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mercredi 1 février 2012

Joint Security Area

A la frontière entre le nord et le sud, un soldat sud coréen a tué deux nordistes et blessé un troisième. Une enquêtrice suisse de la JSA est chargée d'enquêter en prenant soin de rester neutre pour éviter le déclenchement d'une guerre. Mais il est difficile de se faire un avis par rapport aux deux dépositions opposées quand les soldats, eux-mêmes, ne semblent pas prêts à coopérer.



JSA, comme on l'appelle, fut à sa sortie le 2e plus grand succès coréen de tous les temps, et à sa vision, on a pas de mal à comprendre pourquoi. Alliant enquête, histoire, humanisme et politique, le métrage prend le pouls d'un pays malade et développe à sa façon l'incompréhensible conflit fratricide qui sépare le nord et le sud avec beaucoup d'émotion. A la vision du film, on pense assez vite à Une Balle dans la tête de John Woo qui, lui aussi dans le célèbre style virtuose et spectaculaire du hongkongais traitait sur fond politique et militaire une histoire d'amitié masculine très forte. Idem donc ici, bien que Park traite son histoire de façon plus sobre, privilégiant l'intimité des soldats à la situation explosive du pays. Pour autant, on retrouve déjà le style léché du cinéaste qui, l'espace d'une scène et par petites touches nous offre quelques plans de toute beauté sans être pour autant envahissants ou démonstratifs. D'autant que sur la forme, il propose déjà une structure narrative originale et fragmentée, relativement complexe, permettant de créer une tension et un suspens tout à fait en adéquation avec l'aspect policier du film.

samedi 28 mai 2011

Old Boy

Un soir de cuite, Oh Dae-Soo, père de famille un peu grande gueule est enlevé puis séquestré pendant 15 ans sans savoir pourquoi ni par qui. Par le biais de sa seule distraction, une télévision, il apprend que sa femme a été assassinée et qu'il en est le principal suspect. Libéré sans explication, Oh Dae-Soo va tâcher de découvrir les raisons de son incarcération avec une soif de vengeance d'une violence sans borne...


Parfois les coïncidences sont amusantes ; alors que je voulais revoir Old Boy et le montrer par la même occasion à ma femme, voilà t'y pas qu'un commentaire récent d'une sympathique blogueuse fait justement allusion au film. Fallait se rendre à l'évidence, le chef d'œuvre de Park Chan-Wook se devait d'être chroniquer ici et sans attendre !
Pour la petite anecdote, à la 1ère vision du film, j'avais été impressionné par la qualité formelle du film ; la photo, la réalisation, le jeu des acteurs, les scènes d'action... Le scénar, particulièrement tordu, était lui aussi superbement construit. Pour autant, mon emballement s'arrêtait là. J'étais un peu gêné par ce jusqu'au boutisme scénaristique, extrême et pervers (appuyé qui plus est par une certaine complaisance à montrer l'horreur). Non pas que j'faisais la fine bouche ou mon père-la-morale, mais je trouvais ça too much, irréel et de fait un peu racoleur.
J'avais tort évidemment et surtout, je manquais cruellement de culture cinématographique asiatique, bagage nécessaire me semble-t-il pour appréhender pleinement ce type de sujet et de traitement. Après en avoir avalé un certain nombre, et s'être familiarisé avec le genre, on comprend nettement mieux les obsessions qui traverse le cinéma asiatique et en particulier le cinéma nippon et coréen, ce goût pour une noirceur extrême, l'absence d'optimisme, le traitement régulier de la solitude et de la mort, ses tendances démonstratives...
Bref, tout devient limpide et Old Boy prend sa place de chef d'œuvre mérité, balayant tout sur son passage avec une rare évidence. Quand on pense que le manichéen Michael Moore - que j'aime bien d'ailleurs - fut l'heureux possesseur de la Palme d'Or et Old Boy ne repartant qu'avec le prix d'interprétation cannois - totalement mérité par ailleurs - et le Grand Prix, cela confère presque à l'injustice. M'enfin...
Car que l'on ne s'y méprenne pas, Old Boy est certes un très grand thriller machiavélique voir horrifique - ancré, de fait, dans le cinéma "de genre" - mais est tout autant un très grand drame. Universel. Et c'est aussi un film très drôle qui fait mouche à chaque fois (alors que l'humour coréen est parfois limite pour le public occidental) tout étant d'une émotion véritable, tragique. On apprend à ne pas juger dans Old Boy et si la vengeance est parfois totale, après toutes les horreurs possibles, l''humain reprend sa place. C'est ce qui lui donne sa force car au fond, ce film est une accumulation de destins brisés par une erreur toute bête dont on ne peut qu'être compatissant et compréhensif. Et pour ceux qui craignent la violence parfois extrême, sachez que pas une seconde on ne se dit : "tout ça pour ça". Il n'y a rien de gratuit en réalité.
Old Boy est donc un film "entier" et indispensable. L'une des œuvres majeures du cinéma asiatique tout simplement.

jeudi 10 février 2011

Lady Vengeance

Guem-ja sort de prison après une quinzaine d'années d'emprisonnement pour le rapt et le meurtre d'un petit garçon. Malgré son innocence, elle a vécu son enfermement comme une coupable afin de mieux préparer sa vengeance...






Si de prime abord, Lady Vengeance n'égale pas les deux premiers volets de la trilogie de Park Chan-Wook, faute sans doute aux références à un cinéma asiatique ayant déjà bien fait le tour de la question (entre autres avec la femme Scorpion) et à un scenario plus classique, il n'en est pas moins une brillante clôture, rappelant tous les thèmes chers à l'auteur.
Plus discret dans sa forme que les 2 précédents, il en garde les qualités formels et en particulier du montage qui donne au film un rythme que ses ancêtres 70's n'ont pas ; ainsi, impossible de ne pas être emporter par l'histoire superbement construite de l'héroïne.
On n'en perd donc pas une miette, toujours relancé par la présentation d'une co-détenue ou par l'organisation de sa vengeance. La mystère cependant est globalement absent, ce qui s'explique par le personnage principal qui, une fois n'est pas coutume dans la trilogie, n'a rien à découvrir, sinon sa propre identité.
C'est là sans doute l'intérêt principal du film qui, derrière une classique histoire de vengeance, cherche avant tout à se positionner par rapport à l'individu, son rôle, ses responsabilités et sa rédemption. En ce sens, malgré un final somme toute positif, il ne répondra pas au questionnement, ne cachant pas sa complexité pendant, entre autres, tout le passage de la vengeance avec les parents des victimes.
C'est donc à mon sens le volet le plus mature, visant moins à impressionner qu'à pénétrer l'intime même si, du coup, c'est aussi le moins jubilatoire il faut l'admettre.
Conclusion : une trilogie indispensable dans son ensemble !