Un soir de cuite, Oh Dae-Soo, père de famille un peu grande gueule est enlevé puis séquestré pendant 15 ans sans savoir pourquoi ni par qui. Par le biais de sa seule distraction, une télévision, il apprend que sa femme a été assassinée et qu'il en est le principal suspect. Libéré sans explication, Oh Dae-Soo va tâcher de découvrir les raisons de son incarcération avec une soif de vengeance d'une violence sans borne...
Parfois les coïncidences sont amusantes ; alors que je voulais revoir Old Boy et le montrer par la même occasion à ma femme, voilà t'y pas qu'un commentaire récent d'une sympathique blogueuse fait justement allusion au film. Fallait se rendre à l'évidence, le chef d'œuvre de Park Chan-Wook se devait d'être chroniquer ici et sans attendre !
Pour la petite anecdote, à la 1ère vision du film, j'avais été impressionné par la qualité formelle du film ; la photo, la réalisation, le jeu des acteurs, les scènes d'action... Le scénar, particulièrement tordu, était lui aussi superbement construit. Pour autant, mon emballement s'arrêtait là. J'étais un peu gêné par ce jusqu'au boutisme scénaristique, extrême et pervers (appuyé qui plus est par une certaine complaisance à montrer l'horreur). Non pas que j'faisais la fine bouche ou mon père-la-morale, mais je trouvais ça too much, irréel et de fait un peu racoleur.
J'avais tort évidemment et surtout, je manquais cruellement de culture cinématographique asiatique, bagage nécessaire me semble-t-il pour appréhender pleinement ce type de sujet et de traitement. Après en avoir avalé un certain nombre, et s'être familiarisé avec le genre, on comprend nettement mieux les obsessions qui traverse le cinéma asiatique et en particulier le cinéma nippon et coréen, ce goût pour une noirceur extrême, l'absence d'optimisme, le traitement régulier de la solitude et de la mort, ses tendances démonstratives...
Bref, tout devient limpide et Old Boy prend sa place de chef d'œuvre mérité, balayant tout sur son passage avec une rare évidence. Quand on pense que le manichéen Michael Moore - que j'aime bien d'ailleurs - fut l'heureux possesseur de la Palme d'Or et Old Boy ne repartant qu'avec le prix d'interprétation cannois - totalement mérité par ailleurs - et le Grand Prix, cela confère presque à l'injustice. M'enfin...
Car que l'on ne s'y méprenne pas, Old Boy est certes un très grand thriller machiavélique voir horrifique - ancré, de fait, dans le cinéma "de genre" - mais est tout autant un très grand drame. Universel. Et c'est aussi un film très drôle qui fait mouche à chaque fois (alors que l'humour coréen est parfois limite pour le public occidental) tout étant d'une émotion véritable, tragique. On apprend à ne pas juger dans Old Boy et si la vengeance est parfois totale, après toutes les horreurs possibles, l''humain reprend sa place. C'est ce qui lui donne sa force car au fond, ce film est une accumulation de destins brisés par une erreur toute bête dont on ne peut qu'être compatissant et compréhensif. Et pour ceux qui craignent la violence parfois extrême, sachez que pas une seconde on ne se dit : "tout ça pour ça". Il n'y a rien de gratuit en réalité.
Old Boy est donc un film "entier" et indispensable. L'une des œuvres majeures du cinéma asiatique tout simplement.