jeudi 3 février 2011

Torso

Plusieurs étudiantes en histoire de l'art se font sauvagement assassiner par un homme masqué qui porte un foulard très particulier. Pour lui échapper, quatre étudiantes se réfugient dans une villa éloignée appartenant à l'oncle de l'une d'entre elles, mais le criminel les a suivi...





Torso est un giallo mythique qui fut longtemps introuvable, lui conférant un statut et une aura cultes sans doute un peu immérités. D'ailleurs, sa redécouverte tardive amena de nombreuses déceptions chez les fans du genre - on se demande bien ce qu'ils attendaient les bougres...

En effet, cette 5e et dernière incursion de Martino dans le giallo est une véritable réussite bien au dessus de ce que la production de genre a pu offrir - dans le top 10 assurément. Si d'un point de vu purement "giallesque", ce film ne rempli qu'assez classiquement le cahier des charges avec son lot de nudité gratuite, de mâles tous plus suspects les uns que les autres, d'un criminel forcément traumatisé par un souvenir de jeunesse quelque peu alambiqué (du bis de base donc), c'est ailleurs que l'intérêt repose comme généralement chez Martino.
La mise en scène d'abord et la construction de l'intrigue - en particulier dans la 2e partie du métrage - sont parfaites grâce à une photo travaillée et un montage rythmé comme une horloge. C'en est même presque perturbant tant c'est brillant, au point l'on arrive à se demander si l'on est bien devant une série B italienne.
Si Torso commence assez doucement, sans grande surprise malgré une introduction plutôt efficace, tout démarre réellement lors du crime marécageux ; celui-ci, nous rappelle comme Martino sait construire une scène et une ambiance - à l'image de la scène sous la pluie de Mme Wardh - en mêlant habilement la brume, la fuite de la demoiselle dans la boue et cette ombre menaçante qui s'approche implacablement. On est littéralement fasciné par ce que dégage la scène, et le subtil dernier plan où le sang coule sur le bras inerte de la jeune fille nous confirme qu'on n'est pas devant n'importe quel polar réalisé par un tâcheron transalpin.

A partir de ce moment-là, le film prend donc son envol avec une belle tenue, relançant régulièrement notre intérêt sans toutefois réitérer la perfection de la scène sus-citée... jusqu'à basculer totalement lors de l'arrivée dans la villa avec une réussite cette fois totale pour notre plus grand plaisir. Pour autant, la mise en place de la dernière demie heure n'annonçait rien de vraiment bon avec un côté racoleur frisant le ridicule, qui plus est additionné aux regards de bœufs en rut des villageois testostéronés (bien qu'en soit, la confrontation des citadines en mini jupes et des rustres villageois était loin d'être inintéressante) et à une scène de lesbianisme avortée d'une rare inutilité même pour nos pupilles érotomanes. Cette facilité toute bisseuse est en fait finement utilisée car dès la descente du train, depuis la structure scénaristique au moindre petit détail visuel, tout est calculé pour mettre à bien une tension jubilatoire inédite que n'aurait pas renié le grand Alfred et cela sans temps mort jusqu'au final, lui aussi bien fichu. Bref, dans cette dernière partie Martino s'élève sans problème au niveau d'un Argento ou d'un Bava de la grande époque.
Chose amusante, ce giallo est aussi, à l'image de la Baie Sanglante une belle annonce du slasher avec l'intérêt croissant que l'on éprouve pour le tueur qui devient presque iconique à l'instar des futurs Myers, Jason et consorts et la suppression en masse des jeunes filles dévergondées ; utilisant avec parcimonie la vue subjective de circonstance, Martino prend le risque de filmer son meurtrier de nombreuses fois contrairement à la règle, jusqu'à le suivre totalement vers la fin pendant un duel de cerveau excitant au possible entre lui et l'héroïne maligne.
Le film terminé, on oublie donc vite tous les petits défauts inhérents à ce cinéma cheap qui ont rythmé malgré eux l'heure et demie de visionnage en concluant à juste titre qu'on a eu droit à un fleuron du genre et peut-être même à un excellent film, tout court.

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