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dimanche 6 février 2011

Your Vice Is A Locked Room And Only I Have The Key

Oliviero Rouvigny est un écrivain alcoolique sans inspiration qui vit dans le domaine de sa mère, comtesse fraîchement décédée, avec sa femme Irina qu'il humilie quotidiennement et publiquement. Lorsque sa maîtresse est assassinée, il est très vite suspecté, son esprit débauché n'arrangeant rien. Ce meurtre est rapidement suivi par celui de leur servante. Pour éviter la police, ils l'a cachent dans le cellier, tout cela sous le regard de Satan, le maléfique chat noir familial... Au même moment, la nièce d'Oliviero décide de venir passer quelques temps chez eux.

Your Vice[...] est un giallo fort étrange, d'ailleurs il ne l'est que partiellement comme d'habitude chez Martino.
Mélangeant les genres plus que d'accoutumé, sans doute à cause d'un scénario relativement confus mélangeant giallo, polar hitchcockien et fantastique, le métrage est dans sa globalité assez bancal et trop explicatif sur la fin - d'autant plus après une succession importante de twists.
Toutefois, il bénéficie d'atouts non négligeables, d'abord un casting de fou exploité à sa juste mesure - chaque acteur nous présentant une palette assez riche d'émotions et des scènes érotiques diverses. Ensuite, Martino qui est loin d'être un crétin, saisit bien les enjeux du scénario en présentant autant qu'il le peut la dualité des personnages et la confrontation entre le monde moderne et classique, le féminisme et la libération des mœurs contre la machisme et le conservatisme. Enfin, la gestion des lieux ainsi que les mises à mort de circonstance sont comme toujours réussies (bien que celles-ci souffrent régulièrement de l'obscurité). Notons aussi un nihilisme assez prononcé, fait rare chez Martino, bien en adéquation avec la trame.
Cela étant, le métrage se perd souvent entre autres à cause de "l'ambition" du propos qui se marie difficilement avec le rythme du polar ; ainsi, l'arrivée perturbatrice et révélatrice de la nièce, si elle enrichie le discours (et les images !), casse régulièrement l'avancée de l'intrigue. Idem pour la réinterprétation du Chat Noir de Poe qui permet certes à Strindberg de montrer l'étendu de son talent dans un festival de scènes hystériques, mais s'avère bien gratuit lors de la révélation finale, se révélant n'être au fond qu'un outil de plus pour alambiquer l'histoire. Bien sûr, le giallo nécessite une certaine complexité scénaristique bourré de fausses pistes, mais force est de constater qu'ici, c'est plus confus et chargé inutilement que nécessaire, ce qui explique sans doute la méconnaissance de cette œuvre.

Ca reste quand même un film intéressant et assez riche thématiquement, d'autant plus si on le compare au reste de la production, mais Martino est moins convainquant que dans ses autres gialli, plus simples et plus efficaces - rappelons que c'est quand même du cinéma de genre.
Ceci étant dit, il faut bien admettre que le titre et l'affiche (casting compris) justifient dans tous les cas, son visionnage !

jeudi 3 février 2011

Torso

Plusieurs étudiantes en histoire de l'art se font sauvagement assassiner par un homme masqué qui porte un foulard très particulier. Pour lui échapper, quatre étudiantes se réfugient dans une villa éloignée appartenant à l'oncle de l'une d'entre elles, mais le criminel les a suivi...





Torso est un giallo mythique qui fut longtemps introuvable, lui conférant un statut et une aura cultes sans doute un peu immérités. D'ailleurs, sa redécouverte tardive amena de nombreuses déceptions chez les fans du genre - on se demande bien ce qu'ils attendaient les bougres...

En effet, cette 5e et dernière incursion de Martino dans le giallo est une véritable réussite bien au dessus de ce que la production de genre a pu offrir - dans le top 10 assurément. Si d'un point de vu purement "giallesque", ce film ne rempli qu'assez classiquement le cahier des charges avec son lot de nudité gratuite, de mâles tous plus suspects les uns que les autres, d'un criminel forcément traumatisé par un souvenir de jeunesse quelque peu alambiqué (du bis de base donc), c'est ailleurs que l'intérêt repose comme généralement chez Martino.
La mise en scène d'abord et la construction de l'intrigue - en particulier dans la 2e partie du métrage - sont parfaites grâce à une photo travaillée et un montage rythmé comme une horloge. C'en est même presque perturbant tant c'est brillant, au point l'on arrive à se demander si l'on est bien devant une série B italienne.
Si Torso commence assez doucement, sans grande surprise malgré une introduction plutôt efficace, tout démarre réellement lors du crime marécageux ; celui-ci, nous rappelle comme Martino sait construire une scène et une ambiance - à l'image de la scène sous la pluie de Mme Wardh - en mêlant habilement la brume, la fuite de la demoiselle dans la boue et cette ombre menaçante qui s'approche implacablement. On est littéralement fasciné par ce que dégage la scène, et le subtil dernier plan où le sang coule sur le bras inerte de la jeune fille nous confirme qu'on n'est pas devant n'importe quel polar réalisé par un tâcheron transalpin.

A partir de ce moment-là, le film prend donc son envol avec une belle tenue, relançant régulièrement notre intérêt sans toutefois réitérer la perfection de la scène sus-citée... jusqu'à basculer totalement lors de l'arrivée dans la villa avec une réussite cette fois totale pour notre plus grand plaisir. Pour autant, la mise en place de la dernière demie heure n'annonçait rien de vraiment bon avec un côté racoleur frisant le ridicule, qui plus est additionné aux regards de bœufs en rut des villageois testostéronés (bien qu'en soit, la confrontation des citadines en mini jupes et des rustres villageois était loin d'être inintéressante) et à une scène de lesbianisme avortée d'une rare inutilité même pour nos pupilles érotomanes. Cette facilité toute bisseuse est en fait finement utilisée car dès la descente du train, depuis la structure scénaristique au moindre petit détail visuel, tout est calculé pour mettre à bien une tension jubilatoire inédite que n'aurait pas renié le grand Alfred et cela sans temps mort jusqu'au final, lui aussi bien fichu. Bref, dans cette dernière partie Martino s'élève sans problème au niveau d'un Argento ou d'un Bava de la grande époque.
Chose amusante, ce giallo est aussi, à l'image de la Baie Sanglante une belle annonce du slasher avec l'intérêt croissant que l'on éprouve pour le tueur qui devient presque iconique à l'instar des futurs Myers, Jason et consorts et la suppression en masse des jeunes filles dévergondées ; utilisant avec parcimonie la vue subjective de circonstance, Martino prend le risque de filmer son meurtrier de nombreuses fois contrairement à la règle, jusqu'à le suivre totalement vers la fin pendant un duel de cerveau excitant au possible entre lui et l'héroïne maligne.
Le film terminé, on oublie donc vite tous les petits défauts inhérents à ce cinéma cheap qui ont rythmé malgré eux l'heure et demie de visionnage en concluant à juste titre qu'on a eu droit à un fleuron du genre et peut-être même à un excellent film, tout court.

samedi 15 janvier 2011

L'étrange vice de Mme Wardh

Accompagnant son mari en voyage d'affaire à Rome, Mme Wardh retrouve plusieurs connaissances sur place. Enchantée de partager ses journées avec sa meilleure amie et un jeune homme qui la séduit aussitôt, elle cherche aussi à éviter son ancien amant, Jean, avec qui elle a vécu une relation sado-masochiste (d'où le titre). Parallèlement, un serial-killer sévit dans la région...




Sergio Martino est un artisan bisseux transalpin surtout connu pour son nanar post-nuke 2019 après la chute de New York, chroniqué ici. Artisan oui, mais un bon, de ceux qui exploite le filon avec assez de technique et de savoir-faire pour nous faire oublier l'évident manque d'originalité de ses productions.
Parfois même, il arrive à mettre une de ses réalisations dans le panier des réussites italiennes de genre (dont le pays s'est fait spécialiste, à savoir le western, le post-nuke et bien sûr le giallo).
Cet Etrange vice, à l'instar de ses autres gialli, fait donc parti de ses hauts-faits et il est donc bon d'en parler, d'autant qu'en tant que second couteau fauché, on l'oublie souvent au profit des classiques Bava et Argento (voir Fulci pour les connaisseurs) !
Bref, ce film est sa première incursion dans un genre encore relativement neuf et il faut bien admettre que le gus tape fort et bien.
Si le scenario ne brille pas pour son originalité ni sa cohérence et repose presque essentiellement sur son final - surprenant - qui nous ramène à l'Inconnu du Nord Express de ce bon vieil Alfred, de même que le vice tant attendu est finalement tout à fait inutile pour l'intrigue, le tout est mise en scène avec assez de talent et même d'inventivité pour nous tenir en haleine pendant l'intégralité du métrage. On ne compte d'ailleurs plus les superbes scènes, depuis l'amour vache sous la pluie, les délires rêveurs de l'héroïne ou encore le meurtre sous la douche, j'en passe et des meilleures.
Qui plus est, côté casting, c'est la grande classe - à l'italienne ; le trio masculin est parfait et Edwige Fenech nous sort le grand jeu pour notre plus grand plaisir en distillant une sensualité bienvenue.
Après, on reste dans l'exploitation évidemment et ça n'a pas le génie des œuvres qui l'ont inspiré, mais il rempli aisément le cahier des charges du giallo - les meurtres bien qu'assez peu nombreux sont fort efficaces - avec une bonne pointe d'érotisme en plus dont on ne peut se plaindre.

mardi 21 décembre 2010

2019 après la chute de New York

La société s'est scindée en deux groupes, après une guerre nucléaire. Euraks (Europe/Afrique/Asie) et Federation sont nées. La Federation emploie un mercenaire pour infiltrer la ville de New York qui est dirigée par la Euraks, afin de venir en aide à la dernière femme fertile de la Terre.





 Post-nuke rital fauché (Wahou, triple pléonasme), 2019 fait quand même office de fleuron de ce sous-genre pourtant bien exploité dans les territoires transalpins. Inspiré de Mad Max 2 - comme tout bon post-nuke qui se respecte - mais aussi et surtout de New York 1997 de Carpenter, ce film réussit le challenge d'être relativement original pour une production d'exploitation.
On navigue donc pendant 1h30 entre le nanar et l'honnête série B. En l'occurrence, le ratage, si on considère ce film comme tel, est essentiellement dû au budget ridicule, car des idées, il y en a et une trame cohérente aussi - enfin presque.
On a donc droit pèle mêle à des maquettes futuristes filmées devant une vue de New York, des gens en haillons/côtes de mailles, des androïdes à qui on a vaguement collé une puce entre deux cheveux, des engins customisés à l'aluminium, j'en passe et des meilleurs.
A côté de ça, y a une véritable volonté transgressive et libertaire ; une esclave transexuelle révèle que le héros est bon au lit (donc apparemment, côté sexe, on est plutôt cool), un homme se reproduit régulièrement avec une chimpanzé et (attention scoop) serait le 1er à mettre enceinte la fameuse femme fertile (là encore, la zoophilie est une mœurs acceptable) et surtout, le nanisme n'est en rien synonyme de culpabilité (mouais, ça, on y croit mollement !).
Bref, tout ça sent bon le futur alors franchement, se poser encore la question du bienfait du mariage et de l'adoption homosexuel, c'est d'un hasbeen !

Plus sérieusement, hormis quelques erreurs bisseuses - du genre, le jeu de poulpe des acteurs ou encore, faut pas boire de l'eau radioactive, ou manger des rats qui auraient bu de l'eau radioactive, mais par contre on peut nager dedans sans risque - et donc la pauvreté visuelle, le film tient assez bien la route et se regarde sans ennui ; le rythme étant assez soutenu avec 2/3 bastons et courses de bagnoles.
On pourrait presque, entre deux fous rires, regarder tout ça avec intérêt.
Pis quand même, faut admettre que c'est parfait pour donner des idées de travaux manuels à vos chers marmots. Pensez-y, vous avez presque tout sous la main pour réaliser un bon vieux post-nuke ; faites-leur dessiner des décors ahurissants (ils savent très bien faire), enroulez-les dans de l'aluminium, collez-leur des restes de votre ancien PC un peu partout sur le corps, filmez-les dans une carrière ou une usine désaffectée (une cave fera l'affaire) et le tour est joué !
Vous plaignez pas après que vous ne savez pas quoi faire avec vos gosses le mercredi après-midi...