaire qu'il est devenu, faute au temps, cet enculé increvable. Il arbore un trop long marcel noir aux larges échancrures qui évoque sans mal ses concerts de 74, son rock'n'roll heart toujours bien là, mais se mange les joues. Souvent. L'image d’Épinal se mêle à l'hospice, la fougue aux grabataires. Hard.
Plus qu'un symbole ou un mythe, c'est un survivant.
Il porte la bataille de sa vie dans chacun de ses mouvements, dans son visage, dans sa voix bien sûr. Comme toujours.
Il porte la bataille de sa vie dans chacun de ses mouvements, dans son visage, dans sa voix bien sûr. Comme toujours.
Mais ce soir alors ?
Ce soir, c'est magique. Ça ne pouvait être autrement. Je suis là, il est là. Notre rencontre se devait d'être un moment mémorable.
C'était écrit.
Lou Reed, d'autant plus aujourd'hui, c'est un diesel. Il lui faut un p'tit moment pour vraiment démarrer. Pour autant, il lance la rencontre avec "Brandenburg Gate", un titre de Lulu, son dernier disque avec Metallica. Un titre qu'il fait tourner depuis plus d'un an. Rodé tout en étant puissant, ça lui permet de s'lancer tranquillement. Idem pour le public, peu au fait avec ce récent album. Ça passe bien. Très bien même au point que l'auditeur curieux se jettera sans doute sur l'écoute assidue du-dit album, le concert passé.
S'en suit la première claque, le premier instant béni. "Heroin". Bon, vous allez m'dire que c'était couru d'avance, mais que celle-ci soit aussi réussie, aussi proche de ce que la chanson suggère, aussi dantesque, n'était pas forcément gagné. Il en fait une version épique - l'un des maîtres-mots de la soirée d'ailleurs - et nous, pauvres mortels, le trip, on le vit en direct.
Fort de ce revival du Velvet, on nous balance sans aucune respiration un "Waiting for my man" aussi bordélique que joyeusement festif. Les réglages et le côté "burnes en avant" nous empêchent un peu d'apprécier les nuances de chaque instrument, mais c'est "Waiting for my man" et on a la banane quand même. D'ailleurs, tant qu'on est dans l'humeur, voilà que déboule encore une fois sans pause un "Senselessly Cruel" des familles. Efficace. En roue libre. Bon, on l'oubliera vite mais sur le moment, c'était cool.
Ferré, le public est capable de tout prendre en pleine face et Lou Reed le sait. C'est le moment de revenir à l'actualité en nous proposant le passage le plus difficile de la set-list, à savoir deux titres à la suite issus de Lulu, et pas les plus simples, ni les moins bourrins, "The View" et "Mistress Dread". On le savait, on l'attendait, on l’appréhendait un peu aussi.
Même pas peur.
Enfin un peu quand même.
Pourtant le tout passe très bien, même l'indigeste "Mistress Dread" et tout ça grâce à un truc évident : Lou Reed assure parfaitement sur ses derniers titres, les assume, y croit, les fait vivre. Il nous aurait refilé de la musique d'ascenseur dans le même état d'esprit qu'on aurait été dedans. Et puis, c'est aussi ça Lou Reed, un bruitiste qui ne crache pas sur les expérimentations risquées. Pari réussi, le passage le plus culotté, le potentiellement pire - et pas tant que ça donc - est passé.
A ce stade du concert, après la sueur, il faut de la grâce. Et c'est justement là qu'arrive le deuxième moment de pure magie avec un "Street Hassle", pas seulement beau, mais magnifique. Hyper fidèle à l'original tout en étant portée par le live, c'est sans doute la chanson qui va asseoir tout le monde. D'ailleurs le silence est de mise et, à la fin, on peine à sortir de la magie de l'instant. On en attendait pas tant. Merci. Le concert pouvait s'arrêter là qu'on aurait eu notre compte.
Mais non, pour prolonger ce moment, il enchaîne brillamment sur l'intime et très beau "Cremation" puis, à la manière d'une blague, envoie un "Think it over" suave et sucré à souhait.
Back to the roots, c'est l'heure du moment tant attendue avec l'incontournable "Walk on the wild side" fort sympathique sans être pour autant brillant et un très chouette "Sad Song" malheureusement quelque peu gâché par des chœurs peu inspirés. Là encore, le Lou aurait pu s'arrêter là mais il aurait manqué un truc.
Les aficionados du maestro savent que le 'sieur fut un temps une bête de scène et en particulier avec la chanson "Kicks", la preuve en image, où il scandait ses paroles, bourré de gestuels saccadés. Ce Lou Reed existe toujours, et c'est avec le superbe et récent "Junior Dad" - du l'album Lulu encore - qu'il envoie une chorégraphie de type Tai-Chi épileptique inspirée et hallucinée. C'était le 3e grand moment et, force est d'admettre qu'on ne s'y attendait pas. Incroyable. Inespéré. Wahou, le papi a encore des trucs à nous dire.
C'est l'heure du rappel et des évidences. Deux titres du Velvet. Le trop méconnu "Beginning to see the light" et le tubesque "Sweet Jane". Loin d'être des monuments ce soir là, ils finissent toutefois d'emballer tout le monde. Mais à l'heure des comptes, on le sait, le concert s'est joué ailleurs, globalement loin de ses plus grands succès.
Et c'est tant mieux.
Quant à moi, du haut de mes 30 printemps, ben, j'suis épuisé. Mais pas que.
Sur un nuage, je suis "just like Jesus son".


