Un écrivain américain de polars à succès se rend à Rome pour promouvoir son dernier best-seller. A peine arrivé, un 1er meurtre survient, suivi de nombreux autres ; à chaque fois, ils font référence à l'auteur renommé. Intrigué, et voyant l'enquête comme un défi pour lui, le romancier décide d'aider la police, tout en faisant ses propres recherches de son côté...
Ténèbres marque le retour d'Argento au giallo pur et dur... Enfin presque, car en une dizaine d'années, beaucoup de choses en changé en matière de polar et Argento en est pleinement conscient. Encore une fois - je devrais peut-être écrire un bouquin là-dessus tellement les parallèles sont nombreux - on peut comparer Ténèbres à l'Eventreur de New York de Fulci sortis la même année qui ressortent tous les deux le giallo de l'oubli ; même attachement à l'urbain, même américanisation de l'intrigue, même couleur "téléfilmesque", même intérêt pour la perversion et les scènes chocs...
Mais Argento prend toutefois d'autres directions sur le fond comme sur que la forme. D'abord il tente avec ce film, avec malheureusement bien peu de subtilité et de réussite, par le biais de l'écrivain, de régler les propres critiques qu'on lui fait et de justifier son travail. De plus, il montre clairement les limites et la désuétude du giallo, en faisant référence au genre qui d'une certaine manière en est le rejeton et qui fait déjà fureur, le slasher (l'usage de la hache, arme qui n'a plus aucune symbolique ni subtilité, ado débiles qui vont se faire buter et qui jouent mal en plus...). L'efficacité brutale de cette arme, annihile d'ailleurs toute la recherche graphique qu'impliquait la petitesse du rasoir à main - que l'on dit ringard dans le film d'ailleurs - la proximité qu'elle nécessitait (et donc l'érotisme qui se dégageait de la confrontation entre les corps et l'arme). Pas de doute, le giallo est mort, mais pourquoi devoir le remettre en avant alors qu'on le savait déjà ?!
En effet, alors qu'en 75 Argento avait déjà enterré avec classe le giallo, en le respectant tout en le transgressant intelligemment, ici, il ne fait qu'une redite, cette fois beaucoup moins réussie (même si c'est tout à fait correct et regardable quand même grâce entre autres au casting des "stars" et à quelques bonnes idées ici ou là).
Quelques mises à mort de circonstance pimentent donc une intrigue relativement fade et bourrée d'incohérences, mais n'arrivent jamais à la hauteur de ce qu'il avait pu faire précédemment. Ainsi, lorsqu'elles sont réussies (le meurtre du couple lesbien en l'occurrence), elles sont bien trop référentielles de son travail passée pour être tout à fait intègres et honnêtes.
La fascination n'est donc plus la même et l'on sent ici qu'Argento devient son propre artisan, exploitant avec mimétisme mais moyennement de talent, le travail de l'artiste qu'il fut pour le genre. Notons aussi que le giallo est un genre très ancré au début des 70's avec son esthétique propre qui n'est plus du tout la même dix ans plus tard. Ici la réalisation est brute, sans trop de fioriture, de même que la musique des Goblins, toujours excellente le montre aussi ; on est en 82, il n'y a plus de mystère, on mise sur l'efficacité.
Au fond, le film est intéressant d'un point de vu analytique sur le réalisateur et sur un genre au passé et aux codes si lourds qu'il ne peut plus continuer à exister tout en étant inventif, à l'instar d'ailleurs de L'Eventreur pour Fulci.
Le futur est au thriller urbain ou à l'horreur décérébré.
Tant pis pour nous...

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